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    Sécurité africaine: ce qu'il faut retenir du Forum de Dakar

    media Le Forum de Dakar s'affiche dans les rues de la capitale sénégalaise. RFI/Chanda

    La 4e édition du Forum de Dakar sur la sécurité a réuni 800 participants de 40 nationalités, les 13 et 14 novembre derniers, à Diamniadio, près de Dakar. Parmi eux, des chefs d’Etat et de gouvernements, des militaires, mais aussi des hommes et femmes issus de la société civile ainsi que des chercheurs et des spécialistes, ont débattu sur les problématiques liées à la sécurité en Afrique. Entre franchise, schizophrénie et noeud gordien : le Forum de Dakar en quelques thèmes-clés.

    ► Essentiellement francophone

    Organisé par le Sénégal et financé conjointement par la France et le Japon à hauteur de 700 000 euros chacun, le Forum de Dakar a réuni cette année autour du président Macky Sall, deux chefs d’Etat, Ibrahim Boubacar Keïta du Mali et Paul Kagame du Rwanda et des Premiers ministres, en l'occurrence ceux du Tchad et du Sénégal.

    Mais aussi des ministres dont Florence Parly et Jean-Yves Le Drian, ministres français respectivement des Armées et des Affaires étrangères, des représentants des institutions internationales dont le nouveau président de la commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat. Annoncés, le président togolais Faure Gngassimbé, tout comme les ministres des Affaires étrangères du Kenya, du Ghana et de la Zambie, se sont décommandés à la dernière minute.

    C’est sans doute parce qu’il a fait le choix de réunir en un espace unique des politiques et des représentants du monde civil, dont des spécialistes de la politique africaine contemporaine, que le Forum de Dakar s’est imposé comme une rencontre unique. On y fait le point sur l’évolution de la sécurité en Afrique. L’édition 2017 n’a pas dérogé à la règle, à la différence près que le choix des thématiques des ateliers et des séances plénières a été, cette année, très largement dicté par l’actualité saharo-sahélienne. Ce qui explique peut-être l'absence des dirigeants des pays anglophones.

    «  Moins compréhensible toutefois, explique le spécialiste de l’Afrique, Antoine Glaser, l’absence des Américains qui sont très impliqués dans le Sahel, comme l’a révélé l’attentat jihadiste visant une patrouille américaine au Niger début octobre. »

    ► Une culture du franc-parler

    L’un des aspects de cette rencontre qui fait son succès, c’est sa culture du franc-parler. Elle est totale dans les ateliers thématiques qui ponctuent le Forum et où hommes et femmes issus de la société civile prennent la parole, évoquant avec imagination et sans complaisance les réalités sur le terrain, notamment le chômage et le désoeuvrement qui poussent les jeunes à rejoindre les jihadistes. « On ne nous parle que de gommer les terroristes, de forces militaires, alors que ce rendez-vous est placé sous le signe des "solutions intégrées" », s’étonne un participant à l’atelier thématique sur l’extrémisme violent.

    Les chefs d'Etat et de gouvernements lors de la séance d'ouverture du Forum de Dakar, le 13 novembre. RFI/Chanda

    Dans les séances plénières aussi, les échanges se font avec une relative franchise, comme l’illustre la critique en règle des modalités d’ingérence occidentale qu’a faite le président sénégalais dans son discours d’ouverture. « Nous devons faire très attention aux schémas que nous mettons en œuvre avant d’agir. Il faut se garder des solutions toutes faites, conçues et appliquées sans concertation avec les Africains », a déclaré le président Macky Sall.

    « Les interventions sont souvent pires que le mal qu’elles étaient censées soigner », a poursuivi le chef d’Etat du Sénégal, avant d’appeler les partenaires occidentaux à tenir compte des réalités du pays qu’ils veulent aider. « Comme il ne fait pas midi partout en même temps, chaque pays a une histoire, une expérience et des spécificités dont il convient de tenir compte. C’est extrêmement important pour les réponses que nous voulons trouver par rapport aux défis du terrorisme. »

    Le franc-parler est une tradition dans ce Forum. Les anciens se souviennent de la séance de clôture de la première édition du Forum de Dakar où Jean-Yves Le Drian, seul représentant du gouvernement français à la tribune, avait été vertement pris à parti par ses pairs africains. Ceux-ci l’avaient interpelé sur le rôle d’apprentis sorciers qu’avait joué son pays en Libye, avant d’appeler l’Otan à venir assurer « le service après-vente » en supprimant les terroristes, après avoir éliminé Kadhafi et son régime.

    ► Les forces onusiennes sur la sellette

    Cette fois, la mauvaise humeur des participants visait moins la France que les Nations unies qui mènent au Mali une opération du maintien de la paix « peu adaptée à l’évolution de l’instabilité dans la sous-région et aux phénomènes complexes de radicalisation à l’œuvre », selon Amandine Gnanguênon, chercheuse associée à l’université d’Auvergne. « On ne peut pas maintenir la paix quand l’un des acteurs ne veut pas faire la paix et a manifestement fait du dialogue une manière de gagner le temps », déplore la chercheuse.

    Plus généralement, a expliqué Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, « dans la plupart des situations marquées par une violence asymétrique, les missions de maintien de la paix, lorsqu’elles sont déployées, éprouvent des difficultés à s’adapter à l’environnement dans lequel elles sont censées opérer. Elles manquent de flexibilité et les limites qu’imposent leur plan et leurs règles d’engagement handicapent leur efficacité d’action. Quelquefois, elles sont contraintes de consacrer l’essentiel de leur effort à leur propre protection au détriment de la mise en œuvre des tâches de protection des civils et d’appui de la mise en œuvre des accords de paix ».

    Pour sa part, le président Macky Sall a rappelé que la Minusma était « sans doute l’une des missions de la paix les plus meurtrières pour les casques bleus ». Le temps était venu, a expliqué le dirigeant sénégalais, « de repenser sérieusement la doctrine du maintien de la paix des Nations Unies ». Le Sénégal, qui a demandé que le mandat de la Minusma soit renforcé, est d’autant plus concerné qu’à partir de décembre, comme l’a déclaré son chef de l’Etat à l’antenne de RFI, son pays est celui qui fournira le plus grand nombre d’effectifs africains à la Minusma avec 1 500 hommes opérant sous le drapeau de l’ONU. « Nous voulons que la sécurité des soldats soit garantie et que les moyens nécessaires à leur mission soient mis à disposition », a-t-il insisté.

    ► Problèmes africains, solutions africaines

    « Je ne crois pas que la défense de l’Afrique sera assurée par l’extérieur. Il faut que l’Afrique prenne en charge sa sécurité », a encore affirmé le Sénégalais Macky Sall au Forum de Dakar. De Macky Sall à Paul Kagame, en passant par Ibrahim Boubacar Keïta et Moussa Faki Mahamat, tous sont unanimes pour reconnaître que les problèmes africains nécessitent des solutions africaines.

    L’idée a manifestement fait son chemin depuis la première édition du Forum de Dakar en décembre 2014 où le président Macky Sall proclamait déjà que « le temps est révolu où les Africains confiaient leur sécurité aux autres pays ». Et ce, alors même que, après l’opération Serval qui avait permis de sécuriser le Nord-Mali, un nouveau dispositif se mettait en place pour redéployer les troupes françaises dans l’ensemble de la bande sahélo-saharienne en proie à la menace terroriste.

    Le constat du dirigeant sénégalais sonne plus réaliste aujourd’hui dans le contexte de l’installation de la nouvelle force anti-jihadiste G5 Sahel, formée de soldats de cinq pays de la région : Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso et Tchad. « La mise en place de cette force est le résultat de l’initiative prise par les Etats eux-mêmes et pas par les institutions régionales, explique Amandine Gnanguênon. Cette appropriation par les Africains s’inscrit dans la logique selon laquelle les premiers acteurs concernés sont aussi les premiers à pouvoir résoudre les crises ». « Je crois que c’est cela le sens de l’Histoire », a renchéri Florence Parly, la ministre française des Armées dans son discours pendant la séance plénière.

    Il est apparu toutefois que cette appropriation par les Africains de leurs enjeux sécuritaires ne se fera pas sans une coopération étroite avec les forces armées occidentales, et notamment françaises. L’accompagnement financier sera aussi nécessaire pour que cette force africaine soit viable. Une conférence des donateurs est prévue le 16 décembre prochain, à Bruxelles, mais « cet accompagnement a pour objectif final l’autonomie des forces africaines nationales et régionales », ont expliqué les dirigeants africains présents au Forum de Dakar.

    ► Le dilemme des dirigeants français

    Premier acteur de la lutte contre le terrorisme en Afrique, la France a dépêché dès janvier 2013 des troupes au Mali, dans le cadre de la force Serval, relayée à partir d’août 2014 par l’opération Barkhane, qui s’articule autour d’une présence militaire légère (4 000 soldats) mais mobile et permanente, étendue à toute la bande sahélo-saharienne. « Mais ce sont des opérations qui coûtent cher au Trésor français, un million d’euros par jour pour Barkhane, selon mes sources », explique Amandine Gnanguênon.

    Florence Parly s'exprime au forum de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique, le 13 novembre 2017. SEYLLOU / AFP

    Le lancement du G5 permettra à la France de retirer ses troupes à plus ou moins long terme. D’ailleurs, « l’approfondissement des partenariats stratégiques » en vue de « la montée en puissance et la pérennisation des capacités des Etats africains pour la gestion des défis migratoires et du terrorisme » est prévu dans la Revue stratégique de défense et de sécurité commanditée par la nouvelle administration française issue de l’élection présidentielle. « L’objectif partagé avec nos partenaires africains est une meilleure appropriation de leur sécurité », écrivent les rédacteurs du document.

    « Or, déclare Amandine Gnanguênon, l’influence française en Afrique passe aujourd’hui par la présence de son armée sur le terrain. Son savoir-faire est reconnu et les populations africaines ont beaucoup plus confiance dans l’armée française que dans leurs propres armées. La connaissance du terrain africain fait de la France un acteur central sur le continent. D’où le dilemme auxquels les dirigeants français sont confrontés : retirer les troupes et perdre l’influence politique et économique, ou rester au risque de s’enliser dans le bourbier africain ? »

    Selon Antoine Glaser, le choix ne sera dicté ni par les politiques ni par les chercheurs, mais par les industriels français de la défense qui ont été particulièrement nombreux à participer au Forum dans le sillage de de la délégation défense. Ils ont profité de l’annonce par le ministre Jean-Yves Le Drian du projet de la France de créer prochainement à Dakar une école de cybersécurité pour proposer à leurs partenaires africains leur savoir-faire dans le domaine.

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