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    Hebdo

    [Livre] «Mali, au-delà du djihad», par François-Xavier Freland

    media François-Xavier Freland, embarqué avec Barkhane. FX Freland

    Dans Mali, au-delà du djihad, un pavé de 400 pages qui se lit comme un roman, François-Xavier Freland entreprend de raconter « son » Mali. Le journaliste français, qui fut correspondant de France 24 et France Inter en 2007 et 2008, se met en scène à la première personne dans cet essai d’inspiration situationniste [Jean-Paul Sartre y reconnaîtrait sans doute son petit] mêlant avec brio vie privée et questions socio-politiques.

    Dès le préambule, l’auteur précise « d’où il parle » et notre esprit grince. « J’ai quitté Paris pour oublier la tragédie du 11-Septembre et retrouver un peu de sérénité, loin du bourdonnement médiatique » [la salle de rédaction de France Info en surchauffe]. Se croyant « à l’abri du bruit et de la fureur qui s’empare du monde », il ne se doute pas que « dix ans plus tard, il se jouera dans ce lieu paisible une des plus longues batailles contre le terrorisme islamiste, au retentissement mondial ».

    François-Xavier Freland se rend pour la première fois au Mali en 2002, sur les traces d’une jeune institutrice qui enseignait en 1922 à Djenné, au cœur de l'Afrique occidentale française. S’il ne trouve plus guère trace de cette « idéaliste » qui croyait « au bien-fondé de sa mission « civilisatrice » et qui pensait incarner « le progrès », notamment en matière d’éducation des filles, il y croise en revanche un soir une des baronnes du socialisme de l’époque, Martine Aubry, qui descend d’un 4x4 frémissant avec des airs de Karen Blixen, saharienne beige et chapeau blanc sur la tête.

    Le Mali, pays « paisible ». François-Xavier Freland en tombe amoureux. Il s’installe à Bamako en 2007 comme correspondant de presse, avec sa femme Lucie qui lui rappelle « Raquel Welch dans les fanzines des années 1950 ». Ils forment « un couple de petits blancs insouciants » qui séduit les Maliens qu’ils apprennent à connaître au hasard des ruelles en latérite arpentées à moto. Deux relations qui vont subir des turpitudes et que l’auteur tente de comprendre a posteriori.

    « La pitié dangereuse »

    Progressivement embarqué entre 2002 et 2017 dans la lente descente aux enfers du Mali, il assiste à la transformation d’une société que les avancées intégristes plongent peu à peu dans la division, la corruption et le chaos. En même temps, il observe au plus près sur le terrain l’implication militaire de plus en plus importante de son pays d’origine, la France, jusqu’aux limites de l’enlisement.

    Il est vrai qu’un essai accorde plus de liberté qu’un article de presse pour dire le malaise et lever les verrous. Notre confrère se débat, comme beaucoup d’entre nous, dans ce grand écart que l’on ressent toujours entre ici et là-bas : cette « pitié dangereuse pour ce pays dont je n’entends parler qu’en mal ». Un Mali où il découvre très vite que « la tristesse n’est que passagère pour ne pas dire secondaire ».

    Son amour pour le Mali, Freland l’exprime au fil des pages, pour les gens, les paysages ou plus profondément l’esprit des lieux : cette humilité si caractéristique du Sahel. Des gens simples et fiers de leur culture plurimillénaire. Islam tolérant, éclats de rire des enfants, instants passés avec Lucie à contempler les couchers de soleil flamboyants sur le fleuve, salués par les bergers qui poussent au-devant d’eux leurs troupeaux, bals poussières…

    Peut-on être Malien et Blanc, se prend-il à rêver. Malien blanc. Plus Malien en tout cas que les enfants de migrants qui débarquent au Mali pour la première fois. Plus Malien que ce bourgeois de Bamako méprisant « qui a foutu son pays par terre », une frange de fonctionnaires qui heureusement constitue une infime minorité de la population.

    « Faire de son rêve un esclavage moderne »

    Il ne s’agit pas dans ce livre d’exprimer le énième sanglot du journaliste blanc [en référence à l’ouvrage de Pascal Bruckner, Le sanglot de l’homme blanc]. Face aux propos aigres de certains Africains confrontés à la mondialisation et aux méfaits d’une postcolonialité non assumée, au contraire, François-Xavier Freland tend son micro ou fait tourner sa caméra.

    En 2007, par exemple, il prend ses marques pour l’avenir en écoutant les « retournés » de France : « Tous ces gens que l’on renvoie chez eux sans trop d’égards, que diront-ils demain ? », interroge-t-il. Conscient, réaliste aussi. Prémonitoire le témoignage de cet homme de 54 ans, ramené de force par un vol Air France après avoir vécu dix ans avec de faux papiers « pour faire de son rêve un esclavage moderne, avec l’idée que cela vaut toujours mieux que l’humiliation du retour. »

    Son approche en profondeur des ressorts d’une société en pleine mutation, il l’applique aussi aux politiques. Ainsi, lors de sa première mission pour la « nouvelle chaîne France 24, qui veut étendre son influence en Afrique », il couvre les élections générales de 2007 où « la lutte contre l’immigration clandestine semble être au cœur de la campagne », note Freland. Une présidentielle qui se soldera par la réélection du très consensuel Amadou Toumani Touré (ATT) à la tête de l’Etat, face notamment à Ibrahim Boubacar Keita (IBK), l’actuel président.

    Parmi les candidats à la députation, un certain Salif Keïta. Le chanteur de renom « se présente sous les couleurs du parti d’ATT » et affirme s’engager en politique « pour mettre un terme à la corruption ». Ici, Freland pointe avec élégance les limites de sa popularité en tant qu’homme politique, jusque dans son propre fief.

    La chute d’ATT, le coup d’Etat de Sanogo, la visite de Hollande à Tombouctou, l’opération Serval, puis Barkhane, qu'il couvre « embarqué », les attentats, les enlèvements, l’élection d’IBK… La vie va vite au Mali. Et cet essai où la plume est parfois acerbe nous fait revivre ou comprendre les ressorts complexes de la tragédie qui s’installe.

    Au bout d’une piste d’atterrissage

    Freland livre ici et là ses confidences au fil des pages. A son retour à Bamako après quatre ans d’absence, il confie : « Entre temps, j’ai vécu au Venezuela et perdu celle que j’aimais... ». Ce faisant, par une alchimie qui lui est propre, et sans doute parce que son récit est celui d’un homme engagé, Freland trouve la bonne distance et parvient à ne pas diluer des éléments d’enquête solides dans la banalité d’un quotidien, fusse-t-il celui d’un grand reporter qui livre ses avatars et ses plaisirs de reportages.

    Avion qui survole le désert. Description par le menu des nuances de gris des nuages ou des ondoiements du désert n’ont d’intérêt qu’à la condition qu’ils révèlent les talents littéraires d’un auteur et/ou qu’ils aboutissent à une information solide. C’est le cas, par exemple, quand au bout d’une piste d’atterrissage semée d’embûches, on découvre l’impressionnant appareillage des troupes militaires françaises.

    L’écrivain s’attache à profiler des personnages-clés qu’il suit sur le long terme. C’est le cas d'Ag Bahanga, dont le nom « a la consonance d’un baril de poudre » quand il apparaît dans la presse malienne au moment où il fonde, en juillet 2007, l’Alliance Touareg Niger Mali (ATNM), qui rompt le fragile cessez-le-feu entre la rébellion et le gouvernement. Originaire de Kidal, d’une famille guerrière de la tribu des Ifoghas, « Ibrahim » a été formé en Libye dans les années 1980 au sein de la légion verte de Kadhafi pour soutenir les mouvements touaregs de la région, explique le journaliste.

    Freland souligne qu’Ag Bahanga a participé en 2003 au comité de négociation mis en place par ATT pour libérer les 32 otages occidentaux enlevés par le Groupe salafiste pour le changement (GSPC). Une organisation qui s’implante sous différentes formes au cours des années 2000 (GIA, Aqmi), enracinant le terrorisme au Sahara, « une zone difficilement contrôlable ». Et de s’étonner de la diabolisation excessive du personnage. Comme de celui qui l’a rejoint, Hassan Ag Fagaga, ancien sous-officier, qui « se présente comme l’ennemi juré d’Aqmi, dont les réseaux mafieux ruineraient la cause touarègue »…

    L’attrait de ce livre, dédié à Laurent Sadoux, présentateur à RFI qui nous a quittés, et à Ghislaine et Claude, assassinés à Kidal, c'est aussi sans doute le fait qu'il soit publié à quelques mois d’une présidentielle au Mali qui s’annonce à hauts risques.

    Mali. Au-delà du djihad, par François-Xavier Freland. Paris, Anamosa, 2017. 424 pages. 25 euros.

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