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    [Chronique] Au Nigeria, «ma Mercedes est (toujours) plus grosse que la tienne»

    media Embouteillages dans les rues de Lagos, Nigeria. Getty Images

    Au Nigeria, les voitures de luxe tiennent une place à part dans l’imaginaire collectif. La littérature témoigne à merveille de cette obsession qui peut parfois provoquer quelques « sorties de route » et autres destins tragiques.

    Le dimanche matin, les rues de Lagos, au Nigeria, offrent un spectacle des plus insolites. Des milliers de voitures de luxe sont de sortie. Ainsi, il n’est pas rare de croiser des Rolls-Royce flambant neuves qui avancent prudemment sur des routes défoncées.

    Le « jour du Seigneur », les chauffeurs sont souvent en congés. Parfois, le propriétaire de la voiture de luxe conduit donc lui-même son propre véhicule. Le plus souvent, il ne s’aventure pas loin de son domicile. Il offre une promenade en voiture à ses enfants dans les quartiers résidentiels de la capitale économique du Nigeria.

    Ce jou-là, les propriétaires de Porsche, de Jaguar, Ferrari ou autres Lamborghini sont de sortie. Ils se rendent de leur domicile jusqu’à l’hôtel de luxe où ils « brunchent » ou vont à l’église dans la voiture réservée aux sorties dominicales.

    Ainsi, autour de l’église évangélique « House on the Rock » qui cible les riches, le parking du lieu saint un dimanche matin rassemble quelques-uns des véhicules les plus spectaculaires de la ville. Ce jour-là, les rues de Lagos sont étrangement vides. C’est l’un des rares moments où les belles voitures ne risquent pas de prendre des coups.

    En temps normal, les « rugged cars », les « voitures robustes » dominent la jungle urbaine. A Lagos, personne n’a vraiment la priorité aux ronds-points. « La seule règle, c’est que le véhicule le plus costaud passe d’abord et puis celui qui a moins peur de se prendre des coups et ainsi de suite », explique Bade, chauffeur de taxi dans la métropole nigériane depuis vingt ans.

    Par ailleurs, les minibus passent devant tout le monde. Ils sont dans un tel état de délabrement que leurs chauffeurs ne craignent absolument pas le froissage de tôle. Les « coxeurs », les rabatteurs de clients qui se tiennent debout à l’arrière des minibus chargés à ras bord de passagers n’hésitent pas à donner des coups de gourdin aux véhicules qui sont « sur leur passage ».

    Artistocrate peul et collectionneur de Rolls

    Sur les routes de Lagos s’impose la loi du plus fort ou du plus déterminé. En temps normal, les Rolls-Royce y ont donc une espérance de vie des plus limitées. Ce qui ne dissuade pas de nombreux Nigérians d’en acquérir. Même Lamido Sanussi, l’émir de Kano, dans le nord du pays, est propriétaire de quatre Rolls.

    Selon la presse nigériane, sa petite dernière a coûté 132 millions de nairas (300 000 euros) à cet aristocrate peul. D’autres marques de luxe ont pignon sur rue. Un concessionnaire Porsche est ainsi florissant à Victoria Island, le quartier des affaires de Lagos.

    Mais ces temps-ci, ce sont les Hummer de Mercedes (plus de 100 000 euros pièce) qui ont le vent en poupe. Dans un pays où 70 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, cela peut créer des tentations et des convoitises chez ceux qui ne peuvent pas s’offrir ce type de véhicules.

    Bien des Lagotiens possèdent des voitures équipées d’écrans de télévision. « Pour nous, la voiture est comme un second domicile, souligne Funmi, cadre bancaire à Ikoyi, un quartier aisé de Lagos. Nous passons tellement de temps dans les embouteillages qu’il faut bien un peu de confort dans nos véhicules ». Chaque jour, elle-même passe plus de quatre heures dans les embouteillages.

    Cette passion pour les automobiles est bien ancrée au Nigeria. Au point que le romancier Nkem Nwamkwo lui a consacré un roman édifiant intitulé Ma Mercedes est plus grosse que la tienne. Ecrit dans les années 1970, ce roman picaresque raconte les mésaventures d’Onuma, un jeune Lagotien qui semble béni des dieux avant qu’il ne commette la terrible erreur d’acquérir une voiture.

    Passion fatale pour les Jaguar

    Onuma appartient à une génération dorée à laquelle le passage par l’université de Lagos garantit un emploi. Diplôme en poche, Onuma travaille pour une société européenne à l’époque où l’argent du pétrole coule à flots. Ses contacts dans les milieux de la nuit lui permettent d’organiser des « soirées agitées » qui plaisent tout particulièrement aux clients de son employeur.

    Mais le fait d’avoir un emploi lucratif ne suffit pas à Onuma. Il doit coûte que coûte acquérir une Jaguar afin d’asseoir son statut social. Onuma retourne dans son village natal au volant de la Jaguar de ses rêves. Sa présence rend « fous » les parents d’Onuma. La Jaguar est réduite en pièces. Une série de catastrophes s’enchaîne. Ce qui devait être le symbole de l’ascension sociale d’Onuma devient la cause de sa descente aux enfers.

    Près de cinquante ans plus tard, cette fiction à dimension sociologique n’a pas pris une ride. Il faudrait juste changer les noms des modèles de voiture. Longtemps, la Peugeot 504 a été la voiture des classes moyennes nigérianes, celles qui se sont développées dans les années 1970 et 1980. Cette classe sociale a fini par péricliter dans les années 1990 à la suite des plans d’ajustement structurel imposés par le FMI.

    Les 504 font toujours partie du paysage, surtout dans le nord. Une usine produit encore des Peugeot à Kaduna. Mais elles résistent mal à la concurrence des Japonaises et des Coréennes. « Bien des Nigérians refuseraient de prendre place dans une 504 en estimant que ce type de véhicule n’est pas conforme à leur statut », souligne Afolabi, femme d’affaires lagotienne.

    Les Nigérians d’un certain niveau social se déplacent d’ailleurs fréquemment en convoi et disposent d’une protection bien visible : des véhicules avec des hommes armés jusqu’aux dents chargés d’ouvrir la route aux huiles. Ils taillent la route, sirènes hurlantes. Les autres automobilistes doivent s’écarter pour laisser place au cortège des personnalités. L’usage de la sirène n’est pas réglementé. L'homme d'importance est celui qui décide de l’être. En clair, celui qui a les moyens de se payer des grosses voitures et des escortes.

    Il n’est pas rare de croiser des sénateurs qui gardent à leur domicile des dizaines de voitures de luxe. Avec Lagos, Abuja, la capitale, est également un lieu de forte concentration de voitures de luxe. Le plus étonnant est qu’officiellement le marché de la voiture neuve est quasiment inexistant au Nigeria. Il se situe autour de 50 000 véhicules par an. Pour un pays de 190 millions d’habitants, cela fait tout de même peu. En France, à titre de comparaison, plus de 2 millions de voitures neuves ont été immatriculées en 2017.

    En réalité, la grande majorité des véhicules rentrent illégalement au Nigeria. Pour s’en persuader, il suffit de circuler à proximité de la frontière avec le Bénin. Chaque jour, des centaines de véhicules neufs passent la frontière. « La plupart d’entre eux ne sont pas immatriculés », reconnait un douanier qui ferme les yeux sur ce trafic en échange de « compensations financières ».

    « Roi du vol de bagnole »

    Le marché de la voiture de luxe est juteux. L’un des meilleurs moyens de pouvoir l’alimenter est aussi le « car-jacking ». A Lagos, dans les quartiers résidentiels, des attaques de voitures ont lieu en plein jour au su et au vu de tous. L’un des plus grands spécialistes du « car-jacking » n’a pas hésité à attaquer en juillet 2003 un convoi présidentiel à l’époque où Olusegun Obasanjo dirigeait le Nigeria pour la deuxième fois, entre 1999 et 2007. Une fille du chef de l’Etat faisait d'ailleurs partie du convoi.

    Le commanditaire était un dénommé Tidjani Hamani, originaire du Niger et domicilié à Cotonou. Réputé pour son sens de l’humour très limité, le président Obasanjo avait assez peu goûté la plaisanterie et à l’idée que l’on puisse s’en prendre à ses véhicules et à sa famille. Bilan de l’attaque du convoi : trois morts et des dizaines de véhicules de luxe volées.

    L’attachement d’Obasanjo à ses véhicules est de notoriété publique. Dans sa ville natale à Abeokuta, Obasanjo expose, dans le musée à sa gloire, les voitures qui ont compté dans sa vie, de la Peugeot 504 de ses débuts aux Mercedes de ses années d’accomplissement. Il doit d’ailleurs en partie son ascension à une voiture en particulier, celle du président Murtala Muhammed.

    Ce chef de l’Etat nigérian traversait Lagos en février 1976 dans une voiture qui n’était pas blindée. Funeste erreur. Ses ennemis l’ont mitraillé. C’est ainsi que son bras droit Olusegun Obasanjo a accédé pour la première fois au pouvoir. Encore aujourd’hui, la voiture criblée de balles du président Murtala Muhammed est l’objet qui suscite le plus l’intérêt du public dans le musée de Lagos.

    Malgré la demande insistante du chef de l’Etat nigérian, les autorités béninoises ont refusé de livrer Hamani Tidjani. Pour faire plier son voisin, le président nigérian a fait fermer la frontière en août 2003. Une décision ayant privé des dizaines de milliers de Béninois de leur source de revenus pendant plusieurs jours. La fermeture de la frontière a provoqué un début de panique au Bénin. L’essence de contrebande, le « kpayo », fournissait en effet l’essentiel du carburant du pays.

    Finalement, Tidjani, « roi du vol de bagnole » a été livré aux autorités nigérianes par le président Mathieu Kérékou. Hamani Tidjani a croupi dix ans dans une cellule nigériane avant de décéder. Son rêve de grandeur s’est achevé aussi mal que celui d’Onuma, « l’homme à la Jaguar », imaginé par le romancier Nkem Nwankwo.

    L’histoire ne dit pas quel type de véhicule Tidjani rêvait utiliser pour prendre la poudre d’escampette. Elle ne dit pas davantage si pendant son séjour derrière les barreaux, il a pu se plonger dans les œuvres complètes de Nkem Nwankwo. Pas davantage qu’elle n’indique s’il a pu laisser sur un pan de mur de sa cellule un graffiti à l’attention du président Obasanjo. Un message facétieux tel que : « Ma Mercedes est plus grosse que la tienne ».

    ►(Re)lire nos précédentes Histoires nigérianes 

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