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    Repères sur la crise entre l’Arabie saoudite et l’Iran

    media Le prince héritier Mohammed ben Salman durant une cérémonie d'allégeance à La Mecque, le 21 juin 2017. Bandar Algaloud/Courtesy of Saudi Royal Court via REUTERS

    Derrière les guerres et les graves crises que traverse le Moyen-Orient depuis près de quarante ans, se joue une guerre froide violente et tragique entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Ces deux grandes puissances régionales, qui incarnent des modèles politiques et confessionnels différents, ne cessent de se livrer des guerres par procurations sur tous les fronts au risque d’enflammer toute la région. Une confrontation entre deux poids lourds, porteurs de deux visions géopolitiques différentes exacerber par l’histoire.

    Après les deux premières guerres du Golfe (Irak-Iran et Irak-Koweït), abordées dans la première partie de ce dossier, une troisième guerre a enflammé la région et ravivé le conflit qui oppose l'Arabie saoudite et l’Iran. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, et à la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, George W. Bush, alors président des Etats-Unis, accuse l’Irak de posséder des armes de destruction massive et s’engage en mars 2003 avec une coalition de plusieurs pays dans un conflit armé contre le parti Baas de Saddam Hussein en Irak. L’offensive entraine la défaite de l’armée irakienne, la capture et l’exécution de Saddam Hussein et la mise en place d’un nouveau gouvernement dans un pays dévasté.

    La chute de Saddam Hussein, un boulevard pour l’Iran

    Pour le président George W. Bush, cette invasion s’achève avec la fin des combats le 1er mai 2003, mais sur place les violences continuent. La population est massivement hostile aux troupes de la coalition et plusieurs organisations s’opposent à l’occupant, parmi lesquelles on peut citer côté sunnite « l’Armée islamique en Irak », côté baasiste « l’Armée des hommes de la Naqshbandiyya », côté chiite « l’Armée du Mahdi », et parmi les organisations jihadistes « Al-Qaïda en Irak ». Dans ce contexte trouble, des tentatives de médiation sont entreprises. Au Koweït, en 2004, un ensemble de pays (Syrie, Iran, Koweït, Arabie saoudite, Jordanie, Egypte et Turquie) demande solennellement le retrait de la coalition des forces d'occupation et l'aide de l'ONU pour rendre le pays à ses habitants, mais l’initiative reste vaine.

    Paul Bremer, un administrateur provisoire de la coalition en Irak sur la période 2003 à 2004 prend une décision lourde de conséquences. Il démembre l’armée irakienne et fait mettre sur la touche les généraux et les officiers pour la plupart d’origine sunnite, car Saddam Hussein s’entourait de sunnites pour les postes de commandement. Pour le professeur de sociologie à l'Université Paris VII, Azadeh Kian-Thiébaut, « de cette façon-là, ils (les Américains) ont privé l’Irak d’une armée. Cela a laissé le champ libre aux milices chiites, cela leur a permis de se constituer et a donné naissance à l'Etat islamique en Irak (aussi appelé Daesh). Car Daesh a été créé par des généraux sunnites de Saddam Hussein qui avaient perdu leurs postes lorsque l’armée a été démantelée, auxquels se sont adjoints d’autres hommes mécontents provenant de tribus sunnites. Les Saoudiens ont-ils soutenu Daesh ou ces généraux sunnites qui avaient été licenciés ? Il semblerait que oui. Ils ont joué un rôle dans la constitution de Daesh au début, parce qu’ils avaient peur de la prise de pouvoir de l’Iran sur l’Irak à travers des gouvernements chiites ».

    C’est effectivement ce qui se passera : pendant toute cette période, l’Iran prend pied en Irak. Les chiites d’Irak et d’Iran ont de nombreux liens. Sous Saddam Hussein, beaucoup, comme les Kurdes d’Irak, se sont réfugiés en Iran où ils ont été hébergés par la République islamique. Le Parlement et le gouvernement à majorité chiite reprennent les commandes du pays. Nouri al-Maliki, chef de file du parti Dawa, prend la tête du gouvernement. Pour les Saoudiens, l’Irak bascule dans l’orbite iranienne.

    Un attentat sur un lieu saint chiite (le sanctuaire Al-Askari à Samara) déclenche une première guerre civile de 2006 à 2008 entre sunnites et chiites d’Irak qui fait des centaines de milliers de morts. De leur côté, les Etats-Unis cherchent à se désengager et financent des milices sunnites « Sahwa » pour lutter contre le groupe Etat islamique. Enfin, le 18 décembre 2011, huit ans et neuf mois après leur arrivée, les Américains se retirent.

    L’onde de choc et la multiplication des conflits

    Pour le professeur Jean Paul Chagnollaud, rédacteur en chef de Confluences Méditerranée, tout a « basculé dans la région à partir de mars 2003 (début de la guerre d’Irak). Le choc que cette guerre a représenté a conduit à des déstabilisations multiples. Cette agression américaine, au sens du droit international, est un moment important qui déstabilise beaucoup de choses : elle déstabilise le pouvoir sunnite à Bagdad et par ricochets tout ce qu’on a vu par la suite ».

    Après le changement de régime en Irak, le roi Abdallah de Jordanie avait eu beaucoup de succès auprès de la communauté internationale en parlant d’un « croissant chiite » sur la région. Il pointait le fait que la chute de Saddam Hussein avait levé l’un des principaux verrous à l’expansion des réseaux d’influence iraniens dans le monde arabe et que, comme l’explique Laurence Louër, professeur à Science Po -CERI dans le blog de Pascal Boniface de novembre 2017, « les Iraniens alliés à la Syrie depuis le début des années 1980 et très présents au Liban par l’intermédiaire du Hezbollah, pouvaient désormais établir une continuité géographique chiite, du Liban à l’Irak, sans compter leur influence au sein des importantes communautés chiites du Koweït, au Bahreïn et même en Arabie saoudite. »

    D’après Laurence Louër, cette formule du croissant chiite « synthétise les différents préjugés des sunnites envers les chiites, perçus essentiellement comme des relais de l’influence iranienne. Elle occulte l’hétérogénéité religieuse, ethnique et politique de ces derniers. Ainsi, le modèle politique iranien, République dirigée par un clerc, est une ligne de faille religieuse et politique : la plupart des grands savants religieux chiites considèrent que ce modèle n’est pas valide sur le plan religieux et certains mouvements islamistes chiites, notamment ceux présents dans les monarchies du Golfe, critiquent l’ambition hégémonique iranienne ».

    Les crises et les terrains de confrontation se sont multipliés. L’Arabie saoudite et l’Iran se livrent de véritables guerres par procuration. En Syrie par exemple, l’Iran soutenait Bachar el-Assad contre les manifestants pro-libération arabes composés de groupes salafistes armés et financés par des monarchies du Golfe.

    Aujourd’hui, les gagnants de cette guerre sont les Syriens, les Russes et les Iraniens. Pour les Saoudiens, la perte d’influence en Syrie, la montée en puissance du Hezbollah (mouvement armé chiite pro-iranien) au Liban sont autant de facteurs d’inquiétude face à un paysage qui change et se redessine. Hier, les grandes capitales qui comptaient étaient Bagdad, Damas ou Le Caire. Aujourd’hui, la plupart ont perdu de leur puissance du fait de guerres ou d’événements politiques et pourtant, comme l’explique Jean Paul Chagnollaud, « Riyad et Téhéran pourraient devenir les deux nouvelles grandes capitales et rayonner à l’avenir sur cette partie du monde ».

    Les perceptions des uns et des autres

    Pour l’Arabie saoudite, comme pour l’Iran, « c’est d’abord un problème de géostratégie, de domination politique, plus qu’une question religieuse sunnites-chiites, même si cette dimension religieuse est sous-jacente… », explique Jean Paul Chagnollaud. L’Arabie saoudite, aujourd’hui très préoccupée de son avenir et de sa capacité d’influence, souffre depuis la révolution islamique des initiatives iraniennes pour exporter son modèle politique sur toute la région. Elle estime que les zones d’influences de l’Iran se sont multipliées autour d’elle et se sent cernée.

    Mais le sentiment est exactement le même du point de vue iranien. Les Iraniens considèrent qu’il y a un « activisme saoudien » systématiquement hostile, et sont très préoccupés par la nouvelle alliance Washington-Tel Aviv-Riyad et leur volonté de nuire au régime de Téhéran, en particulier de vouloir démanteler l’accord sur le nucléaire.

    Les deux puissances régionales se sentent donc mutuellement menacées mais pour l’heure, elles ne sont pas prêtes à s’affronter directement.

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