GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mercredi 18 Juillet
Jeudi 19 Juillet
Vendredi 20 Juillet
Samedi 21 Juillet
Aujourd'hui
Lundi 23 Juillet
Mardi 24 Juillet
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Hebdo

    Le Liban uni pour la première fois depuis des décennies

    media Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, s'adressant à des partisans venus se masser devant chez lui à Beyrouth, le 22 novembre 2017. REUTERS/Mohamed Azakir

    Pour les premières fois depuis des décennies, les Libanais ont affiché une rare unité face à des pressions exercées par l’étranger. Cette union sacrée leur a permis d’éviter une grave crise politique aux conséquences incalculables.

    De notre correspondant à Beyrouth

    Le Liban a progressivement absorbé les effets politiques de la crise provoquée par la démission surprise, à partir de Riyad, du Premier ministre Saad Hariri, le 4 novembre, et son séjour entouré de flou dans la capitale saoudienne. Confronté par le passé à des événements d’une ampleur similaire ou moindre, le pays avait sombré dans d’interminables crises gouvernementales ou constitutionnelles, ponctuées, parfois, d’affrontements armés.

    L’instabilité politique a commencé en 2004, avec la prorogation pour trois ans du mandat du président de la République pro-syrien, Emile Lahoud. L’extension de ce mandat avait été précédée de l’adoption au Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 1 559, sous l’impulsion de la France et des Etats-Unis. Ce texte s’opposait à la reconduction du mandat d’Emile Lahoud et exigeait, pour la première fois, le désarmement du Hezbollah, qui avait réussi, quatre ans plus tôt, à chasser Israël de la bande frontalière qu’il occupait au Liban-Sud.

    Pour de nombreux analystes, cette résolution marque le début de la division politique d’après-guerre entre les Libanais. Depuis, les crises politiques n’ont jamais cessé. La division s’est transformée en profonde fracture avec l’assassinat, le 14 février 2005, de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri. Un meurtre attribué à la Syrie puis au Hezbollah par une partie de la classe politique du pays. Deux camps se sont alors dégagés : la coalition pro-occidentale du 14-Mars et l’alliance du 8-Mars, proche de la Syrie et de l’Iran. La tension politique entre ces deux blocs de représentation populaire presque égale a explosé le 7 mai 2008. Ce jour-là, le Hezbollah a pris le contrôle par la force des armes de Beyrouth et de la plupart des régions libanaises pour empêcher le démantèlement par le gouvernement de Fouad Siniora, dominé par le 14-Mars, de son réseau de télécommunication.

    Une longue paralysie gouvernementale

    L’accord de Doha, qui a porté le 25 mai 2008 à la tête de l’Etat l’ancien chef de l’armée, le général Michel Sleiman, après une vacance de sept mois à la présidence, n’était qu’un rapiéçage. Les gouvernements successifs restaient paralysés, incapables d’entreprendre la moindre action à cause des divisions politiques. Entre-temps, le 14-Mars a été affaibli par l’alliance politique conclue entre le Courant patriotique libre (CPL) du général Michel Aoun et le Hezbollah. Cette entente, scellée le 6 février 2006 dans une église de la banlieue sud de Beyrouth, le fief du Hezbollah, a battu, à ce jour, le record de longévité de tous les accords passés entre des partis politiques libanais depuis l’indépendance, en 1943.

    Le sexennat de Michel Sleiman a été marqué par une longue paralysie gouvernementale, imposée par les équilibres ambiants. Les désaccords politiques étaient souvent ponctués d’affrontements armés, notamment à Tripoli, entre des groupes sunnites anti-syriens et une milice alaouite soutenue par le 8-Mars et la Syrie. Quatorze rounds de combat, étalés sur plusieurs années, ont fait des centaines de morts et de blessés dans la deuxième ville du Liban.

    En janvier 2011, Saad Hariri, alors Premier ministre, apprend la chute de son gouvernement alors qu’il vient d’entrer dans le Bureau ovale pour rencontrer Barack Obama. Le gouvernement est tombé après la démission du tiers des ministres, membres du CPL, du Hezbollah et du mouvement Amal, du président du Parlement Nabih Berry, un des plus importants leaders chiites du pays. Ils reprochaient à M. Hariri de couvrir l’instrumentalisation du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) dans le but d’accuser le Hezbollah de l’assassinat de son père Rafic Hariri.

    La guerre en Syrie a compliqué la situation avec une profonde cassure verticale qui a traversé la société de haut en bas. Le 14-Mars a épousé la cause des rebelles syriens, alors que le Hezbollah a envoyé des milliers de combattants soutenir l’armée du président Bachar el-Assad. Le conflit syrien a eu pour effet de bloquer les institutions, empêchant l’élection d’un président de la République pendant deux ans et demi. Il a aussi débordé sur le Liban avec des attentats-suicide menés par des groupes extrémistes syriens, qui ont fait des centaines de morts et de blessés, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth.

    Le « compromis » résiste aux pressions

    Entre 2008 et 2016, trois gouvernements fragilisés par les divisions internes se sont succédé. Le mandat du Parlement a été prorogé à deux reprises, et le pays est resté sans président entre mai 2014 et octobre 2016. A cette date, un compromis conclu entre l’allié du Hezbollah Michel Aoun et le poulain de l’Arabie saoudite, Saad Hariri, a permis un déblocage qui a porté le premier à la présidence et le second à la tête du gouvernement. C’est le fameux « compromis », qui régit la vie politique libanaise depuis un an. L’accord a été consolidé par la formation d’un gouvernement d’union nationale, regroupant la plupart des forces politiques du pays, autrefois adversaires.

    Cette coalition a assuré au Liban une stabilité inhabituelle, qu’il n’avait plus connue depuis des années. Certains y ont vu la concrétisation d’un accord tacite irano-saoudien pour tenir le pays du Cèdre à l’écart des incendies qui ravagent la région. D’autres ont estimé que ce « compromis » est le fruit d’une volonté exclusivement interne, incarnée par deux hommes, Michel Aoun et Saad Hariri.

    Quoi qu’il en soit, cet accord a résisté aux formidables pressions exercées récemment par l’Arabie saoudite, qui se sont manifestées par la démission surprise de Saad Hariri, une décision imposée par les autorités du royaume selon le Liban. L’annonce du Premier ministre libanais, faite à partir de Riyad sur une chaîne de télévision à capitaux saoudiens, al-Arabiya, a été accompagnée de menaces sans précédent proférées par des responsables saoudiens. L’un d’eux, le ministre des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhan, a clairement exprimé les exigences de son pays : démission du gouvernement libanais et son remplacement par un nouveau cabinet d’où serait exclu le Hezbollah. Dans les coulisses, Riyad œuvrait au remplacement de Saad Hariri par son frère Bahaa à la tête du leadership politique sunnite du pays. Enfin, pour accentuer les pressions sur le pouvoir libanais et sur le Hezbollah, des mouvements de protestation devaient être organisés dans la rue.

    Une gestion fine de la crise

    Cependant, aucun de ces objectifs n’a pu être atteint par les Saoudiens. Saad Hariri est rentré à Beyrouth après une initiative menée par la France, il est toujours à la tête de son parti et de son gouvernement, et aucun débordement sécuritaire n’a été enregistré.

    Certes, les fortes pressions internationales exercées sur l’Arabie saoudite ont assuré un filet de sécurité qui a préservé la stabilité du Liban. Mais cela n’aurait pas été possible si la classe politique libanaise, dirigée par le président Michel Aoun, n’avait pas parlé d’une seule voix, à de rares exceptions. Une fois n’est pas coutume, une majorité de Libanais a estimé que la démission de Hariri à partir de Riyad constitue une grave atteinte à la souveraineté du pays. La population, y compris la communauté sunnite, a par ailleurs ressenti comme une humiliation nationale le traitement infligé à leur Premier ministre par les Saoudiens. Beaucoup, au Liban et ailleurs, pensent que Saad Hariri et sa famille étaient retenus contre leur gré dans le royaume.

    Face à ces événements, l’ensemble de la classe politique, y compris le Hezbollah et le parti sunnite de Hariri (le Courant du Futur), a fait bloc derrière le président Aoun. Fort de ce soutien, le chef de l’Etat a géré la crise avec finesse, surmontant les obstacles les uns après les autres, évitant une transposition des tensions dans la rue. Aucun incident notable n’a été signalé et les quelques voix qui défendaient l’Arabie saoudite se sont vite tues, devant l’union sacrée inhabituelle.

    Cette unité a été saluée avec euphorie par les Libanais dans le monde réel et sur les réseaux sociaux. Pour la première fois depuis des décennies, leur pays a montré qu’il pouvait résister à des pressions venues de l’extérieur, et eux ont prouvé que l’appartenance nationale peut être plus forte que les affinités communautaires. Beaucoup se demandent, toutefois, si ce moment d’unité résistera aux tempêtes régionales qui ont emporté des pays autrement plus solides que le Liban.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.