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    [Chronique] Nigeria: pauvre comme un écrivain

    media A Abuja, capitale du Nigeria, les librairies ne courent pas les rues. (Photo d'illustration) ©George Osodi/Bloomberg via Getty Images

    Au Nigeria, le quotidien des écrivains est des plus précaires. Leur sort ne fait pas rêver. Bien au contraire.

    En posant une simple question, une journaliste française a provoqué l’ire de l’écrivaine Chimamamanda Ngozi Adiche et des réseaux sociaux. Elle demandait à cette célèbre écrivaine de passage à Paris en janvier si elle était lue au Nigeria et s’il y avait des librairies dans son pays. La journaliste a aussitôt été accusée de racisme sur les réseaux sociaux. On peut arguer qu’il s’agissait d’une question maladroite. On peut aussi penser qu’il s’agit d’une question faussement naïve et ouverte qui vise à permettre à l’écrivaine de développer son point de vue sur la question.

    On peut aussi soutenir que la question n’est pas si absurde que cela. Le succès international de Chimamamanda Ngozi Adichie est indéniable. Mais est-il représentatif de la destinée des écrivains nigérians ? Fille d’universitaires, Chimamamanda Ngozi Adichie a quitté le Nigeria à 19 ans pour étudier aux Etats-Unis. Dès la publication de son premier roman, L’hibiscus pourpre, son succès a été foudroyant et ne s’est jamais démenti.

    Depuis elle mène une carrière internationale. Ses ouvrages se vendent à des millions d’exemplaires en Occident. Ses conférences sont facturées à des centaines de milliers de dollars. Mais quel est son impact au Nigeria ? Son « business model » est-il transposable aux autres auteurs ? Elle est entourée d’un « manager » (qui se présente comme tel). Issu du secteur bancaire, il gère ses intérêts financiers avec vigueur. Par ailleurs, elle dispose d’un agent littéraire parmi les plus réputés au monde. Sa carrière se joue à New York et à Londres.

    « Même dans les milieux littéraires nigérians, on ne la considère pas vraiment comme l’une des nôtres. Pour nous, c’est devenu un "produit américain". Nous estimons qu’elle n’appartient plus à l’univers nigérian depuis longtemps. Nous l’avons reniée ! », affirme une influente écrivaine et journaliste de Lagos.

    Il est tout à fait loisible de se demander si les 190 millions de Nigérians ont les moyens et l’envie d’acheter ses romans et les autres productions littéraires africaines. C’est même une excellente question. Certes, il existe des librairies de qualité à Lagos, mais elles sont situées le plus souvent dans des quartiers résidentiels, presque inaccessibles aux classes moyennes. Ainsi au Jazz Hole, la librairie favorite des élites de Lagos, un roman de format poche se vend près de 10 dollars. Ce qui fait tout de même cher dans un pays où 70% de la population vit avec moins de deux dollars par jour.

    Des romans difficiles à acquérir

    Même là, les ouvrages des Nigérians ne sont pas forcément les plus vendus. Le rayon de littérature africaine est famélique. Là, comme dans la plupart des librairies nigérianes, il est plus facile de se procurer un roman de l’Ecossais Ian Rankin ou de l’anglais Dick Francis que celui d’un auteur Nigérian. Plus étonnant au Jazz Hole, on trouve plus facilement des ouvrages de Robert Solé, écrivain français spécialiste de l’Egypte que des auteurs locaux parlant du Nigeria.

    L’essentiel des regards sont tournés vers les essais des auteurs américains expliquant comment devenir milliardaire ou comment diriger une entreprise. Les ouvrages de développement personnel ou de religion font également un tabac. La littérature proprement dites ne représente que 5% des ventes totales de l’édition. Bien loin des ventes des mémoires d’un général en retrait ou d’un homme politique.

    Même dans les vols intérieurs – l’avion est le moyen de transport favori des classes moyennes supérieures – il est bien rare de voir un Nigérian lisant un roman nigérian. « Si vous apercevez un lecteur de Le monde s’effondre de Chinua Achebe, il y a 9 chances sur 10 pour que ce soit un Occidental » constate Uche Okocha, universitaire de Port-Harcourt.

    A Abuja, la capitale fédérale, la situation est bien pire qu’à Lagos. « Les habitants d’Abuja n’arrêtent pas de vanter le Salamander cafe. Mais la clientèle est très occidentale. Et la librairie n’est vraiment pas fournie. Quelques romans sur une étagère… Est-ce vraiment ça une librairie ? », s’amuse un Lagotien, qui fait des passages fréquents à Abuja.

    Bien loin de l’argent et du glamour

    Bien des auteurs nigérians ne font pas beaucoup d’efforts pour que leurs livres aient droit de cité dans les librairies. « Même quand ils vendent nos ouvrages, on a le plus grand mal à toucher des droits d’auteurs. Pour nous, le vrai enjeu c’est que nos livres soient vendus en Occident. Le marché est là-bas », souligne un écrivain Lagotien.

    Au Nigeria, la grande majorité des écrivains sont obligés de publier à compte d’auteurs. Ils payent pour que leurs romans soient publiés. C’est ce que l’on appelle le « vanity publishing » (écrire à compte d’auteur). Cela ne rapporte rien aux auteurs. Cela leur coûte même de l’argent. Ils doivent également payer pour l’organisation des « book launching », les cérémonies de lancement de leurs livres. Cela leur confère de la notoriété. Mais cela vide leur compte en banque.

    Au Nigeria, quel écrivain vit uniquement de sa littérature ? Presque aucun sans doute. Pour survivre, ils exercent d’autres activités telles que journaliste ou « conseiller du prince ». Mais les droits d’auteurs ne leur permettent absolument pas de vivre.

    Une jeune femme étant longtemps sortie avec un auteur m’a confié son désarroi. « Les écrivains restés au pays sont prolétarisés. Ils n’ont rien. Il vaut mieux sortir avec des footballeurs ou des hommes politiques. C’est un bon investissement… Mais vraiment les écrivains ne valent pas le coup. Et en plus ils sont compliqués. Ces sont des égocentriques. Ils ne parlent que d’eux et de leurs problèmes », estime cette ambitieuse Lagotienne. Elle ajoute : « Ce sont des pauvres types, condamnés à la misère, donc au malheur… Les écrivains, il les faut les éviter comme la peste ».

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