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    [Portrait] Afrique du Sud: la «longue marche» de Cyril Ramaphosa

    media Le nouveau président de l'ANC, Cyril Ramaphosa. REUTERS/Siphiwe Sibeko

    Vétéran de la vie politique sud-africaine recyclé en hommes d’affaires milliardaire, Cyril Ramaphosa est le nouveau visage du Congrès national sud-africain (ANC), parti au pouvoir depuis 1994. Vice-président dans le gouvernement dirigé par Jacob Zuma, il succède à celui-ci à la tête de l’ANC menacé par l’éclatement et éclaboussé par des scandales de corruption. Elu pour redorer le blason du parti en perte de vitesse dans les urnes, il n’a pas réussi à obtenir la majorité au sein de la nouvelle direction de l’ANC. Sa réputation de négociateur hors pair ne suffira peut-être pas au nouveau président pour mener à bien ses réformes.

    Dans les années 1960, jeune écolier à Soweto, Cyril Ramaphosa avait confié à un ami qu’il serait un jour président, raconte Ray Hartley qui vient de publier la biographie « Ramaphosa, l’homme qui sera roi  ». Cette ambition ardente aura été, si l’on en croit le biographe, le véritable moteur de la longue carrière de ce vétéran de la vie politique sud-africaine, qui vient d’être élu, à 65 ans, à la tête du Congrès national africain (ANC).

    Malgré sa très courte victoire face à son adversaire Nkosazana Dlamini Zuma, Cyril Ramaphosa est désormais bien placé pour devenir le président de l'Afrique du Sud après les législatives de 2019, si l’ANC, qui détient les rênes de la nation « arc-en-ciel  » depuis la fin de l’apartheid, il y a 23 ans, remporte le scrutin. L’homme n’a jamais été aussi près de réaliser son ambition !

    « Le plus doué de la nouvelle génération »

    Cette situation a un goût de revanche pour l’élu qui n’a pas oublié qu’il avait déjà été candidat à la présidence du parti dans les années 1990. Les caciques de l’ANC lui avaient finalement préféré Thabo Mbeki, qui succèdera à Mandela à la Mahlamba Ndlopfu House, l'équivalent de l’Elysée française. « C’était une défaite d’autant plus humiliante que Ramaphosa était considéré à l’époque comme le dauphin de Nelson Mandela, se souvient Georges Lory, spécialiste de l’Afrique du Sud. Le président Mandela qui avait vu Ramaphosa à l’œuvre lors des négociations avec les Afrikaners (1991-1993) sur la question de la transition démocratique, disait de lui qu’il était parmi "les plus doués de la nouvelle génération" ».

    La proximité des deux hommes est attestée par les clichés de l’époque, notamment ceux de la sortie de prison de Mandela le 11 février 1990, montrant l’actuel président de l’ANC se tenant aux côtés de l’artisan de la libération de la population noire sud-africaine. « Mandela avait fait savoir, explique Georges Lory, qu’il souhaitait que Ramaphosa lui succède, mais avait dû changer d’avis sous la pression du clan des exilés de l’ANC qui avaient fait main basse sur les postes importants.  »

    Contrairement aux Zuma ou aux Mbeki, Ramaphosa n'a jamais été contraint à l'exil. Issu par ailleurs de la petite communauté Venda, il craignait moins la répression que les combattants appartenant aux Zoulou ou les Xhosa, les ethnies majoritaires. Né en 1952, fils d’un père policier et d’une mère femme au foyer, le nouveau chef de l’ANC a grandi à Soweto, berceau de la lutte populaire contre la ségrégation raciale. Il était encore au lycée quand il a rejoint des mouvements étudiants militants animés par les idéaux de la Conscience noire de Steve Biko. Il sera condamné en 1974 à plusieurs mois d’isolement en cellule, avant d’être de nouveau jeté en prison en 1976, après les émeutes de Soweto.

    « Il fallait désormais compter avec Cyril »

    A sa sortie de prison, poussé par sa famille à faire des études, il étudie le droit, et se tourne vers le syndicalisme. Il fonde en 1982 le Syndicat national des mineurs (NUM), qu’il a transformé au cours des années en une formidable machine de guerre, forte de plus de 300 000 adhérents. « Si le syndicalisme était une forme légale de protestation sous le régime d’apartheid, explique le commentateur politique et économique Victor Kgomoeswana, le génie de Ramaphosa a consisté à transformer les mineurs encartés de sa formation en une force d’opposition de premier plan contre le gouvernement blanc ségrégationniste. » L’homme se révélera un fin stratège en déclenchant en 1987 la grande grève du secteur minier, qui fit vaciller le régime.

    Cette grève fut un échec en termes d’amélioration des conditions de vie et de travail revendiquée par les grévistes, mais installa la réputation de Ramaphosa parmi le patronat sud-africain. « Il fallait désormais compter avec Cyril », se souvient au micro de Reuters un cadre retraité du géant minier Anglo American, aux affaires à l’époque.

    Le talent de mobilisateur de ce leader montant attira aussi l’attention des dirigeants de l’ANC, qui se trouvaient alors encore en prison à Robben Island. Ray Hartley, le biographe de Ramaphosa a raconté dans son ouvrage les conditions rocambolesques de la rencontre de son protagoniste avec Nelson Mandela, juste avant sa libération. A sa sortie de prison en 1990, Mandela va l’imposer aux instances dirigeantes de son parti, notamment pour négocier la transition politique.

    Redoutable négociateur, le poulain du « père de la nation » a marqué de manière indélébile ses interlocuteurs, dont Rolfe Meyer, un membre du Parti national (NP). Les deux hommes ont noué des liens d’amitié, donnant corps avant la lettre au programme de l’ANC appelant à la réconciliation entre les communautés.

    En 1994, Cyril Ramaphosa est au Parlement où il dirige l’Assemblée constituante issue des premières élections démocratiques. Il supervise la rédaction de la Constitution qui sera adoptée en 1996, mais voit son étoile pâlir lorsqu’en 1997, il est évincé de la course à la présidence du parti par Thabo Mbeki. Lorsqu’en compensation, Mandela lui propose de prendre la tête du ministère des Affaires étrangères, son esprit est déjà ailleurs.

    Une fortune personnelle de 383 millions d’euros

    Frustré, il se tiendra à l’écart de la vie politique pendant les quinze années qui vont suivre, se réinventant en tant qu'homme d’affaires. A la tête de son consortium Shanduka, « changement » en langue venda, il fait fortune en prenant des participations dans de différents secteurs économiques, allant de la téléphonie mobile aux mines, en passant par la grande consommation, l’élevage, l’immobilier et les médias.

    Il est l’un des premiers hommes d’affaires à profiter de la politique de discrimination positive (« Black Economic Empowerment ») que le gouvernement sud-africain a mis en place pour faire émerger des entrepreneurs noirs. Il se targue aujourd’hui d’avoir une fortune personnelle estimée à 383 millions d’euros, selon l’édition 2015 du magazine Forbes.

    C’est ce héros de la lutte anti-apartheid, auréolé de son succès éclatant dans les affaires, que l’ANC est venu chercher il y a cinq ans pour redorer son blason aux yeux d’une élite urbaine désabusée par le spectacle des hommes politiques englués dans des scandales de pots-de-vin et de népotisme à ne pas en finir. Elevé au rang de vice-président dans le gouvernement Zuma en 2014, Ramaphosa a joué le jeu, avant de dévoiler son ambition présidentielle à l’approche de la conférence du parti pendant laquelle tous les cinq ans les principaux postes au sein de l’organe décisionnel sont remis en jeu.

    N’étant pas lui-même « mis en cause dans aucune affaire de corruption », comme le rappelle Victor Magnani, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri), il a pu mener une campagne dure axée sur l’éthique et la morale et multiplier les critiques contre le gouvernement de Jacob Zuma. « Il est absolument impératif d’agir vite et fort pour faire en sorte que nous ne devenions jamais un Etat-mafia », a-t-il martelé pendant ses tournées à travers le pays.

    Ses détracteurs n'ont pas manqué de souligner en guise de représailles sa proximité au monde des affaires, le qualifiant de « pro-bourgeois ». Ils ont aussi remis sur le tapis le mystère jamais vraiment élucidé des e-mail qu'il aurait envoyé demandant à la direction de la société minière Lonmin de rétablir l'ordre dans la min de Marikana paralysée en août 2012 par une grève des mineurs. L'intervention musclée de la police avait fait 34 morts parmi les grévistes. Encore aujourd'hui, cette tragédie est associée au nom de Ramaphosa, même si celui-ci a été depuis blanchi par une commission d'enquête.

    « Quoi qu'il en soit, la population sud-africaine apprécie cet homme discret qui, poursuit le chercheur africaniste de l’Ifri, jouit d’une image positive dans le pays, à cause de sa légitimité historique et son parcours qui l’a conduit de la pauvreté des ghettos à la prospérité.  »  Dans sa croisade anti-corruption, l’homme est soutenu par les vétérans de la lutte anti-apartheid, des syndicats, des organisations de la société civile ainsi que par les milieux économiques qui misent sur lui pour redresser l’économie plombée par un taux de chômage de 27,7% et une croissance proche de zéro.

    Mais la très courte victoire de leur poulain à la présidence de l’ANC avec une avance de seulement 179 voix sur la candidate soutenue par le président Zuma, inquiète les sympathisants de Ramaphosa. Ils s’interrogent sur sa véritable marge de manœuvre pour redresser et réformer un parti dont la direction reste dominée par les « populistes » et les « idéologues  », proches du clan Zuma.

    Pour toute réponse, le « fils préféré » de Nelson Mandela les a invités à se patienter. Le chemin vers le redressement et le renouveau de l'ANC que réclament ses militants de base promet d'être une nouvelle « longue marche », aussi ardue et semée d'embûches que ne fut celle de la génération des pères fondateurs vers la liberté.

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