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    «American War», le regard d'Omar El Akkad sur l'Amérique de demain

    media Un drapeau américain à l'emplacement d'un quartier résidentiel ravagé par les flammes le 13 novembre 2017 à Santa Rosa, en Californie. JUSTIN SULLIVAN / AFP

    Premier coup très réussi pour un jeune écrivain égyptien. Dans son premier roman « American War » qui vient de sortir en France chez Flammarion, Omar El Akkad mène le lecteur dans les Etats-Unis de 2075. Une Amérique déchirée par une deuxième guerre civile entre le Sud et le Nord pour le contrôle des énergies fossiles. C’est un pays qui a perdu de sa gloire et de sa puissance et qui reçoit de l’aide humanitaire de la Chine et de l’empire Bouazizi, une nouvelle puissance régionale au Proche-Orient. Au cœur de ce livre étonnant, une jeune femme : Sarat Chestnut. De jeune fille insouciante, elle se transforme en machine de guerre féroce après la mort de ses parents. Entretien.

    Ce livre dresse un portrait très sombre, très dérangeant des Etats-Unis mais ne tombe pas dans le cliché d’un récit apocalyptique, ce genre de récit cher aux Américains où une force extérieure s’apprête à anéantir leur pays. Non, ici, la menace vient de l’intérieur.

    Le pays est rongé par une guerre fratricide, une deuxième guerre civile. Les Etats du Sud, ceux qui ne sont pas encore sous protectorat mexicain, ont quitté l’Union. Ils refusaient de se soumettre à une nouvelle loi qui interdit les énergies fossiles, notamment le pétrole. La grande force de ce roman est de mettre en doute nos certitudes. Ce qui est stable aujourd’hui peut s’effondrer demain. Un être humain tout comme un pays entier.

    L’auteur, Omar El Akkad, est un journaliste égyptien qui a longtemps travaillé pour le journal canadien The Globe and Mail, et vit aujourd’hui aux Etats-Unis. En tournée de promotion de son livre, il était de passage à Paris, où RFI l’a rencontré.

    RFI : Comment avez-vous eu l'idée de ce livre ?

    Omar El Akkad : Je regardais une interview avec un expert en politique étrangère. C’était après une vague de manifestations en Afghanistan. Plusieurs villages avaient défilé contre la présence des Américains dans leur pays. On demandait à l’expert : « Pourquoi ils nous détestent tant ? » Et l'expert expliquait que les forces spéciales conduisaient des raids dans ces villages, arrêtaient des femmes et des enfants aux check-points, détruisaient des maisons etc. Et il terminait en disant : « Vous savez, dans la culture afghane, ce genre de choses est considéré comme offensant ». Et moi, je me disais : « Mais attendez, dans toutes les cultures du monde ce comportement sera considéré comme offensant ». De cet épisode a surgi l’idée de prendre les conflits qui ont marqué ma génération, en général des conflits lointains pour nous et de nous les rendre proches. D’où l’idée de s’imaginer une guerre civile dans le pays le plus puissant du monde.

    Vous étiez reporter et vous avez couvert le conflit en Afghanistan, le printemps arabe en Egypte ou encore le mouvement « Black Lives Matter ». En quoi votre métier a-t-il influencé le livre ?

    A plusieurs égards. D’abord visuellement. Les endroits que je décris ressemblent à ceux que j’ai vus lors de mes reportages en Afghanistan, en Egypte ou à Guantanamo. Par exemple, dans le livre, il y a un camp de réfugiés. Sa forme, je l’ai copiée sur l’aéroport de l’Otan à Kandahar. Mais mon expérience de journaliste a également influencé le contenu de ce livre. J’ai reçu du gaz lacrymogène deux fois : lorsque j’ai couvert le « printemps arabe » au Caire et lors du mouvement « Black Lives Matter » à Ferguson. J’ai vu des scènes identiques. Une police très militarisée. Des gens qui étaient tellement en colère qu’ils prenaient le risque d’être blessés par la police. J’ai vu des situations similaires et le livre s’appuie sur cette expérience. Nous pensons que nous sommes différents des autres. Mais finalement non, nous partageons la plupart des choses.

    Quel message voulez-vous passer à travers ce livre ?

    Ce que j’ai essayé d’exprimer à travers ce livre, et c’est vraiment important pour moi, c’est qu’il est possible de comprendre pourquoi quelqu’un fait quelque chose. De comprendre sans juger. Le roman est construit autour de ce personnage, Sarat Chestnut, et de la question de savoir comment le monde qui l’entoure l’a transformée. Cette petite fille profondément curieuse et sociable est devenue une femme profondément diabolique. Moi, je défends l’idée que pour lutter contre des extrémismes et des fondamentalismes il faut comprendre pourquoi quelqu’un se radicalise. Pourquoi il devient un extrémiste. Alors, ce n’est pas une idée très provocatrice mais il se trouve que je vis dans un pays où cette idée a été anéantie au cours des seize dernières années. Les Américains divisent le monde entre « nous » et « eux ».

    L’héroïne du livre, Sarat Chestnut, subit un destin tragique. Au début du roman, c’est une jeune fille joyeuse et insouciante. Et elle se transforme en machine de guerre prête à tout pour venger sa famille.

    Le livre est sorti aux Etats-Unis en avril dernier. Et depuis, j’ai rencontré beaucoup de lecteurs. Et je me suis aperçu que certains lecteurs sympathisent plus avec elle que moi. A la fin du roman, Sarat Chestnut devient une personne profondément diabolique, à mon sens. Mais une fois dit cela, qu’est-ce qu’on fait ? C’est simple de juger mais il est plus important de comprendre comment elle en est arrivée là.

    Pourquoi avoir choisi une femme comme personnage principal ?

    Pour plusieurs raisons. J’avais déjà son personnage en tête lorsque j’ai commencé à écrire le roman. L’image bucolique de la petite fille qui joue au bord du Mississippi était déjà dans mon esprit. Je savais que c’était autour d’elle que je voulais construire le roman. Ensuite, lorsqu’on parle de l’extrémisme ou de radicalisation, on les voit toujours sous le prisme d’un homme. Et j’ai pensé que cela pouvait être intéressant d’aborder ce sujet à travers un personnage féminin. Et honnêtement, j’en avais assez de lire des livres dans lesquels le protagoniste est un homme blanc sûr de lui (rires).

    Un autre basculement traverse le récit, celui du changement climatique. Beaucoup de régions sont devenues inhabitables. Au Caire par exemple, les habitants ont construit une ville sous terre pour échapper aux températures extrêmes. Pourquoi avoir introduit cette question ?

    A l'heure actuelle, la Louisiane perd toutes les heures l’équivalent d’un terrain de football en superficie à cause du changement climatique. Cela se passe maintenant, et non pas dans le futur. C’est peut-être la catastrophe climatique la plus grave aux Etats-Unis et personne n’en parle. Donc, j’ai essayé de m’imaginer comment le monde sera d’ici cinquante ou soixante ans. Je trouve que les ruines recèlent une certaine beauté. Une bonne partie du livre retient cette idée qui est de s’imaginer à quoi ressemble un endroit prestigieux lorsqu’il est tombé en ruines.

    Vous avez terminé le roman juste avant l’élection de Donald Trump. Que pensez-vous de sa présidence ?

    Vous savez, les Etats-Unis n’ont jamais été très unis, comme on pouvait le croire. Moi, j’habite dans l’Oregon et par rapport à l’Alabama, on dirait que c’est un autre pays. L’élection de Trump a surpris beaucoup de gens car ces deux Amériques ne se parlent plus. Sa présidence a seulement dévoilé ces divergences profondes. Les suprémacistes blancs qui ont défilé à Charlottesville n’ont pas surgi de nulle part. Ce qui a changé à présent c’est qu’ils ont le sentiment qu’ils peuvent se montrer et descendre dans la rue.

    Pour être honnête, je n’espère pas que les évènements décrits dans le livre deviennent une réalité. Après tout, je vis dans ce pays. Et je n’ai pas intérêt que ce pays se déchire comme dans le roman. S’il y a quelque chose de bon qui vient de cette administration Trump, c’est qu’on doit apprendre à gérer ces divergences. Et il faut le faire, car si on les ignore, il y a vraiment un risque que le pays éclate.

    American War par Omar El Akkad, éditions Flammarion, août 2017, 464 pages, 21 euros

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