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    [Chronique] L'essence du Nigeria

    media Des dizaines de personnes font la queue à une station essence de Lagos avec leur jerrican, le 21 mai 2015. AFP PHOTO/PIUS UTOMI EKPEI

    Les pénuries d’essence reviennent avec une belle régularité au Nigeria. Une petite minorité s’enrichit tellement qu’elle est prête à tout pour empêcher un assainissement du monde de « l’or noir ».

    Des rues entièrement bloquées par des centaines de véhicules faisant la queue à l’entrée des stations-services. Des automobilistes excédés qui en viennent aux mains pour savoir qui aura le droit de faire le plein en premier. Des chauffeurs qui dorment dans leurs voitures. Les pieds nus passés par les fenêtres. Il faut prendre ses aises. Attendre encore et toujours l’or noir. Parfois l’automobiliste va patienter plus de 24 heures avant d’avoir pu faire le plein.

    Ces scènes de la vie ordinaire s’observent jusque dans les quartiers les plus chics de Lagos, notamment sur Awolowo road, l’avenue la plus commerçante d’Ikoyi, le quartier résidentiel de Lagos. Awolowo compte plusieurs stations-services.

    Ces scènes de chaos urbains pouvaient déjà s’observer, il y a vingt-cinq ans, à Lagos. Aujourd’hui, il est toujours possible de les voir. La différence notable étant que les Peugeot 504 de l’époque ont le plus souvent laissé la place à des voitures japonaises.

    « Fuel scarcity »

    A Noël, nombre de Lagotiens ont dû renoncer à quitter la mégapole en raison de ce que l’on appelle dans la ville la plus peuplée d’Afrique des « fuel scarcity ». Elles reviennent avec la même régularité que la saison des pluies au point d’être désormais considérées par beaucoup comme une fatalité.

    Un grand nombre des 22 millions de Lagotiens aiment quitter la mégapole à Noël pour retourner dans leur village d’origine. « C’est le seul moment de l’année où nous pouvons rejoindre la famille. Je suis très triste d’avoir dû annuler mon voyage à Enugu », avoue Michael Okafor, un Lagotien, originaire de l’est du Nigeria.

    Ces pénuries d’essence peuvent paraître inconcevables dans le pays qui produit le plus de pétrole sur le continent depuis plusieurs décennies. Mais le Nigeria n’est pas doté d’une capacité de raffinage suffisante. Les raffineries sont en piètre état.

    Contrebande avec le Bénin

    Depuis des décennies, chaque nouveau chef de l'Etat promet de mettre fin aux « pénuries d’essence ». Le régime du président Muhammadu Buhari, élu en avril 2015, a bien tenté de mettre fin au problème en augmentant, en mai 2016, le prix de l’essence à la pompe (Il est passé à 145 nairas, soit 64 centimes d’euro). Jusqu’alors le prix de l’essence était maintenu à un niveau très bas du fait de subventions. Cela favorisait la contrebande avec les pays voisins. Ainsi, alors que le Nigeria connaissait des pénuries d’essence à répétition, il n’en était rien au Bénin.

    Plutôt que de vendre au Nigeria, les acteurs de la filière de distribution préféraient commercialiser à meilleur prix au Bénin. La hausse des tarifs de l’essence n’a en rien réglé le problème. Pour une raison bien simple, trop d’acteurs de la filière ont intérêt au statu quo. « Il faut tout changer pour que rien ne change », explique Tancredi, le neveu du Prince de Salina, dans le film Le Guépard de Lucchino Visconti, adaptation du roman éponyme de Giuseppe di Lampedusa.

    Tout comme l’aristocratie voulait maintenir coûte que coûte sa domination sur la société sicilienne du XIX siècle, l’oligarchie nigériane n’a aucun intérêt à modifier en profondeur le système d’exploitation du pétrole.

    De l’aveu même de nombre d’acteurs de la filière, près de la 20 % de la production nationale n’est pas déclarée. Il existe des raffineries clandestines. Toute l’essence vendue au marché parallèle - parfois dix ou vingt fois plus cher qu’au prix officiel - permet d’alimenter des caisses noires qui échappent bien entendu à toute forme d’imposition.

    La « mafia des générateurs »

    Ceux qui contrôlent l’or noir sont aussi ceux qui maîtrisent partiellement l’accès à la lumière. Une grande partie de l’électricité produite au Nigeria provient de groupes électrogènes. Ces « groupes » sont alimentés en diesel. Il suffit de « couper » l’approvisionnement en diesel pour plonger des quartiers entiers de Lagos dans le noir.

    Le contrôle de l’importation des groupes électrogènes est aussi un enjeu majeur. « La "mafia des générateurs" [groupes électrogènes, Ndlr] s’est toujours opposée à ce que l’approvisionnement électrique se développe au Nigeria. Lorsque le président Olusegun Obasanjo (au pouvoir de 1999 à 2007) a voulu installer de nouvelles centrales électriques, ils ont fait saboter le matériel dès son arrivée dans le port de Lagos », confesse un haut fonctionnaire nigérian.

    Ces pénuries à répétition permettent aussi de montrer la puissance des acteurs du secteur pétrolier. « Surtout lorsque le président est originaire du nord, comme c’est le cas actuellement, les pénurie d’essence sont un moyen pour les élites du sud de rappeler leur capacité de nuisance. C’est aussi un jeu de pouvoir », souligne John Abiola, professeur à l’université de Lagos.

    Pendant que la pénurie d’essence sévissait au Nigeria le mois dernier, il en allait de même en Angola, l’autre grand pays producteur de pétrole sur le continent. Cette crise à Luanda intervient alors que Joao Lourenço, le nouveau président, a décidé d’écarter des pontes de l’ancien régime. Il a notamment limogé en novembre 2017 Isabel Dos Santos, la fille de l’ex-Président. Femme la plus riche du continent, elle dirigeait la Sonangol, la compagnie nationale de pétrole.

    « Souffrir et sourire »

    « Organiser une pénurie d’essence, c’est aussi une façon de rappeler au nouveau chef de l'Etat qu’il ne peut pas tout se permettre et qu’il doit compter avec l’oligarchie en place », souligne une proche de la famille Dos Santos.

    Les pénuries d’essence au Nigeria comme en Angola ne sont pas seulement dues à une mauvaise organisation ou une incapacité à anticiper, elles sont l’expression de jeux de pouvoir et d’argent qui font peu de cas des souffrances occasionnées aux populations. Tellement habituées à cet état de fait, elles ont fini par se résigner. « Suffering and smiling » (souffrir et sourire) pour reprendre l’une des expressions du chanteur Fela pour qualifier le comportement de la population nigériane.

    La formule « Il faut tout changer pour que rien ne change » irait à merveille dans la bouche, non pas d’un neveu de prince nigérian, mais dans celle d’Uche Kachikwu, fils du ministre du pétrole Ibe Kachikwu. Celui-ci a, d’ailleurs, le sens du spectacle : à défaut de jouer les premiers rôles dans des films de Visconti, il vient de tourner Dino, un clip de rap où il affiche un goût immodéré pour l’argent.

    Pour que son message n’en soit que plus clair, il mange au sens propre des « billets verts » à l’aide de fourchettes en or. Il roule dans des voitures de luxe et affiche son mépris « de class  » pour les jeunes Nigérianes qui lui courent après. Il affirme notamment, « She says she comes from London, but me I know where she comes from » (Elle prétend venir de Londres, mais moi je sais très bien d’où elle vient, sous-entendu : des bas-fonds du Nigeria). Il danse au milieu des billets de banque, des voitures de luxe et des jeunes filles dénudées.

    Bling-bling

    Dans ce clip édifiant, Dino Melaye, un sénateur célèbre, ami de la famille, vient se joindre à sa glorification de l’argent facile. Le sénateur porte un tee-shirt sur lequel il est sobrement écrit « légende ». Sa présence dans ce clip est apparue comme une provocation pour de nombreux Nigérians : les sénateurs de ce pays sont parmi les mieux rétribués au monde et ils ne sont pas vraiment réputés pour leur probité.

    Allongé sur un lit bling-bling à souhait, le fils du ministre du Pétrole malaxe ses billets de banque, pendant que des jeunes femmes très légèrement vêtues lui caressent le torse. Pour que le message soit encore un peu plus clair, elles ont glissé des liasses de dollars dans leur porte-jarretelles. A côté de ce morceau d’anthologie, le clip de la chanteuse Rihanna « Pour it up » pourrait passer pour un modèle d'austérité calviniste. Quand il quitte son lit ou lorsqu’il arrête de boire du champagne rosé, le fils du ministre jette des billets de banques sur le capot de Ferrari rouges ou sur les poitrines de jeunes femmes en cuissardes.

    On peut tout reprocher aux « élites » nigérianes, sauf l’hypocrisie. Elles affichent haut et fort leur goût pour le « bling-bling » et l’argent facile. Quelles qu’en soient les conséquences pour le reste de la population. Le ministère du Pétrole change régulièrement de « patron ». Mais le système reste le même. Tout changer pour que rien ne change. Et que l’or noir et les billets verts continuent à couler à flot entre les mains des « seigneurs du Nigeria ».

    ►Re)lire nos précédentes Histoires nigérianes 

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