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    Hebdo

    [Chronique] Nigeria: une vie de chien

    media Un homme promène son chien au Tafawa Balewa Square à Lagos, le 20 mai 2017. STEFAN HEUNIS / AFP

    Les chiens sont souvent choyés par les riches Nigérians qui dépensent parfois beaucoup pour entretenir leur animal domestique. Mais une grande partie de la population n’apprécie guère ces traitements de faveur, alors que nombre de Nigérians vivent dans la misère. 

    Promener un chien à Lagos relève de l’exploit. Cette mégapole de 22 millions d’habitants qui connait des embouteillages permanents n’est pas faite pour le piéton. Encore moins pour le quadrupède. Les trottoirs sont quasi inexistants, même dans les beaux quartiers. Pourtant, les candidats à l’exploit ne manquent pas. Chaque jour, de valeureux marcheurs se disent « Yes we can ». L’optimisme chevillé au corps, ils entreprennent d’arpenter Queen’s drive, l’une des plus belles avenues d’Ikoyi (quartier résidentiel) bordant la lagune. Ou alors ils confient le plus souvent cette tâche périlleuse à leurs domestiques.

    A Lagos, le risque de se faire écraser est beaucoup plus grand qu’à Londres, Paris ou New York. Outre l’état des chaussées, se pose la question de l’état d’esprit des conducteurs qui n’ont le plus souvent aucun respect pour les piétons. Et encore moins pour les quadrupèdes qui les accompagnent.

    En général, les petits chiens d’appartement sont peu prisés des promeneurs. Le chihuahua n’est guère en cour dans le « New York » de l’Afrique. Le berger allemand est davantage convoité. Tout comme le boxer ou le pitbull. Le Lagotien souhaite posséder un animal de compagnie, mais aussi un chien capable d’assurer sa protection et celle de sa famille. Tout du moins de donner l’alerte en cas d’intrusion non souhaitée. Lagos possède la réputation d’être l’une des villes les plus dangereuses du monde.

    Le marché du chien est en pleine expansion. Des éleveurs de canidés font fortune. Ils importent nombre de chiens d’Afrique du Sud. « Nous avons une clientèle toute trouvée avec les returnees [Nigérians de retour au pays]. Ils connaissent la valeur des chiens », souligne Steve, un éleveur et un dresseur de chiens qui vient de s’installer à son propre compte. Les centaines de milliers de Lagotiens qui ont vécu des décennies en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis constituent une clientèle de choix.

    Publicités pour chiens

    Bien souvent, ils ne refusent rien au « meilleur ami » de l’homme. Ainsi, dans les beaux quartiers, les panneaux publicitaires vantant les mérites de telle ou telle nourriture pour chiens hors de prix se multiplient.

    Ce type de publicité peut choquer dans un pays où tout le monde ne mange pas à sa faim, loin s’en faut. Selon la Banque mondiale, près de 50% des Nigérians vivent avec moins de deux dollars par jour. La viande se fait rare dans les assiettes de bien des Nigérians. L’écrivain Ken Saro Wiwa a été l’un des premiers à souligner le « choc des cultures » entre le mode de vie des Nigérians riches et occidentalisés et le reste de la population. L’écrivain engagé (pendu en novembre 1995 par le régime de Sani Abacha) rend compte de ce phénomène dans une nouvelle à l’ironie féroce, « Robert et le chien ». Issu d’un milieu peu aisé, Ken Saro-Wiwa est devenu prospère sur le tard. Comme nombre de riches Nigérians, le romancier et homme d’affaires a élevé ses enfants en Grande-Bretagne. Il connaissait donc à la perfection les deux mondes antagonistes.

    Robert, le héros de sa nouvelle est un domestique qui travaille pour un « returnee », un médecin nigérian venu s’installer à Lagos après un long séjour à l’étranger. Au début de cette expérience professionnelle, tout va bien : Robert s’épanouit dans son travail. Mais l’épouse « oyibo » (blanche) de son employeur vient s’installer à Lagos avec un chien dénommé Bingo.

    « Robert pouvait comprendre qu’un chien fouille les tas d’ordures en quête de nourriture. Mais un chien qui dort sur le canapé, un chien nourri avec des conserves servies dans une assiette, un chien qu’on brosse et qu’on lave, un chien qui boit du bon lait en boîte, cela dépassait son entendement. Un jour, la maîtresse emmena le chien chez le "docteur". Pour Robert, cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », écrit Ken Saro-Wiwa dans le recueil de nouvelles Forest of Flowers (Une forêt de fleurs).

    Finalement, Robert n’a pas supporté que Bingo soit si bien traité. Il a décidé de le laisser mourir de faim. Même si au final, Robert est le grand perdant. Cette triste histoire se termine ainsi : « Alors, Robert a rassemblé toutes les boîtes de nourriture pour chien, toutes les boîtes de lait. Il a attaché l’animal au canapé. Robert est parti brusquement. Il a quitté la maison et le travail qu’il aimait tant. Une fois rentré chez lui, Robert a donné à ses enfants le lait et la nourriture pour chien… Et le chien est mort. »

    Au Nigeria, Robert n’est pas le seul à avoir une piètre opinion des canidés : ils sont encore mangés dans bien des Etats de la Fédération, notamment dans le centre du pays ou dans la région de Calabar (sud-est). Sur ces terres, les quadrupèdes sont des mets particulièrement prisés d’une partie de la population.

    Un chien dénommé « Buhari »

    Plus récemment, une autre histoire de chien a constitué un feuilleton médiatique et juridique de premier plan. Un petit commerçant de l’Etat d’Ogun (sud-ouest) a décidé en 2016 d’appeler son chien Buhari (du nom du président élu en avril 2015). Le dénommé Joe Chinakwe avait d’abord baptisé son chien « Bully » (brutal), mais il a décidé de le renommer Buhari un an plus tard. « C’est un hommage au président. Un homme fort pour qui j’ai la plus grande admiration », a expliqué le dit commerçant. Chinakwe a peint le nom de son « héros » sur les flancs de l’animal.

    L’un de ses voisins, Haliru Umar n’a pas du tout goûté ce changement de nom. Il a prévenu la police et porté plainte contre le propriétaire de l’animal. Le dénommé Chinakwe a été arrêté par les forces de l’ordre. Il a passé deux jours en détention. A sa sortie de prison, il a constaté que son chien avait disparu. Selon lui, ses voisins l’ont tué.

    Chinakwe a été jugé un an après les faits. En juillet 2017, la justice a décidé de le relaxer. Il a expliqué lors du procès qu’il avait déjà baptisé des chiens « Obama » ou « Mandela ». « Il s’agit pour moi de rendre hommage à des hommes que j’admire », a-t-il notamment expliqué à la barre.

    Pour justifier son arrestation, les forces de l’ordre ont souligné le fait que Chinakwe est chrétien et qu’en baptisant son chien « Buhari », il risque, selon eux, de provoquer la colère de ses voisins nordistes et musulmans. Le président Buhari est, lui-même, originaire du nord musulman.

    Quoi qu’il en soit, le chien a disparu. Chinakwe se dit inconsolable. Mais il devra sans doute méditer la leçon. Pour vivre heureux, le chien au Nigeria a encore du chemin à faire. Il doit trouver des trottoirs suffisamment larges pour éviter de se faire écraser (ce qui n’est pas gagné d’avance), il doit éviter d’avoir une alimentation trop riche (pour ne pas susciter la jalousie). Et surtout, le chien doit bien se garder de s’aventurer dans l’arène politique. Partout dans le monde et particulièrement au Nigeria, la politique reste un « sport » brutal et dangereux. En particulier pour les chiens.

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