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    Dictature en Argentine: Esma, un procès emblématique

    media Un écran géant était placé devant le palais de justice, où des centaines de personnes attendaient la lecture du verdict du procès Esma, mercredi 29 novembre à Buenos Aires. Javier Gonzalez Toledo / AFP

    Le procès des militaires coupables de tortures et d'assassinats à l'ESMA, le plus grand centre clandestin de détention entre 1976 et 1983, a pris fin mercredi 29 novembre. En condamnant 48 anciens militaires pour des crimes contre l’humanité, la justice argentine poursuit son travail exemplaire contre l’impunité.

    De notre correspondant à Buenos Aires,

    Buenos Aires, mercredi 29 novembre, 16h. Devant le palais de justice, des centaines de personnes attendent la lecture du verdict du procès dit Esma, sous un soleil de plomb. Un écran géant montre le banc des accusés, où des messieurs affichent des visages fermés. Ils sont 54 et ils comparaissent pour des crimes commis à l’Esma, l’École de mécanique de la marine, le plus grand centre de détention clandestin de la dictature militaire au pouvoir entre 1976 et 1983.

    Le verdict se fait attendre. On demande de l’eau pour les mères de la Place de mai présentes, qui ont tout de même droit à une chaise et à un coin d’ombre. Elles ont le même âge que les prévenus cravatés que l’on voit à l’écran. Mais elles sourient et remercient ceux qui se démènent pour les rafraîchir. Parmi eux, des membres de l’association H.I.J.O.S (littéralement, FILS), formée par des enfants de disparus. Mais aussi des garçons et de filles nés bien après la fin de la dictature.

    À l’intérieur du tribunal, le climat est tendu. Le juge menace de faire évacuer les familles des prévenus, trop bruyantes. Elles sont au premier étage, en surplomb de la salle d’audience, où les proches des 789 victimes font face aux anciens bourreaux, derrière une paroi en verre. Le calme revenu, la lecture du verdict commence. C’est long et fastidieux, puisque le juge doit rappeler le nom des accusés et des avocats défenseurs, les parties civiles et les faits qui sont jugés : torture, exécution illégale, vol de bébés nés pendant la détention de leurs mères, assassinat, disparition. Il faudra plus de quatre heures pour en finir avec l’énoncé des peines, accueilli avec des applaudissements par la foule rassemblée à l’extérieur : perpétuité pour 29 prévenus, dont trois déjà condamnés à la prison à vie dans d’autres procès, entre 8 et 20 ans de réclusion pour 19 anciens militaires, six acquittements.

    420 procès en cours

    Des centaines de procès de ce genre ont déjà eu lieu en Argentine. 420 sont actuellement en cours et plus de mille anciens militaires sont en prison pour les crimes commis sous la dictature. Mais celui-ci était particulièrement attendu : pour le nombre de crimes qui était jugé, après unification de plusieurs procédures, et parce que, pour la première fois, des prévenus comparaissaient pour les tristement célèbres « vols de la mort ». Des détenus, choisis on ne sait sur quel critère chaque mercredi, étaient embarqués dans la nuit sur des avions de l’aéronavale après avoir été anesthésiés et ligotés, pour être jetés vivants en mer ou dans le Río de la Plata, l’immense fleuve qui baigne les côtes de Buenos Aires.

    Parmi les victimes de ces « vols de la mort », le groupe de femmes qui a donné naissance aux « Mères de la place de Mai », dont les religieuses françaises Léonie Duquet et Alice Domon. Elles avaient été enlevées dans l’église où elles se réunissaient, sur ordre d’un jeune capitaine de vaisseau, Alfredo Astiz, ensuite surnommé « l’ange blond de la mort », qui s’était joint à elles en se faisant passer pour le frère d’un disparu. Ce 29 novembre, Astiz a été condamné à perpétuité pour la troisième fois. Deux anciens pilotes de ces avions ont reçu la même peine.

    Commencé en 2012, ce troisième procès des crimes commis à l’École de mécanique de la marine a permis d’entendre plus de 800 témoins, dont de nombreux survivants de ce camp de la mort où sont passées près de 5000 personnes entre 1976 et 1983. Il a ainsi permis de reconstituer dans le détail le fonctionnement de l’Esma, devenu aujourd’hui un lieu de mémoire que d’anciens prisonniers font visiter aux jeunes générations.

    Les méthodes de répression employées par la marine à l’Esma n’étaient pas très différentes de celles utilisées dans les autres centres de détention clandestins (il y en a eu plus de cent) mis en place par les militaires sous la dictature. Mais c’est là qu’elles ont été exécutées le plus systématiquement. Les officiers et sous-officiers étaient organisés en « groupes de travail » qui ciblaient les prétendus opposants, avec une répartition des tâches bien précise : renseignement, enlèvement, collecte d’informations (entendez torture), élimination. Mais le système avait ses failles, comme en témoigne le nombre de survivants, dont certains libérés peu après leur détention, sans que l’on sache bien pourquoi. L’horreur était parfois improvisée. Des corps ont été retrouvés sur les côtes après « les vols de la mort », alors qu’ils étaient censés faire disparaître à jamais les victimes.

    L’Argentine continue de panser ses plaies

    Ce procès emblématique prouve que l’Argentine continue d’être un exemple dans le monde pour le jugement des crimes contre l’humanité. Elle l’a été dès 1985, quand l’ancien président Raúl Alfonsín, élu deux ans plus tôt, a fait juger les chefs des juntes, dont la plupart ont été condamnés à perpétuité par un tribunal qui a respecté de manière irréprochable les droits de la défense.

    Ils ont toujours été respectés lors des procès qui ont démarré en 2003, suite à l’arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner, qui a pesé de tout son poids pour que le Parlement et la Cour suprême annulent les lois d’amnistie qui avaient été votées en 1986 et 1987. Entretemps, et sauf dans le cas des vols de bébés, que des magistrats ont considéré non amnistiés, les anciens militaires ont pu échapper à la justice. Mais les survivants, les familles de victimes, les associations de défense des droits humains, dont les mères et les grands-mères de la place de Mai, n’ont jamais oublié pas que des milliers de personnes avaient disparu sous la dictature. Sans pour autant exercer une quelconque vengeance. Pendant ces années d’impunité, pas un ancien militaire n’a été agressé.

    Depuis quatorze ans, les procès ont repris. Pour que, comme le réclame toujours une grande partie de la société, les crimes commis il y a bientôt quatre décennies ne restent pas impunis. « Justice, mémoire et vérité » est le slogan des organisations des droits de l’homme, que les jeunes nés après la dictature reprennent volontiers. Malheureusement, si la justice fait son travail et la mémoire est vivante, la vérité est incomplète : aucun ancien militaire ne s’est repenti, aucun n’a donné des informations devant les juges permettant, par exemple, de retrouver des corps de disparus. Un pacte du silence semble les lier. Du moins, avec le procès qui s’est terminé ce 29 novembre, la vérité a avancé.

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