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    Livre: «Les Argonautes» de Maggie Nelson, radicalement intime et universel

    media «Les Argonautes», de Maggie Nelson, paru en France aux Editions du sous-sol. Editions du sous-sol

    Maggie Nelson bouleverse les genres – sexuels autant que littéraires – en réinventant au fil des pages non une identité, ce qui ne l’intéresse guère, mais sa façon d'être au monde. Son neuvième livre, paru aux États-Unis en 2015, a connu un grand succès. Sa parution en France aux éditions du sous-sol sous le titre Les Argonautes fait suite à une première traduction publiée l'automne dernier, Une partie rouge.

    Penser l’intime

    Le terme « non-fiction », qui englobe outre-Atlantique la littérature ne relevant ni du roman ni de la nouvelle, est suffisamment fluide pour qui tiendrait à ranger un livre échappant avec constance à toute catégorie. Maggie Nelson parle plutôt d'« autothéorie ». On peut y voir un paradoxe – une théorie qui ne vaudrait que pour moi – ou bien un mot-valise associant l'autobiographie à la théorie critique. Dans les deux cas, c’est un concept qui cherche moins à définir qu’à témoigner d'une tension. Ce regard porté sur l'intime remonte en fait à ses années de thèse sous la direction de Christina Crosby, qui considérait cette « mise en avant avec une certaine répulsion », se souvient-elle.

    « La thèse que j’ai écrite sous sa direction s’intitulait La performance de l’intimité, explique Maggie Nelson. Je n’opposais pas le mot performance à celui de réel ; je n’avais jamais été intéressée par aucune sorte de simulacre. Bien sûr, il existe des gens qui performent l’intimité de façon frauduleuse, narcissique, dangereuse ou inquiétante, mais ce n’était pas le genre de performance que je visais, ni le genre que je vise aujourd’hui. Je vise une écriture qui dramatise les façons dont nous sommes pour un autre ou grâce à un autre, et pas seulement dans certaines circonstances, mais dès le début et pour toujours. »

    Ce « pour un autre ou grâce à un autre » est une citation de Judith Butler, philosophe étasunienne devenue une référence majeure dans le champ des études féministes et queer. Son nom, comme celui du psychanalyste et pédiatre Donald Winnicott, reviennent constamment dans ce livre à l’écriture fragmentaire où la pensée spéculative dialogue avec un quotidien qu’elle habite. Cette propension à questionner le réel ne va pourtant pas sans une certaine inquiétude : « J’ai arrêté de penser avec suffisance : Absolument tout ce qui peut être pensé peut être exprimé clairement (Ludwig Wittgenstein) et j’ai recommencé à me demander : est-ce que tout peut être pensé ? »

    L’amour comme épopée

    On pourrait aussi dire que ce livre est l’épopée de « deux êtres humains, dont l’un est par chance ni mâle ni femelle et l’autre femelle (plus ou moins) ». Une histoire d’amour « queer » (un terme qu’on peut traduire par « peu commun ») entre l’écrivaine Maggie Nelson et l’artiste Harry Dodge, lequel se sépare au fil des pages d’une identité féminine dont il ne veut pas, sans pour autant rejoindre une identité masculine qu’il ne reconnaît pas non plus comme sienne. « Je suis pas en chemin vers quoi que ce soit », répond-il à ceux qui cherchent à la catégoriser comme transsexuel. Il se définit plutôt comme un « Butch sous T(estostérone) » (autre terme dont on notera au passage qu’il n’a pas d’équivalent français).

    « Un jour ou deux après ma déclaration d’amour, écrit Maggie Nelson, transie tant j’étais vulnérable, je t’ai envoyé le passage de Roland Barthes par Roland Barthes où il compare celui qui prononce la formule "je t’aime" à "l’Argonaute renouvelant son vaisseau pendant son voyage sans en changer le nom". Tout comme les pièces de l’Argo peuvent être remplacées à travers le temps, alors que le bateau s’appelle toujours Argo, chaque fois que l’amoureux prononce la formule "je t’aime", sa signification doit être renouvelée, comme "le travail même de l’amour et du langage est de donner à une même phrase des inflexions toujours nouvelles". »

    Tout ici, le genre (sexuel ou littéraire), l’identité, le sentiment semblent répondre à cette phrase de Gilles Deleuze, autre auteur souvent cité dans le livre : « Ce qui compte dans un chemin, ce qui compte dans une ligne, c’est toujours le milieu, pas le début ni la fin. On est toujours au milieu d’un chemin, au milieu de quelque chose. » Dans cette façon de se mettre à la fois à l’écart de toute pensée normative et au cœur de la vie qui passe, le particulier devient l’universel.

    Soyons « peu communs »

    « Tu as crevé ma solitude », écrit Maggie Nelson à Harry Dodge auquel ce livre est aussi une lettre immense et l’une des plus délicates et respectueuses déclarations d’amour qui soient. De cette rencontre, qui devient presque aussitôt famille par la grâce d’un premier enfant d’Harry, naît un second garçon, Iggy, dont la venue au monde est racontée dans un récit bouleversant de douceur et d’humour, avec cette sensation physique d’un partage absolu d’expérience qui est la marque d’une haute littérature.

    L’ouvrage refermé, on ne peut que remercier l’écrivaine de nous avoir fait partager sa vie dans tout ce qui la rend unique et farouchement inimitable, et à laquelle, pour autant, on ne peut que s’identifier. Elle nous rappelle à l’évidence ce que l’amour porte d’universel, qu’il soit sexuel, parental ou filial, dans le « peu commun » de nos devenirs singuliers. Cela ne fait pourtant pas de ce livre, on l’aura compris, un manifeste queer. « Les gens sont différents les uns des autres », répète Maggie Nelson après Eve Kosofsky Sedgwick. « Malheureusement, poursuit-elle, c’est une vérité presque toujours gommée dans le processus qui fait d’une personne un porte-parole. » Une manière de dire que si l’on veut être entendu(e), il nous faut réapprendre à parler pour nous-mêmes.

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