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    [Chronique] Marché aux esclaves en Libye: malaise au Nigeria

    media Des manifestants originaires d'Afrique subsaharienne protestent contre l'esclavage en Libye devant l'ambassade libyenne de Rabat, au Maroc, le 23 novembre 2017. FADEL SENNA / AFP

    Parmi les migrants africains qui souffrent le martyre en Libye, les Nigérians sont légions. En effet, même la première puissance économique du continent ne parvient pas à dissuader les candidats à l’émigration clandestine.

    « J’ai été vendu. Sur la route qui menait ici, j’ai été vendu ». L’un des plus terribles témoignages livrés par l’équipe de CNN qui a enquêté sur les marchés aux esclaves en Libye est sans doute celui de Victory, un Nigérian de 21 ans originaire du sud du pays le plus peuplé d’Afrique.

    Victory a connu seize mois de calvaire entre son départ du sud du Nigeria et sa détention en Libye. L’ex-esclave nigérian a finalement échappé à ses geôliers libyens. Mais il est désormais détenu dans un camp en Libye en attendant d’être renvoyé dans son pays d’origine.

    Bien sûr, Victory est en colère quand il évoque les tortures subies pendant sa détention, les coups et les décharges électriques. « La plupart de ceux qui étaient avec nous ont perdu la vie », affirme-t-il.

    Mais là où sa voix se brise, c’est quand Victory évoque le retour au pays. « Ce qui me préoccupe ce n’est pas la nourriture et l’eau que l’on nous donne ici. J’ai perdu beaucoup [d'argent]. Ma mère a perdu beaucoup aussi », confesse Victory.

    Pour obtenir sa libération, il a dû payer un million de nairas, soit près de 3 000 dollars. Une somme considérable au Nigeria où 70 % de la population survit avec moins de deux dollars par jour. Victory et sa famille vivent bien loin des riches Lagotiens, les « 1% qui prennent tout » pour reprendre l’expression du New York Times.

    « Ma mère a dû faire le tour des villages pour réunir cette somme », raconte Victory qui sait qu’à son retour au pays, il va falloir rembourser. « Avec quel argent ?  », se demande-t-il désormais avec angoisse.

    Drame de la prostitution

    Sur d’autres vidéos tournées par CNN, on entend ces offres « Garçons solides et forts pour travaux des champs » Les « esclaves » sont vendus pour 400 dollars, révèle la chaîne de télévision américaine.

    Ces drames ne sont malheureusement pas nouveaux. En avril 2017, le New Yorker avait publié une édifiante enquête sur cette route du trafic d’êtres humains, qui relie le sud du Nigeria à l'Europe en passant par la Libye. Le magazine américain raconte la destinée de Blessing, une jeune Nigériane émigrée clandestinement en Italie pour faire vivre sa famille. Tout comme Victory, Blessing est originaire de la région de Benin City, dans le sud du Nigeria.

    Elle est aujourd'hui prostituée en Italie. Avant même d’avoir mis les pieds en Europe, ces jeunes femmes, Blessing et ses camarades d’infortunes, sont contraintes à la prostitution sur la route de la Méditerranée. « Les candidates à l’émigration qui refusent les avances sont fréquemment tuées », affirment des témoins interviewés par le New Yorker qui a mené l’enquête en Libye, au Nigeria et en Italie. La destinée de Blessing servait de fil rouge au récit.

    « Sur la route de l’émigration, les Nigérians sont régulièrement emprisonnés », raconte le magazine américain. Les geôliers les forcent à faire envoyer de l’argent par leur famille. « S’ils ne parviennent pas à réunir la somme exorbitante demandée par leurs tortionnaires, ils sont d’abord battus, torturés puis abattus », affirment plusieurs rescapés interviewés par le New Yorker.

    Les conditions atroces du périple et les risques encourus sont connus au Nigeria, où les moyens d’information sont très développés. Le pays compte en effet plus d’une centaine de chaînes de télévision et des milliers de radios, de journaux et de sites internet. Les récits de drames liés à l’émigration clandestine apparaissent régulièrement dans les colonnes des journaux, sans qu’une grande place leur soit consacrée. Ces faits sont pourtant connus de longue date.

    Malaise des autorités

    Mais les candidats à l'émigration sont toujours aussi nombreux. « S’il n’y avait pas la possibilité d’aller en Italie, je vous promets qu’il y aurait une guerre civile au Nigeria », estime l’un des émigrés interviewés par le New Yorker.

    Depuis les années quatre-vingt-dix, la région de Benin City vit en grande partie grâce à l’argent des émigrés clandestins. « La très grande majorité d’entre eux sont des jeunes femmes qui se prostituent en Europe. Tout le monde le sait dans la région. L’origine de l’argent est connue de tous », souligne Steve Okafor, qui enseigne dans la ville.

    Entre 1994 et 1998, au moins 116 prostituées nigérianes ont été tuées en Italie. L’opinion publique et les médias évoquent peu ces questions. Un grand nombre de jeunes femmes qui embarquent pour ce long trajet savent qu’elles vont connaître l’enfer en Libye et en Italie mais pensent que c’est le prix à payer.

    L’écrivaine nigériane Chika Unigwe a réalisé une enquête sur les prostituées nigérianes en Europe, avant de leur consacrer un roman inspiré de ces recherches, un ouvrage édifiant intitulé On Black Sisters’ Street. De son étude, il ressort qu’un grand nombre de ces jeunes femmes sont éduquées et qu’elles savent que leur séjour en Europe tiendra le plus souvent du calvaire. Mais elles ne voient pas d’autres moyens d’échapper à la misère.

    Les autorités nigérianes sont d’autant plus mal à l’aise pour dénoncer le scandale libyen qu’elles sont parfaitement conscientes de leur propre responsabilité. Comme le souligne le Guardian, un journal de Lagos, « comment expliquer que les enfants de la première puissance économique d’Afrique se jettent ainsi à corps perdu dans le piège libyen ? »

    Inégalités et pression migratoire

    Au Nigeria, les richesses sont particulièrement mal réparties. « Même si vous avez fait des études brillantes, sans "parrain", sans parents influents, vous allez être dans l’impossibilité de trouver un emploi », explique Chioma Uche, étudiante à Lagos.

    D’ici à 2050, la population du Nigeria devrait plus que doubler selon les prévisions des Nations unies. Le pays comptera alors plus de 400 millions d’habitants, ce qui en ferait le troisième plus peuplé du monde derrière l'Inde et la Chine.

    La pression migratoire n’en sera que plus forte. « Il faudra bien qu’à un moment donné, nos dirigeants demandent des comptes aux Libyens et aux Européens », estime Seun Shonekan, enseignant à Lagos.

    Il ajoute : « Mais avant cela, il faudra aussi qu’ils aient fait leur autocritique. Quel avenir offrent-ils aux jeunes de leur pays ? Comment expliquer que les jeunes ne croient pas à leur avenir au Nigeria et qu’ils préfèrent risquer leur vie en Libye ? »

    (Re)lire toutes nos Histoires nigérianes

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