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    RDC: le cardinal Monsengwo, Desmond Tutu ou Machiavel congolais?

    media Laurent Monsengwo peu après sa nommination au rang de cardinal, en novembre 2010. VINCENZO PINTO / AFP

    A près de 79 ans, le cardinal Laurent Monsengwo ne désarme pas. Après la répression sanglante des marches du 31 décembre 2017, approuvées par l’Eglise catholique, il n’a pas hésité à exiger « que les médiocres dégagent ». Pour les partisans de Joseph Kabila, l’archevêque de Kinshasa a prononcé les mots de trop, il est accusé à demi-mot de « tentatives subversives » visant à perturber les élections prévues officiellement pour la fin 2018. Portrait. 

    Il y a un adjectif qui revient sur toutes les lèvres quand on évoque la personnalité du cardinal Monsengwo : « têtu ». « Quand il est décidé, il va jusqu’au bout », confirme le sénateur Mokonda Bonza. L’ex-directeur de cabinet du président Mobutu se souvient des messages déjà très politiques de celui qui n’était encore qu’archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale dans les années 90.

    Suivant les traces de son mentor et prédécesseur, le premier cardinal du Congo, l’archevêque Joseph-Albert Malula, Laurent Monsengwo perpétuait déjà à l’époque la « mission prophétique » de l’Eglise catholique au Congo, dénonçant la misère du peuple ou la corruption à une époque où le Congo vivait sous le régime d’un parti-Etat. « Ses messages égratignaient le président Mobutu sans jamais le désigner », note Mokonda Bonza.

    Selon l’ancien mobutiste, Laurent Monsengwo était déjà présenté par les faucons du régime comme « un soutien d’Etienne Tshisekedi », l’opposant historique : « Le président Mobutu ne voulait pas de lui à la tête de la conférence nationale, il a tout fait pour qu’un autre évêque soit désigné. » Le maréchal cherche à diviser la société civile et envoie son émissaire négocier le soutien des protestants et des Eglises du réveil contre le prélat catholique. Mais, en 1992, la personnalité de Laurent Monsengwo s’impose à tous, lui y compris.

    Monsengwo, la « crème de l’Eglise »

    A peine ouverte, la conférence nationale censée amener à une démocratisation du pays est suspendue par un parti-Etat devenu la cible de toutes les critiques. Le 16 février 1992, à l’appel des mouvements laïcs de l’Eglise catholique, des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour réclamer la réouverture des débats dans le cadre d’une « Conférence nationale souveraine ». Pris de panique, le gouvernement congolais fait intervenir les forces de sécurité. Elles ouvrent le feu sur les manifestants. Le bilan officiel fait état d’une vingtaine de morts, l’opposition – elle – évoque un bilan d’une centaine de victimes. Le maréchal cède.

    « Le président Mobutu s’est rendu compte à ce moment-là que l’Eglise était un adversaire redoutable, il ne voulait pas faire de l’Eglise un ennemi », se souvient le sénateur Mokonda Bonza. Mobutu Sese Seko nomme même, quelques mois après cette répression sanglante, son rival, l’opposant historique Etienne Tshisekedi, Premier ministre. Alors que la rébellion de Laurent-Désiré Kabila menace son régime, il acceptera en 1994 la « troisième voie » proposée par Laurent Monsengwo et désigne l’actuel président du Sénat, Kengo Wa Dondo, comme chef de son gouvernement. Aux yeux des Congolais, la première « marche des chrétiens » reste un tournant pour un régime qui n’en finira plus d’agoniser.

    L’opposant Christophe Lutundula se souvient du jour où, en 1996, le cardinal s’est vu démettre de la présidence du Haut conseil de la République, le parlement de transition, dont lui-même était deuxième vice-président : « Quand on a commencé à lui demander de partir, il souriait, il n’arrêtait pas de répéter qu’il n’y avait pas de solutions en dehors des résolutions de la Conférence nationale, comme il le fait aujourd’hui avec l’accord de la Saint-Sylvestre ». Le vice-président du G7 lui avait donné le nom de ceux qui avaient voté contre lui. Laurent Monsengwo serait resté très calme. Selon Christophe Lutundula, sa réaction la plus expressive s’est limitée à un « ah bon, celui-là aussi ».

    C’est Laurent Monsengwo, alors président de la Cenco, qui introduit la notion de « démocratisation » dans les discours de l’Eglise catholique, rappelle l’historien congolais Isidore Ndaywel, auteur de l’imposant ouvrage Histoire générale du Congo et l’un des initiateurs du nouveau comité laïc de coordination à Kinshasa. A travers les cardinaux Malula et Monsengwo, l’Eglise catholique, accusée d’avoir été l’un des piliers de la colonisation, menacée par la montée en puissance des Eglises du réveil, cherche à ancrer dans la société congolaise l’image d’une Eglise qui défend les véritables aspirations du peuple.

    « Laurent Monsengwo est l’un des tous premiers africains à avoir choisi l’exégèse comme sujet d’étude », note l’historien Isidore Ndaywel qui a co-édité un livre sur les 25 ans de son épiscopat. Le choix de l’exégèse biblique, recherche ô combien difficile et sensible autour du texte sacré, a permis à ce jeune congolais issu d’un petit village de la province du Bandundu d’être remarqué très tôt alors qu’il faisait ses études à Rome. Cette discipline nécessite la maîtrise des langues bibliques, l’hébreu, l’araméen et le grec. « L’érudit » Monsengwo aurait « une très grande facilité à apprendre les langues », il en parlerait plus d’une quinzaine si l’on en croit ses collègues professeurs.

    C’est aussi, et en partie, à Laurent Monsengwo que l’on doit la reconnaissance par le Saint-Siège du « rite zaïrois » qui insiste sur la participation active de l’assemblée au cours de la messe, permet une « procession en cadence », pas une danse, précisera Benoit XVI. Quelques mois avant sa mort, le cardinal Joseph-Albert Malula envoie son disciple, familier du Vatican, négocier cette adaptation du rite liturgique romain, perçue comme nécessaire à la survie de l’Eglise catholique sur le continent africain. Laurent Monsengwo devra pourtant attendre plus de vingt ans pour devenir cardinal à son tour.

    En 2010, Benoit XVI lui octroie le titre de cardinal-prêtre de Santa Maria « Regina Pacis » in Ostia mare. En 2013, François fait de lui l’un de ses neufs conseillers pour l’une des réformes les plus ambitieuses de l’administration du Saint-Siège, mais qui suscite des résistances : la réforme de la curie romaine. « Qu’on aime ou qu’on déteste le cardinal Monsengwo, il est stratège, il sait où il va, sinon il ne serait jamais devenu cardinal », note l’ancien directeur de cabinet du président Mobutu, Mokonda Bonza, ajoutant : « C’est même la crème de l’Eglise aujourd’hui ».

    « Kinshasa, lève-toi »

    Silence, le cardinal compose sur l’orgue dans sa chambre, dit-on. Le morceau « Kinshasa, telema o ngenge na mwinda mwa Kristu », littéralement : « Kinshasa, lève-toi et resplendis de la lumière du Christ », est souvent joué lors des messes où Laurent Monsengwo officie. « Il est très florentin », commente un officiel congolais qui dit l’avoir souvent côtoyé. « Il aime l’exercice du pouvoir sous toutes ses formes, il est capable d’être machiavélique comme il l’est aujourd’hui ». A l’adjectif « têtu », cet officiel ajoute une ribambelle d’autres : sibyllin, très méthodique, retord, rancunier… Le mélomane de l’archidiocèse de Kinshasa a toujours inquiété les autorités congolaises. « On tablait sur les divisions au sein de l’Eglise catholique, mais il a complétement renversé la vapeur », reconnaît cet officiel.

    En décembre 2015, les « évêques de l’est » partent rejoindre le pape François en Ouganda pour son premier voyage sur le continent. Les « évêques de l’ouest » en ont profité pour menacer Joseph Kabila – déjà soupçonné de vouloir s’accrocher au pouvoir – d’une « marche des chrétiens ». Le pape François aurait, dit-on, tapé du poing sur la table. La décision n’aurait pas été assez démocratique à son goût et le risque trop grand de voir couler le sang des chrétiens. A Kinshasa, à l’époque, un religieux s’emporte : « on ne peut pas laisser la Conférence épiscopale être noyautée par le G7 ». L’accusation fait sans doute référence à la proximité entre Laurent Monsengwo et plusieurs personnalités de cette plateforme dissidente de la majorité, passée à l’opposition. Ces liens avec le président et le vice-président du G7, Pierre Lumbi et Christophe Lutundula, remontent à l’époque de la Conférence nationale. Mais l’opposant Christophe Lutundula dément : « Le cardinal n’était ni pour le président Mobutu, ni pour Etienne Tshisekedi à l’époque. Il n’a pas non plus de biais politique aujourd’hui ».

    Deux ans après la visite du pape François en Ouganda, le cardinal Monsengwo semble bel et bien « renverser la vapeur ». Un comité laïc de coordination a été mis sur pied dans l’archidiocèse de Kinshasa. A l’image des mouvements laïcs de 1992, cette association formée par des intellectuels proches de l’Eglise catholique cherche à travers des prières et des marches à arracher l’application de l’accord politique de la Saint-Sylvestre signé sous l’égide de l’Eglise catholique et notamment l’ouverture de l’espace politique au Congo, avant des élections promises pour la fin de l’année.

    Ce sont cette fois les « évêques de l’est » qui sont accusés d’avoir entravé les marches du 31 décembre 2017, en décourageant les paroissiens de s’y rendre par des communiqués relayés dans les médias, comme à Goma, Bukavu ou Butembo. Même si la conférence épiscopale a démenti toute division dans le clergé congolais, de jeunes activistes sont allés frapper à la porte du Centre interdiocésain pour demander une enquête contre des prélats soupçonnés d’être « vendus au pouvoir ».

    Dans une lettre adressée aux archevêques et aux évêques du pays, l’émissaire du Vatican, Monseigneur Montemayor, a montré cette fois sans ambiguïté le soutien du souverain pontife au cardinal, à la Conférence épiscopale et au comité laïc de coordination. Ce dernier se voit même octroyer un statut d’association de droit canonique par Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, à défaut de pouvoir espérer obtenir l’agrément du gouvernement.

    « Que les médiocres dégagent »

    Après la répression des marches du 31 décembre 2017, les paroissiens tués, les gaz lacrymogènes lancés dans les Eglises, le cardinal Monsengwo ira plus loin qu’il n’est jamais allé avec le maréchal Mobutu ou l’opposant historique, Etienne Tshisekedi. Il n’a jamais demandé le départ des uns ou des autres, il ne les aimait pas. « Il n’aime pas les politiciens », répètent ses proches. « Que les médiocres dégagent », lâche Laurent Monsengwo lors de sa conférence de presse le 2 janvier 2017. Face aux voix de la majorité qui protestent, accusant le cardinal d’être devenu « l’opposant numéro 1 », le secrétaire général de la Conférence épiscopale, l’abbé Nshole justifie : « Médiocre, ce n’est pas une insulte, c’est une évaluation ». L’expression sans ménagement ne surprend pas Isidore Ndaywel, l’historien du comité laïc, même s’il l’attribue à une forme d’exaspération : « Le cardinal utilise des mots très forts, parfois des phrases assassines, même sur le plan religieux ».

    Pour le sénateur Mokonda Bonza, « le cardinal n’a fait que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. C’est ça qui a fait mal au régime. » La majorité présidentielle qualifie les propos de Laurent Monsengwo d’« injustes et injurieux ». Le gouvernement évoque « quelques tentatives subversives initiées notamment par un membre de la hiérarchie du clergé de l’Eglise catholique de la ville de Kinshasa » et accuse la Conférence épiscopale de s’inscrire « dans un schéma anticonstitutionnel de violence, de désordre, de perturbation du processus électoral », une démarche « compromettant gravement les intérêts nationaux ». Son porte-parole, Lambert Mendé ira jusqu’à qualifier l’archevêque de Kinshasa « d’apôtre de l’insulte ».

    « Dans le gouvernement, il y en a qui sont persuadés que Monsengwo veut le pouvoir. S’il n’était pas cardinal, il aurait été arrêté », commente un officiel interrogé par RFI, ajoutant : « Il n’est pas l’opposant numéro 1, le pire, c’est qu’il est devenu le symbole de la résistance ». Les proches de l’archevêque de Kinshasa s’inquiètent pour sa sécurité, certains évoquent des messages de menaces à peine voilées. Le cardinal Monsengwo serait toujours protégé par un garde du corps. L’officiel sourit : « Monsengwo n’a pas peur, il vit dans la suspicion permanente. Il se méfie de ce qu’il mange et avec qui. En bon florentin, il a peur du poison. »

    Le 12 janvier 2017, malgré les critiques, le cardinal célèbre une messe à la mémoire des martyrs du 31 décembre. La cathédrale est archi-comble et dans le public de fidèles, à son apparition, des « Mandela  » fusent. Aux premiers rangs, ambassadeurs occidentaux et opposants congolais montrent leur soutien à l’archevêque de Kinshasa. Cette commémoration était annoncée par le comité laïc de coordination, qui avait demandé aux politiciens d’oublier les insignes de leur parti. Laurent Monsengwo ne prononce aucun mot à caractère politique. Sa parole reste rare, il laisse à d’autres le soin de porter les coups.

    Quelques coups de feu et tirs de gaz lacrymogène disperseront les partisans de l’opposition à la sortie. « La messe est plus importante que ce qui s’est passé après », estime Fidèle Babala du MLC, l’un des députés d’opposition présents. Cette « communion » du peuple avec son clergé et son Eglise serait une leçon pour eux, les politiques, les opposants qui peinent à mobiliser depuis un an et la mort de l’opposant historique, Etienne Tshisekedi. Rongée par les divisions internes, soupçonnée de ne s’intéresser qu’aux postes, l’opposition ne cache pas son soulagement à voir l’Eglise catholique défendre l’accord de la Saint-Sylvestre.

    Une réconciliation ratée ?

    Pourtant, en 2016, la présidence congolaise semblait plutôt satisfaite de l’amélioration de ses relations avec le Saint-Siège. Quelques mois avant la fin de son deuxième et dernier mandat, Joseph Kabila accepte de signer avec le Vatican un accord consacrant les propriétés de l’Eglise catholique au Congo. L’un des proches du pape, Monseigneur Montemayor vient d’être nommé ambassadeur du Saint-Siège dans le pays, c’était une de ses requêtes en souffrance depuis plus de dix ans, l’Eglise s’étant vue spoliée d’une partie de ses biens au fil des guerres et des ans.

    En septembre 2016, le président congolais est même reçu au Vatican par le pape François qui ne manque jamais de parler de la République démocratique du Congo dans ses homélies. Le souverain pontife suit de près la situation dans le plus grand pays chrétien d’Afrique, dit-on du côté de la nonciature, craignant qu’un chaos s’y installe et que prolifèrent des sectes religieuses ou autres groupes extrémistes. Le cœur de la chrétienté africaine fragilisé, c’est tout le continent qui serait menacé.

    Autre signe d’ouverture en septembre 2016, la Conférence épiscopale est appelée à participer à un premier dialogue sous l’égide de l’Union africaine censée régler la crise institutionnelle ouverte par l’annonce du report de la présidentielle. Les principales forces de l’opposition boycottent. C’est à la Cenco que le président Kabila fait appel pour faciliter l’ouverture d’un deuxième dialogue « plus inclusif ». Elle avait pourtant donné le cadre de ce qu’allait être l’accord : une transition d’un an, l’engagement du président Kabila à ne pas se représenter ou changer la constitution et l’ouverture de l’espace politique.

    Le 31 décembre 2016, les bases d’un accord politique global sont signées par les principales des forces politiques du pays. Le cardinal Monsengwo est resté silencieux durant les débats autour du désormais accord de la Saint-Sylvestre. C’est la Conférence épiscopale qui se prend les coups, de plus en plus accusée par la jeunesse des quartiers populaires de la capitale d’avoir permis au chef de l’Etat congolais, par ce second dialogue, de se maintenir au pouvoir en violation de la Constitution. Les discussions sur le partage effectif du pouvoir trainent en longueur et les principales forces de l’opposition dénoncent une violation de l’accord, quelques semaines après sa signature.

    L’engagement de l’Eglise catholique

    « Je pense que le pape a voulu laisser la chance à l’accord », estime l’officiel joint par RFI. Un autre dit soupçonner qu’il peut s’agir du fameux plan B de l’Eglise catholique et accuse Laurent Monsengwo d’avoir tout orchestré, de pousser le comité laïc de coordination et ses marches interdites par le régime. Pendant les interminables discussions au centre interdiocésain, la Conférence épiscopale avait souvent menacé les acteurs politiques récalcitrants d’un « plan B » sans plus de précisions. Les médias congolais imaginaient déjà le cardinal Monsengwo à la tête d’une transition « sans Kabila ».

    Pourtant, aucun de ceux qui l’ont réellement côtoyé ne lui prête d’ambition politique. « Ou peut-être juste la papauté », s’amuse même l’un d’eux. Un patron de presse n’hésite pas à le qualifier de « Desmond Tutu congolais ». L’ancien directeur de cabinet du président Mobutu voit dans la posture du cardinal, celle d’un homme qui veut parachever son œuvre au Congo. « C’est le changement qu’il cherche depuis Mobutu et qui n’arrive pas », médite Mokonda Bonza. L’opposant Christophe Lutundula voit dans la posture du cardinal et l’émergence d’un nouveau comité laïc de coordination « l’histoire se répéter ou du moins bégayer ». Même si la mobilisation n’est pas encore du niveau de celle de 1992, l’intention est là.

    Le cardinal Monsengwo n’est pas le seul à s’attirer les foudres du camp présidentiel. L’abbé de la paroisse Saint-Joseph, Vincent Tshomba, est poursuivi pour tapage nocturne. C’est l’un des doyens de l’Eglise catholique à Kinshasa. Il avait initié l’opération « cloches », cet appel lancé à tous les curés de la capitale de sonner les cloches tous les jeudis à 21h pour réclamer l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre. Un parti réputé proche de la majorité présidentielle est à l’origine de la plainte. Le 31 décembre 2017, six personnes, dont quatre paroissiens et manifestants, ont été tuées, six prêtres et un séminariste arrêtés, une centaine d’églises encerclées, certaines envahies par les forces de sécurité, les messes interrompues, des tirs de gaz lacrymogènes dans les églises dans le seul archidiocèse de Kinshasa, selon un communiqué de la nonciature.

    Ce jour-là, le comité laïc de coordination avait appelé les paroissiens de la capitale à marcher pour réclamer l’ouverture de l’espace politique dans un pays, où toute manifestation perçue comme hostile au régime est interdite depuis un an, selon le secrétaire général de l’ONU. Pour l’opposant Christophe Lutundula, le cardinal Monsengwo ne pouvait que réagir « à des actes qui sont commis dans sa cour ». « Aujourd’hui, c’est lui, l’archevêque de Kinshasa », insiste le vice-président du G7. L’officiel interrogé par RFI doute que Laurent Monsengwo se laisse intimidé : « Plus le gouvernement va essayer de le ridiculiser, plus il va leur prouver qu’il est capable de faire mal ».

    L’indignation de Laurent Monsengwo à l’égard des autorités est approuvée par bien des prêtres de la capitale, fascinés par la forte personnalité de leur archevêque. « Le cardinal nous a toujours inspiré par son intelligence, son franc parler, son discours clair avec des mots bien choisis et puis sa notoriété », précise l’abbé Vincent Tshomba. Ce dernier n’a pas hésité à accueillir dans sa paroisse des réunions du comité laïc de coordination qui « répondait » à l’appel lancé par la Conférence épiscopale.

    L’engagement de l’Eglise catholique ne doit pas se résumer, selon l’abbé Tshomba, aux mots et aux actes posés par le cardinal : « Ce n’est pas le combat d’un seul homme, c’est tout le peuple qui doit s’engager. » Cet « engagement » du peuple est prôné par la Conférence épiscopale depuis juin 2016. Dans tous les diocèses à travers le pays, la Cenco avait lancé une campagne prônant l’engagement citoyen. A travers huit images, des « laïcs » enjoignaient les paroissiens à ne plus rester indifférent à la misère de leurs semblables, de s’enrôler pour les élections, à se méfier des querelles entre politiciens congolais obsédés par le fauteuil présidentiel. Mais la dernière image montrait des Congolais de tous âges dans les rues, revendiquant leurs droits. Un prêtre à leur côté.

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