GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 14 Décembre
Vendredi 15 Décembre
Samedi 16 Décembre
Dimanche 17 Décembre
Aujourd'hui
Mardi 19 Décembre
Mercredi 20 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Hebdo

    Aux origines de la crise entre l’Arabie saoudite et l’Iran

    media Le président iranien Hassan Rohani, le 22 septembre 2017, à Téhéran. President.ir/Handout via REUTERS

    La guerre froide que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran vient de franchir un nouveau seuil avec la « démission » et la « réhabilitation » du Premier ministre libanais, Saad Hariri. Ce dernier épisode de la guerre par procuration que se livrent ces deux puissances sur plusieurs fronts risque d’enflammer le Liban et toute la région. L’histoire d’une tension croissante entre deux poids lourds du Moyen-Orient qui incarnent au-delà de leurs différends religieux, deux visions géopolitiques distinctes.

    Pour comprendre la tension actuelle entre l’Arabie saoudite et l’Iran, il faut revenir aux origines de cette crise et à la chronologie historique des événements. Comme c’est le cas pour d’autres religions, l’islam connaît une pluralité d’interprétations et de dénominations. A partir de 680, un schisme oppose deux courants de l’islam les chiites et les sunnites autour de la question du successeur le plus légitime pour diriger la communauté des croyants.

    Pour la chercheuse Laurence Louër, auteur de Sunnites et chiites, l’histoire d’une discorde, citée dans un article de l’Institut de Relations internationales et Stratégiques (Iris) en novembre 2017, cette séparation entre ces deux principaux courants a été « réaffirmée » en 1501 lors de l’émergence de l’Empire safavide. Empire né des guerres qui les ont opposés à la principale puissance musulmane de l’époque : les Ottomans. Pour affirmer leur différence face aux Ottomans, porteurs de la continuité du califat sunnite, et pour unir leurs territoires multiconfessionnels correspondant plus ou moins à l’Iran actuel, les Safavides ont fait du chiisme leur religion officielle. Une sorte de première instrumentalisation du fait religieux à des fins politiques.

    « Cette ligne de fracture entre Ottomans et Safavides continue d’influencer la géopolitique régionale aujourd’hui, notamment dans la zone du golfe Persique. » explique Laurence Louër qui ajoute que l’antagonisme actuel entre l’Arabie saoudite et l’Iran perpétue également cette fracture : « Ces deux Etats se présentent chacun comme les défenseurs d’un "vrai islam" : sunnite wahhabite pour l’Arabie saoudite, chiite [duodécimain] pour l’Iran. Dans les deux cas, la religion est une idéologie d’Etat qui légitime le pouvoir, à la fois en interne et en externe ».

    L’origine de la rupture irano-saoudienne

    Aujourd’hui, les sunnites représentent environ 85% des musulmans dans le monde, alors que les pays à majorité chiites sont l’Iran, l’Irak, l’Azerbaïdjan et Bahreïn. D’importantes minorités chiites sont également présentes au Pakistan, en Inde, au Yémen, en Afghanistan, en Syrie et en Arabie saoudite. A ces deux grandes branches que sont les sunnites et les chiites, il faut aussi ajouter d’autres courants minoritaires que sont les alaouites en Syrie, les druzes dans tout le Proche-Orient, les alévis en Turquie et les kharidjites à Oman et au Maghreb.

    Mais au-delà de ces divisions confessionnelles et géographiques, les alliances politiques d’aujourd’hui dépassent les clivages religieux. L’Iran par exemple soutient le Hamas palestinien (sunnite), Bachar el-Assad (alaouite) ou l’Arménie chrétienne plutôt que l’Azerbaïdjan chiite. Les querelles entre le chiisme et le sunnisme tiennent moins aujourd’hui du différend religieux que d’un conflit politique entre deux visions géopolitiques.

    Le point de rupture entre l’Iran et l’Arabie saoudite, et entre ces deux visions géopolitiques, c’est la révolution islamique de 1979 en Iran. Dans les années qui précédent la révolution, l’Iran est un allié des Américains, un puissant rempart contre l’avancée du communisme dans la région et l’Arabie saoudite est leur meilleur fournisseur de pétrole. Mais la révolution islamique en Iran fera voler en éclats la relation avec les Etats-Unis et changera la donne au niveau international.

    Presque quarante ans après, ce pays reste profondément marqué par ce violent rejet et par les humiliations qu'il a subies (prise de l’ambassade, tentative ratée de libération des otages…), à un moment où il est la première puissance au monde. La politique américaine menée par le président Donald Tramp en Iran s’inscrit dans la continuité de cette histoire. Les chiites, portés par l’Iran, sont depuis la révolution islamique en conflit ouvert avec les dirigeants sunnites, considérés comme corrompus et vendus au « Grand Satan » américain. L’islam politique iranien tente d’étendre sa sphère d’influence et exporte sa révolution.

    La révolution islamique exporte son modèle

    A partir des années 1980, les idées de la révolution islamique se répandent en Irak et au Koweït, qui abritent de nombreux ressortissants iraniens. L’Irak, qui est le deuxième plus grand pays chiite du monde, s’en inquiète et tente de contrarier cette influence. Cette opposition de l’Irak au modèle iranien se transformera en affrontement entre les deux pays. Le président de l’Irak, Saddam Hussein (sunnite), mènera pendant huit ans (1980-1988) une guerre contre l’ayatollah Khomeiny, le Guide suprême (chiite) de la révolution islamique d’Iran.

    Saddam Hussein bénéficiera pour cette guerre de l’appui de la communauté internationale notamment américaine et soviétique (qu’elle perdra après l’utilisation d’armes chimiques) et de l’aide financière des pays du Golfe. Aides provenant principalement du Koweït, qui craint lui aussi d’être déstabilisé par sa composante iranienne, et de l’Arabie saoudite, elle aussi confrontée à d’importantes manifestations pro-iraniennes. La monarchie wahhabite déboursera près de 25 milliards de dollars pour financer l’armée irakienne. Mais la guerre Iran-Irak ne fera pas de vainqueur et se soldera par un terrible bilan humain : un demi-million de soldats tués et presque autant de civils.

    Au Liban, suite à l’intervention israélienne de 1982, une organisation, « le Hezbollah », « le parti de Dieu », qualifiée par certains de « jihadiste chiite », est créé avec le soutien financier de l’Iran. Son existence est révélée en février 1985 dans le quotidien libanais As-Safir. Le Hezbollah devient rapidement une organisation puissante qui jure fidélité à l’ayatollah Khomeini, prône la mise en place d’un régime islamique, appelle à l’expulsion des Etats-Unis, de la France, et d’Israël du Liban, et veut la destruction de l’Etat d’Israël.

    L’invasion du Koweït met tout le monde d'accord

    A la fin de la guerre Iran-Irak avec le cessez-le-feu en août 1988, l’Irak se retrouve très endetté. La majeure partie de cette dette est détenue par l’Arabie saoudite (45 milliards de dollars) et le Koweït (15 milliards de dollars). L’Irak tente d’obtenir un effacement de la dette à l'égard de ces deux pays mais ils refusent. De plus, l’Irak accuse le Koweït de dépasser ses quotas de production pétrolière fixés par l’OPEP et de provoquer une chute des cours (de 18 à 10 dollars le baril) qui entraîne pour l’Irak une perte de sept milliards de dollars par an. Un manque à gagner insupportable pour l’Irak qui accuse aussi le Koweït d’entreprendre des forages sur son territoire à travers la frontière.

    L’Irak menace le Koweït et revendique son territoire, considérant que le Koweït fait partie historiquement de la province ottomane de Bassorah, situé en Irak, et que celle-ci prive l’Irak de son débouché naturel sur la mer. Le 2 août 1990 à 2 heures du matin, les divisions de la garde républicaine et les forces spéciales de l’armée irakienne entrent au Koweït. Après quelques heures de combats, le Koweït tombe et ses dignitaires se réfugient en Arabie saoudite. L’occupation du Koweït est unanimement condamnée par les grandes puissances, de même que par l’Iran et l’Arabie saoudite qui soutiennent le Koweït. Les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Irak mi-janvier 1991, fin février le Koweït est libéré. Cette convergence de l’Iran et de l’Arabie saoudite autour de cette guerre entraine une baisse de tension entre eux qui durera pratiquement dix ans.

    Les conséquences de la troisième guerre du Golfe avec l’occupation de l’Irak par les Américains et l’arrivée au pouvoir d’une majorité chiite, les guerres par procurations que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran à travers la région - que ce soit en Syrie, au Liban ou au Yémen et les nouveaux axes d’influences qui se dessinent - sont autant d’éléments qui seront développés dans la deuxième partie de ce dossier consacré aux origines de la crise entre l’Iran et l’Arabie saoudite, à suivre dans la prochaine édition de l’Hebdo, le 1er décembre.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.