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    Zimbabwe: les années Mugabe sous la plume des écrivains

    media Elevée au Zimbabwe, Doris Lessing a été lauréate du prix Nobel de littérature en 2007, un prix qu'elle qualifia par la suite de «catastrophe». Reuters/Toby Melville

    La chape de plomb que les années Mugabe ont fait peser sur la pensée et l’imagination au Zimbabwe n’a pas empêché des auteurs de talent d’émerger au cours des dernières décennies dans ce pays. Menacés d’incarcération et/ou de mort, parfois contraints à l’exil, les écrivains zimbabwéens ont toutefois donné des œuvres de qualité, exploitant les ressources du langage pour mieux détourner la censure politique. Cependant, ils portent un regard nuancé sur les huit jours qui ont emporté le régime de « Comrade Bob ».

    « Dictatures, tyrannies sont des phénomènes transitoires : elles ont un commencement et une fin », aimait répéter Chenjerai Hove, l’un des plus grands écrivains zimbabwéens de ces dernières années. Mort en exil en Europe en 2015, Hove n’aura malheureusement pas survécu pour voir la chute du dictateur qu’il a combattu tout au long de sa vie, à la fois à travers son œuvre littéraire et ses articles et tribunes dans la presse internationale.

    Poète, romancier, novelliste et homme de théâtre, l’homme était un critique inlassable du régime de Mugabe dont il dénonçait la corruption et les brutalités. Doublant ses critiques de sarcasmes et de railleries, Hove appelait ses lecteurs à se rappeler les contes animaliers qu’ils avaient appris dans leur enfance.

    Son histoire favorite était celle du singe acrobate grimpant quatre à quatre aux cimes des arbres dominant la forêt pour se faire applaudir par ses congénères. Chaque fois que le singe arrivait en haut de l’arbre, les autres animaux restés en bas éclataient de rire. Ce qui les amusait jusqu’à tomber en syncope, c’était moins les prouesses athlétiques du sagouin que le spectacle de ses grosses fesses rouges !

    « C’est ainsi que les hommes de pouvoir se révèlent, expliquait Hove. Plus ils s’élèvent dans l’échelle du pouvoir, plus ils se mettent à nu, donnant en spectacle leur suffisance et leurs désirs de puissance. »

    Des lendemains qui déchantent

    Chenjerai Hove faisait partie d’une génération de romanciers et de poètes très talentueux qui ont émergé au Zimbabwe dans les années 1970 et 1980. Ils ont pour noms Charles Mungoshi, Dambudzo Marechera, Tsitsi Dangarembga, Yvonne Vera, pour ne citer que les plus connus de ces auteurs qui ont mis leur pays sur l’atlas littéraire mondial, aux côtés des Wole Soyinka (Nigeria), des Ngugi wa Thiong’o (Kenya), des Ayi Kwei Armah (Ghana) et autres grands noms de l’anglophonie africaine. Ils ont puisé leur inspiration dans les drames et violences de la guerre de libération coloniale, avant de s’imposer chemin faisant comme chroniqueurs des lendemains de l’indépendance qui déchantent.

    C’est ce qu’a fait notamment Chenjerai Hove, dans une œuvre pluri-genres composée de romans, de poésies et de chroniques. Une œuvre qui fait passer le lecteur de la guerre coloniale et de l’humiliation des paysans expulsés de leurs terres par le maître blanc au dépérissement des Zimbabwéens après la fin du régime de la minorité blanche en 1980.

    Dans Ossuaire (1997), l’un des trois romans de Hove traduits en français, le romancier évoque la pauvreté qui perdure et se généralise après l’indépendance, dans des termes peu flatteurs pour le nouveau pouvoir : « La pauvreté, c’est pire que la guerre, à ce qu’on dit. On peut arrêter une guerre en parlant. On ne peut pas arrêter la pauvreté en parlant. »

    Tous les observateurs conviennent que le Zimbabwe s’est appauvri au cours des trente-sept années de règne de Mugabe. Cette pauvreté a aujourd’hui gagné les grandes villes et a pris des proportions inimaginables dont tout voyageur dans la capitale Harare ou à Bulawyo, deuxième grande ville du pays, peut témoigner. C’est une véritable « tragédie », selon le Prix Nobel de littérature britannique Doris Lessing, qui a grandi dans le Zimbabwe colonial et dont elle avait dénoncé lors d’un voyage en 1956 la politique de ségrégation raciste et absurde.

    « Quand les Noirs se sont révolté et ont gagné leur guerre, ils se sont retrouvés avec des richesses et des compétence comme il n’en existait nulle part ailleurs en Afrique. Pas même en Afrique du Sud, handicapée par ses rivalités tribales et ses immenses bidonvilles. Aujourd’hui, tout cela part à vau-l’eau…  », se lamentait l’écrivaine britannique dans un article publié dans Le Monde diplomatique en 2003.

    Racontant les heurs et malheurs des années Mugabe, plusieurs écrivains zimbabwéens reviennent, pour leur part, plus particulièrement sur les violences perpétrées par le régime post-colonial, notamment dans le Matabeleland au milieu des années 1980, où les troupes dépêchées par Mugabe pour réprimer des factions rivales opposées au pouvoir central firent selon des chiffres officieux plusieurs milliers de morts.

    C’est la romancière Yvonne Vera, sans doute l’une des auteurs les plus accomplies des années de plomb, qui a relaté avec la plus grande efficacité poétique cet épisode douloureux de l’histoire moderne du Zimbabwe. Dans son magnifique roman Les vierges de pierre (2003), Vera décédée en 2005, à l’âge de 40 ans, fait revivre le traumatisme des massacres du Matabeleland à travers l’histoire de deux sœurs, Thenjiwe et Nonceba. La première est décapitée par les soldats du dictateur et la seconde survit pour raconter la douleur et la souffrance de sa communauté. Seulement on lui a tranché les lèvres. Le secret de la réussite de ce récit est sans doute d’avoir su faire du combat de Nonceba pour la guérison, la métaphore de tout un pays qui aspire à la normalité et à vaincre les démons de son passé.

    Des promesses oblitérées

    Tout en s’inscrivant dans la grande tradition de littérature contestataire, les héritiers des auteurs des années Mugabe, portent en général un regard enthousiaste sur les événements dramatiques qui viennent de bouleverser la donne politique dans leur pays. « C’est une nouvelle ère qui vient de s’ouvrir pour le Zimbabwe avec la chute de Mugabe. L’horizon s’éclaircit et tout devient de nouveau possible », affirme la romancière montante Petina Gappah, qui explore dans son œuvre l’histoire longue de son pays.

    Gappah, tout comme sa consœur romancière NoViolet Bulawayo née, elle, après l’indépendance du Zimbabwe, savent toutefois que malgré son autoritarisme et les brutalités du régime qu’il a dirigé 37 années durant, Mugabe reste à tout jamais associé dans l’imaginaire des Zimbabwéens à la guerre de libération. « Malheureusement, déplore Gappah, ses dernières années ont oblitéré la promesse du renouveau qu’il a incarnée à l’indépendance et les progrès qu’il a initiés en imposant la gratuité de l’instruction.  »

    « Le pourcentage élevé d’enfants qui vont à l’école au Zimbabwe, tout comme la qualité des écrivains zimbabwéens attestent des progrès réalisés sous Mugabe en matière d’éducation », renchérit pour sa part Siphiwe Gloria Ndlovu qui s’apprête à publier son premier roman dont l’action se situe pendant la guerre civile au Matabeleland. Et la romancière de regretter que les gouvernements qui se sont succédé à Harare depuis l’indépendance n’aient pas su créer des emplois en nombre suffisant pour mieux intégrer dans l’économie les diplômés sortant des écoles et des universités.

    « Mugabe a fini par transformer le Zimbabwe en un pays de chômeurs sans avenir, ni même argent pour acheter des livres », s’exclame la romancière débutante. Sa remarque n’est pas sans rappeler la grande frustration des lettrés qu’évoquait l’écrivain britannique Doris Lessing dans son discours de réception du prix Nobel. « On nous a appris à lire, et maintenant il n’y a plus de livres », lui disaient des femmes modestes qu’elle avait croisées pendant son voyage au Zimbabwe.

    La lauréate britannique concluait son discours sur ces mots : « C’est, j’en suis convaincue, (…) les femmes qui parlaient de livres et d’éducation alors qu’elles n’avaient pas mangé depuis trois jours qui peuvent encore nous définir aujourd’hui.  »

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