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    Classe moyenne africaine: les vœux pieux et la réalité

    media Le gouvernement sud-africain a fait du très bon travail pour élargir la classe moyenne noire en utlisant la fonction publique sauf qu'aujourd'hui l'Etat n'a plus les moyens. AFP/MUJAHID SAFODIEN

    L’Afrique est-elle en train d’assister à l’émergence d'une classe moyenne ? Ces dernières années, plusieurs institutions internationales ont développé l'idée, chiffres à l'appui et ainsi nourri l’espoir de nombreux investisseurs. Mais la question fait débat. Les chercheurs estiment que les changements sociaux qui se sont produits sur le continent ne sont pas aussi importants et homogènes que l’affirment les études. Décryptage.

    « Le Grand boom ». « L’Afrique est notre avenir ». Ces dix dernières années, les formules-chocs ont régulièrement noirci les colonnes des journaux à mesure que les rapports de cabinets de consultants succombaient à un afro-optimisme effréné. La classe moyenne était alors en pleine expansion, transformant le continent africain en dernier territoire de conquête pour les grands groupes à la recherche de nouveau marchés. Ça c’était sur le papier. Dans les faits, les entreprises ont déchanté.

    « Nous pensions que ce serait la prochaine Asie, mais nous avons réalisé que la classe moyenne dans la région est petite et n’est pas vraiment en progression ». Les propos de Cornel Krummenacher, directeur de la région Afrique Équatoriale chez Nestlé parus dans les pages du Financial Times en juin 2015 ne sont pas passés inaperçus. Entre mise au chômage et interruption des investissements, le plus gros groupe agroalimentaire mondial a, ces deux dernières années, révisé sa stratégie sur le continent. Fini l’obsession des classes moyennes. Le géant mise désormais sur « les Africains aux revenus modestes » déclarait récemment, John Martin Miller, vice-président de Nestlé Afrique, Asie et Océanie, toujours dans les pages du prestigieux quotidien économique britannique.

    « Il y a eu un buzz autour de l’émergence de la classe moyenne en Afrique, mais elle n’existe pas, pas au sens traditionnel du terme », s’exclame Dominique Darbon, professeur de sciences politiques et d’administration à l'IEP de Bordeaux et chercheur au Laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM). « Il y a de réels changements, des gens qui sont en train de s’en sortir, qui s’enrichissent, mais pas aussi massivement qu’on a bien voulu le faire croire ».

    Une classe moyenne plus proche de 14% que de 34%

    C’est un rapport de la Banque africaine de Développement (BAD) paru en 2011 qui a créé la confusion. Intitulé « Le milieu de la pyramide : les dynamiques de la classe moyenne africaine », il estimait la classe moyenne à 34% de la population africaine, soit 350 millions. Un chiffre inédit qui masquait une réalité moins glorieuse : 20% de ces individus dépensent entre 2 et 4 dollars par jour pour vivre.

    Une définition trop imprécise et qui classe des personnes aux niveaux de ressources trop disparates regrette Florence de Bigault, directrice d’AFRICAP, la branche de l’institut de sondage Ipsos centrée sur les marchés africains. « Les populations vivant avec à peine plus de 2 dollars par jour sont encore vulnérables aux aléas économiques et susceptibles de retomber dans la pauvreté ».

    Comment alors définir la classe moyenne en Afrique ? Par ses revenus ou par ses dépenses ? Avec quelles bornes financières l'appréhender ? Par individus ou par foyers ? En fonction de ses revenus ou de ses dépenses ? Par son niveau d’éducation et/ou sa catégorie socioprofessionnelle ? Pour l’heure, il n’existe pas de consensus sur le mode de calcul. Les chercheurs s’accordent toutefois à dire qu’il n’y aurait pas « une », mais des « classes moyennes » ou « des catégories, de "ni riches ni pauvres" ».

    Des classes moyennes

    Le haut de cette pyramide est constitué d’un petit groupe de personnes dont les modes de vie s’occidentalisent. Dans l’étude « la classe moyenne africaine », réalisée pour le groupe de distribution CFAO, au cours du premier semestre 2015 dans 5 pays (Nigeria, Cameroun, Côte d’Ivoire, Kenya, Maroc), Ipsos s’appuie sur les revenus des ménages et distingue deux catégories de classes moyennes. La plus basse regroupe les ménages dont le revenu est compris entre 12 et 25 dollars par jour. La plus haute concerne les ménages ayant entre 25 et 50 dollars par jour.

    Selon cette méthode, le poids de la classe moyenne africaine sur le continent serait de 14%, représentant près de 143 millions d’Africains. Majoritairement urbains, ils vont dans les cafés, fréquentent les supermarchés, achètent des voitures, font des emprunts et accèdent à la propriété.

    À l’inverse, le groupe des classes moyennes dites « flottantes », ou « petites prospérité », très dépendantes de la conjoncture économique - dont les revenus oscillent entre deux et quatre deux à quatre, voire dix dollars par jour selon les études - sont les plus nombreux. « Entre 20 et 25% de la population africaine », estime Dominique Darbon. Risquant à tout moment d’être déclassés, ils multiplient les sources de revenus : un salaire dans le formel ou l’informel et une seconde voire une troisième activité qui leur permette de joindre les deux bouts. Le loyer et la nourriture représentent 85% des dépenses de ces ménages, ils ne partent pas en vacances, ne conduisent pas de voiture et font leurs courses chez le boutiquier du quartier.

    Pour la chercheuse Anna Fichtmuller qui a travaillé sur les classes moyennes en Ouganda, « ces populations ont vu leurs conditions de vie s’améliorer par rapport à celles de leurs parents, que ce soit en matière d’éducation, de revenus et de logement, mais ils se sentent toujours très vulnérables et ne considèrent pas leurs nouveaux avantages comme des acquis ».

    Disparités entre pays

    S'il n'existe pas de conscience de classe moyenne et encore moins de politique à leur intention sur le continent « la réalité des classes moyennes dépend surtout des trajectoires de chaque pays », indique Anda David, chercheuse à l'Agence française de Développement (AFD). L'histoire, les systèmes politiques en place, la croissance économique sont autant de variables qui façonnent les groupes sociaux. Difficile donc de mettre dans un même tableau, l’Afrique du Sud, où la classe moyenne est stable et représente 24% de la population, avec la République démocratique du Congo où elle est balbutiante. Au Cameroun, la toute petite classe moyenne étudiée par Yves Mintoogue, doctorant à la Sorbonne à « un très haut niveau de qualification, mais des professions en deçà de leurs compétences, une pluriactivité, une grande défiance vis-à-vis du système bancaire et un sentiment de vulnérabilité très prononcé ».

    A contrario, la classe moyenne ivoirienne est en plein développement. Portée par une croissance économique moyenne de 8 à 9% depuis 2011, elle représente aujourd’hui 26,4% de la population, soit des individus gagnant entre 100 000 et 450 000 francs CFA par mois. Un chiffre nettement supérieur à la moyenne continentale qui cache des disparités, précise Jean-Philippe Berrou, économiste et chercheur au LAM, auteur de l’étude commandée par l’AFD. « Les sous-groupes des agriculteurs (25%), des travailleurs de l’informel (39%) et des retraités (15%) sont encore très vulnérables ». Soit 79% de la classe moyenne totale.

    L’enjeu est aujourd’hui de voir ce que deviennent les individus du groupe des « petites prospérités ». « S’il y a un transfert à la génération suivante, cela veut dire que l’on assiste à un changement radical de la structuration des sociétés africaines », estime Dominique Darbon. « Les études sont en cours, mais on n’a pas encore le recul suffisant pour l’affirmer ». En attendant, les entreprises occidentales de biens de consommation se positionnent, multiplient les études et adaptent peu à peu leurs ventes aux réalités du continent avec l’espoir que la croissance économique tire les populations de ces pays vers le haut portant avec elles la société de consommation.

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