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    Hebdo

    [Portrait] Raed, entrepreneur en France sept mois après avoir quitté la Syrie

    media Sept mois après avoir quitté la Syrie, Raed Elzouabi a monté son restaurant, «L'Etoile de Damas» à Roubaix. Olivier Favier/RFI

    Il y a neuf mois à peine, Raed Elzouabi quittait son village en Syrie, près de la frontière jordanienne. Des bombardements incessants, des horreurs de la guerre et des difficultés du voyage, il ne veut plus parler. Dès juillet en effet, deux mois après son arrivée en France, il a commencé des travaux pour monter un restaurant à Roubaix, ouvert fin octobre. Désormais, « L'Etoile de Damas » ne désemplit plus.

    Sur le trottoir, je l'observe un instant alors qu'il prépare des plats en cuisine, une cigarette aux lèvres, qu'il allumera dehors quelques instants plus tard. Je me présente, Raed sourit, me répond dans un français parfait. « J’étais entrepreneur, on faisait des blocs de mousse, de l’huile d’olive et de l’huile de sésame, du matériel médical aussi. De l’import-export. Je travaillais avec des Suisses, des Belges, des Allemands, c’est comme ça que j’ai appris les langues. »

    Il s’est perfectionné en France, en apprenant chaque jour de quarante à cinquante mots nouveaux. Il s’est aussi interdit de parler arabe. De son départ de Syrie pour le Liban en mars, il ne veut guère parler : « Si tu as de la chance tu passes, sinon tu meurs. Mais ce qui m’intéresse, c’est l’avenir. »

    Une aube à Roubaix

    De Beyrouth, il a pris un avion pour le Mali, est remonté par l’Algérie, le Maroc et l’Espagne. Arrivé à Paris, il est parti pour Roubaix au chevet d’un ami atteint d’un cancer. « Je craignais de ne plus le voir. Je l’ai trouvé qui sortait de l’hôpital. En Syrie, c’était un homme riche, il vivait dans un château. Ici, je l’ai vu réduit à la misère. Son loyer payé, il lui reste 110 euros pour faire vivre une famille avec trois enfants. »

    Au départ, Raed projette de poursuivre vers l’Allemagne. Sa sœur y vit avec son mari, un général qui a démissionné au moment de la guerre civile. Et puis un matin à l’aube, il se perd dans Roubaix : « Le soleil venait de se lever, c’était vraiment beau. Je me suis dit, je vais m’installer ici. »

    Monter une entreprise avec 3,50 euros

    À son arrivée, il lui reste 700 euros en poche, qui disparaissent dans le paiement par avance de ses deux premiers mois de loyer. « Quand on arrive dans un pays, se souvient-il, il y a deux choses que l’on peut faire, soit de la restauration soit de la musique, et moi je ne sais pas chanter. » Il repère un magasin sur l’avenue Jean Lebas, à deux pas de la gare. Le propriétaire demande 22 000 euros. « J’avais 3,50 euros, on a négocié. »

    C’est un virement de son frère, médecin au Qatar, qui va permettre à Raed de monter son affaire. « On a démarré les travaux qui ont duré trois mois et demi. C’était le plus dur. » Au moment d’ouvrir le restaurant, l’argent recommence à manquer. « J’ai failli tout abandonner. Puis j’ai demandé aux uns et aux autres de m’avancer les légumes et la viande. Je leur ai dit, si je ne vous paie pas, vous prendrez le magasin. »

    Entrepreneur et sans papier

    Mais Raed pousse le risque encore plus loin. Il offre les repas pendant les quinze premiers jours. Ses créditeurs n’en croient pas leurs yeux. Il s’explique : « Personne ne connaît la cuisine syrienne. Ensuite vous verrez, ça va démarrer. » Depuis un mois et demi désormais, Raed dirige une entreprise sans même un titre de séjour. « Mes amis m’ont dit que j’étais fou, je suis allé voir le maire, je lui ai dit, tout le monde parle de monsieur CAF, j’ai eu pitié de lui. » Les élus se sont mis à rire : « On va vous aider. » Et certains d’entre eux viennent manger chez lui désormais.

    De Roubaix, Raed ne connaît que trois rues. Il travaille sept jours sur sept. « J’ai envie d’oublier tout le passé. Mais quand on tourne une page, on tombe sur une autre, qui est blanche. Pour la remplir, il faut écrire vite, comme vous, comme ça », me dit-il en regardant mon cahier. Deux jeunes amis syriens l’aident bénévolement. « Je veux pouvoir les embaucher très vite, et leur donner des parts de la société, comme ça on reste ensemble. »

    Succès et générosité

    Je lui demande son âge. « Parfois je dis treize ans, parce qu’il me manque toujours deux ans avant de me marier. Autrefois, on se mariait à quinze ans en Syrie. En fait, j’ai cinquante ans. Je suis venu seul, c’était plus facile. Quand on a une famille, c’est très compliqué. »

    Puis il me parle de ses nouvelles idées, ses projets. « Depuis trois jours, on fait une tombola midi et soir. Il y a un numéro gagnant sur les cinquante couverts servis et un repas offert. En janvier, je réunirai tous les gagnants pour une grande fête. »

    Promouvoir la cuisine syrienne

    Il veut créer une chaîne YouTube, voire une émission de télévision. Il imagine soixante épisodes sur la cuisine syrienne. Le tournage commencera en mars. Dans les premiers, des Syriennes de Roubaix expliqueront les traditions familiales. « La cuisine syrienne, c’est tellement riche, avec une aubergine, vous pouvez faire soixante plats différents. »

    Il rêve déjà d’un grand complexe avec restaurant, pâtisserie, café, mais surtout d’une nouvelle vie sous le signe de la convivialité : « Je veux que celui qui entre ici en client sorte en ami. »

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