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    Zimbabwe: une semaine historique et le jour d'après

    media Emmerson Mnangagwa et son épouse arrivent au National Sport Stadium de Harare pour sa cérémonie d'investiture en tant que président par intérim du Zimbabwe, le 24 novembre 2017. Marco Longari / AFP

    Les événements se sont enchaînés à la surprise générale. Les Zimbabwéens jurent qu’ils ne l’avaient pas vu venir et que personne, il y a encore quelques semaines, ne s’attendait à une chute si rapide de Robert Mugabe. Pourtant, le « vieil homme » est bel et bien tombé. Une fin inéluctable, malgré les doutes des premiers jours et l'acharnement du président à s’accrocher au pouvoir.

    De notre envoyée spéciale à Harare,

    Le 14 novembre, les blindés de l’armée prennent position dans la capitale zimbabwéenne, Harare. Moins de 48 heures plus tôt, le chef d’état-major, le général Constantino Chiwenga, a pris la parole devant les plus hauts gradés du pays pour adresser une mise en garde sans précédent à Robert Mugabe. Le président est sommé de mettre un terme à la « purge » en cours dans les rangs du parti présidentiel, la Zanu-PF, s’il ne veut pas voir l’armée « intervenir ».

    Le général Chiwenga fait référence à l’éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa, exclu du parti et démis de ses fonctions sans ménagement le 6 novembre. « Le Crocodile » a été poussé vers la sortie par l'épouse du président, Grace Mugabe, qui entend prendre sa place dès le mois suivant à la faveur d’un changement de Constitution interne à la Zanu-PF. Lorsque les blindés de l’armée commencent à circuler sur les routes qui entourent la capitale Harare, tout le monde se souvient des mises en gardes qu’il a adressées au couple présidentiel peu après son éviction.

    La nuit sera agitée. Après plusieurs heures de confusion, les militaires apparaissant finalement à la télévision aux alentours de 4h du matin. Le général Chiwenga lit à l’antenne un communiqué dans lequel il dément avoir mené « un coup d’Etat ». Il explique que l’armée veut éliminer des « éléments criminels » dans l’entourage du président. Il assure en outre que Robert Mugabe est « sain et sauf », et que « sa sécurité et celle de sa famille sont garanties ».

    Une période d’attente sur le fil s’ouvre à Harare. Dans la soirée qui suit l’intervention de l’armée, l’atmosphère qui règne dans la ville est surréaliste. Alors que la presse internationale évoque avec excitation ce « coup de force » inattendu, les Zimbabwéens vaquent à leurs occupations quotidiennes dans le plus grand calme. La vie suit son cours à Harare, absolument comme si de rien n’était.

    Seuls quelques véhicules blindés tapis dans l’ombre et de petits groupes de militaires au coin des rues du centre-ville rappellent vaguement que quelque chose vient de se passer. Rien ne laisse présager de l’issue de ces journées d’attente, alors que les Zimbabwéens étouffent leur joie, de peur d’être brutalement déçus. D’autant plus qu’on assiste dans la matinée du vendredi 17 novembre à une sortie-surprise de Robert Mugabe, qui se rend à une cérémonie de remise des diplôme presque comme si rien ne s'était passé.

    Plus tard dans la journée, les événements s’accélèrent de nouveau. Si les négociations ne semblent pas aboutir, l’armée compte maintenant sur le peuple pour envoyer un message clair au président. Les ZDF, les forces militaires zimbabwéennes, et la Zanu-PF appellent la population à manifester dans le calme dès le lendemain. Dans la soirée, la télévision publique fait une annonce incroyable : les branches locales du parti au pouvoir ont voté en faveur de la démission de Robert Mugabe.

    Catharsis populaire

    Le Zimbabwe tient son moment historique. Après trois jours d’attente, la population est autorisée à montrer sa joie, à sortir dans les rues et à s’exprimer, sous la protection de l’armée. Dès le petit matin, la foule se déverse le long des avenues d’Harare. Ils sont plus nombreux qu’on ne l’avait envisagé. Des centaines de milliers de personnes sont venues de toute la province et parfois de bien plus loin, par bus entiers.

    Des Zimbabwéens noirs, mais aussi des Blancs, les épaules couvertes du drapeau national, brandissant des pancartes, soufflent dans des vuvuzelas et dansent au milieu de la chaussée. Ils entourent les quelques militaires lourdement armés présents eux aussi dans les rues. Juchées sur le toit des bus, des dizaines de personnes agitent des rameaux en hurlant.

    Quelque chose vient de basculer et les Zimbabwéens se jettent à corps perdu dans cet instant de catharsis. Entre le stade de High Fields en bordure de la ville et le centre d’Harare, des colonnes de voitures remplies à ras bord circulent au ralenti. Par les fenêtres, certains tiennent à bout de bras des portraits de Mugabe auquel ils disent au revoir avec ironie. On perçoit beaucoup d’humour et on entend beaucoup de mots durs contre le président et la Première dame, moquée et insultée.

    Les scènes sont hallucinantes. Les Zimbabwéens se jettent à corps perdu dans ce moment dont beaucoup ont rêvé toute leur vie. Plus tard dans la journée, la foule se masse en vagues compactes devant le parlais présidentiel, survolé de temps à autre par un hélicoptère de l’armée acclamé par le peuple. La manifestation se dispersera finalement dans le calme. Les Zimbabwéens n’ont plus aucun doute sur l’avenir.

    « Un pas de plus vers la révolution »

    Robert Mugabe a pourtant décidé de jouer lui aussi un dernier tour à ses détracteurs. La journée de dimanche s’enchaîne à toute vitesse. Le comité central de la Zanu-PF se réunit dans la matinée pour acter la décision des branches locales du parti. Les délégués sont loin d’être au complet. Une centaine d’entre eux, en fuite ou état d'arrestation, ne sont pas venus à cette réunion, qui prend très vite des allures de purge.

    Après quelques heures d’attente, la Zanu-PF annonce sa décision : Robert Mugabe est démis de ses fonctions et Emmerson Mnangagwa revient à son poste de vice-président du parti. C’est lui qui prendra la présidence du Zimbabwe jusqu’aux élections de 2018, pour lesquelles il sera le candidat du parti au pouvoir. Quant à Grace Mugabe, elle est exclue du parti avec 18 autres membres de la faction G40 qu’elle contrôlait.

    Les noms des exclus sont égrenés sous les applaudissements des délégués. Un moment de purge glaçant, qui doit inaugurer « une nouvelle ère » pour le parti, « un pas de plus vers la révolution », selon ses militants. Toutes ces décisions doivent être ratifiées lors du congrès extraordinaire de la Zanu-PF, qui se tiendra du 12 au 17 décembre prochains.

    Le soir, une intervention de Robert Mugabe est annoncée à la télévision. Il se fera attendre alors que dès 19h, heure locale, les Zimbabwéens sont prêts à l’entendre annoncer sa démission. C’est seulement à 21h que le chef de l’État fait son apparition à l’écran, encadré par les militaires et des membres de son cabinet. Le discours qu’il prononce est aussi long que décevant. Les téléspectateurs ont le souffle coupé lorsqu’il annonce qu’il présidera le congrès de décembre. « Mais qu’il parte ! », s’exclame un homme, incrédule, dans un bar d’Harare.

    Les Zimbabwéens n’ont pas perdu espoir, malgré ce retournement de situation. Pour preuve, le lundi matin, les étudiants de l’Université du Zimbabwe décident de ne pas se rendre à leurs examens. « Ce que nous avons vécu samedi ne peut pas s’éteindre, explique un jeune étudiant en histoire. Pour la première fois, nous osons parler et manifester, et nous ne pouvons plus revenir en arrière. Il va devoir partir ».

    Crise interne à la Zanu-PF

    C’est désormais au Parlement d’entrer en piste. La Zanu-PF veut déposer une motion de censure, qui devrait conduire à la destitution du président. Un long processus, qui nécessite aussi le vote de l’opposition. La torpeur s’installe à Harare. Mais alors que les députés siègent dans un centre de conférence de la ville, le président du Parlement prend la parole. Entre ses mains, il tient la lettre de démission de Robert Mugabe. Stupeur dans l’assemblée, puis les cris de joie et les hurlements fusent et les députés comme le public déferlent dans les couloirs du centre de conférence. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Déjà, les portraits officiels de Robert Mugabe sont décrochés partout dans le pays.

    Une transition inédite s’installe désormais au Zimbabwe. Emmerson Mnangagwa est à présent le nouvel homme fort du pays. Cet ancien allié, autrefois très proche de Robert Mugabe, doit mener le pays aux élections, qui auront lieu le 22 août 2018 au plus tard. « Il ne s’agit pas d’une transition à proprement parler, car il n’y a pas eu de crise constitutionnelle. A l’origine, il s’agit bien d’une crise interne à la Zanu-PF », relève Alexander Rusero, enseignant à l'Ecole polytechnique d'Harare.

    Le parti au pouvoir doit maintenant se reconstruire et surtout se réinventer, s'il veut « tirer les bénéfices de ce moment de confusion qui a conduit à la chute de Robert Mugabe ». Emmerson Mnangagwa apparaît suffisamment pragmatique pour tenter de donner des garanties aux investisseurs étrangers et surtout au peuple.

    « Ce qui était au départ un problème interne à la Zanu-PF est aussi devenu un problème zimbabwéen, la population a très clairement montré ses attentes », relève l’analyste. La composition du nouveau gouvernement devrait donner des indications sur la volonté de réforme d’Emmerson Mnangagwa. Celui-ci pourrait en tout cas être forcé de faire entrer dans la danse quelques figures de l’opposition afin de rassurer sur sa volonté de réforme d’ici les élections.

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