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    Afrique du Sud: l’honneur perdu de Jacob Zuma

    media Le président sud-africain, Jacob Zuma, lors d'une conférence de presse à Harare, au Zimbabwe, le 3 novembre 2016. REUTERS/Philimon Bulawayo

    Après avoir tenu en haleine pendant plusieurs jours la population sud-africaine, Jacob Zuma a démissionné, lui qui a gouverné l'Afrique du Sud pendant presque une décennie. Retour, en quelques dates clés, sur le parcours de l'homme, suivi du rappel des principaux événements et scandales de corruption, fraude et viol qui ont émaillé les deux mandats du président Zuma.

    1942 – 2008 : de la naissance à l'accession à la présidence

    Né en 1942 à Nkandla (province du KwaZulu-Natal), dans une famille modeste, Jacob Gedleyihlekisa Zuma est le fils d’un agent de police et d’une femme de ménage. Faute d’argent, il ne peut terminer son cursus scolaire, mais rejoint à l’âge de 17 ans le Congrès national africain (ANC), qui sera sa véritable école.

    En 1963, le jeune Zuma est arrêté pour ses activités au sein de l’organisation Umkhonto we Sizwe (le bras armé de l’ANC) et condamné à 10 ans de travaux forcés à Robben Island. A sa sortie de prison, il poursuit ses activités militantes, mais depuis l'étranger. Son exil dure plus de quinze ans. En 1990, lorsque l’ANC est enfin reconnu comme un mouvement légal et l’apartheid aboli, Jacob Zuma est l’un des premiers leaders du mouvement anti-apartheid à regagner le pays. Il prend part aux négociations avec les autorités sud-africaines de l’époque et participe à la préparation des premières élections libres au suffrage universel, qui auront lieu en 1994. Dans les années 1990, Zuma est le numéro 1 de son parti au Kwazulu où il est le principal artisan des accords de paix entre l’ANC et le parti « Inkatha Freedom Party » du chef zoulou Buthelezi.

    Au congrès de l'ANC, à Mahikeng (ex-Mafikeng), en 1997, Jacob Zuma devient l’adjoint de Thabo Mbeki qui préside à la destinée du mouvement. Deux ans plus tard, il accède à la vice-présidence du pays aux côtés de Mbeki, successeur de Madiba (le nom clanique de Nelson Mandela) à la présidence de l’Afrique du Sud. Soupçonné d’avoir reçu des pots-de-vin de la part de l’homme d’affaires Schabir Shaik, il est démis, en 2005, de ses fonctions officielles, mais les charges de corruption portées contre lui par le parquet doivent être abandonnées faute de preuve.

    Une nouvelle affaire de corruption éclate en 2006 : Zuma est convoqué par le tribunal dans le cadre d’une sombre histoire de dessous de table versés par l’entreprise française d’armement et d’électronique Thales, en marge d’un contrat d’armement. Les poursuites engagées sont, elles aussi, abandonnées pour vice de forme. Parallèlement, le 8 mai 2006, il est acquitté par la Haute cour de Johannesburg dans un procès très médiatisé pour viol, intenté contre lui par une jeune femme de 31 ans, séropositive et amie de la famille. Le tribunal a estimé que les rapports entre les deux partenaires étaient consentants, mais la déclaration de l’intéressé affirmant qu’il s’était douché après l’acte sexuel pour minimiser les risques de contamination par le virus VIH fera les choux gras de journaux satiriques de l’Afrique du Sud.

    Ces affaires ternissent l’image de Zuma mais ne l’empêchent pas de remporter le scrutin pour la présidence de l’ANC en 2007 contre Thabo Mbeki, avec le soutien de l’aile gauche du parti. En 2008, accusé d’être intervenu auprès de la justice pour faire inculper son rival, Thabo Mbeki est lui-même évincé de la présidence de la République par l’ANC. En tant que président du parti, Jacob Zuma est désormais le candidat naturel de l’ANC pour la magistrature suprême. Elu président de l’Afrique du Sud en 2009, il est reconduit à ce poste cinq ans plus tard.

    Les temps forts de la présidence Zuma

    ► 2009 – 2014 : le premier mandat

    9 mai 2009 : l'investiture. Le Parlement issu des élections d’avril élit Jacob Zuma comme le nouveau président de la République sud-africaine. Il succède à Kgalema Motlanthe qui assurait l’intérim depuis la démission de Thabo Mbeki en septembre 2008. Nelson Mandela assiste à l'investiture de son successeur.

    Nelson Mandela salué par le nouveau président sud-africain, Jacob Zuma, lors de l’investiture de ce dernier, à Pretoria, le 9 mai 2009. Reuters

    3 juin 2009 : proche des gens. Le nouveau président de la République sud-africaine prononce son premier discours sur l’état de la nation devant les parlementaires. Les partisans de Zuma se réjouissent d’avoir enfin à leur tête un président populaire et proche des gens, alors que son prédécesseur Thabo Mbeki était perçu comme élitiste et distant.

    10 juin – 11 juillet 2010 : Coupe du monde. L’Afrique du Sud accueille la Coupe du monde de football, une première pour le continent. La bonne organisation de cette rencontre sportive internationale est une source de fierté pour tous les Sud-Africains qui acclament Jacob Zuma.

    Décembre 2010 : l’homme à femmes. Les révélations sur les liaisons extra-conjugales de Jacob Zuma donnent un premier aperçu de l’extravagance de la vie personnelle et familiale de ce chef d'Etat polygame et père d’une vingtaine d’enfants. C’est le moment que son entourage choisit pour intenter un procès en diffamation contre le dessinateur Zapiro pour avoir publié en 2008 un dessin de presse représentant le président s’apprêtant à violer la déesse de la Justice.

    10 novembre 2011 : exclusion de Malema. L’ANC lance une procédure disciplinaire contre Julius Malema, président de la Ligue de la jeunesse du mouvement. Cet ancien allié du chef de l’Etat sera définitivement exclu de l’ANC en février 2012 pour avoir « semé la discorde au sein du parti et violé ses règles ». Malema lancera en 2013 un parti de gauche radical, les « Combattants de la liberté économique » (EFF), et s’imposera au Parlement comme l'opposant le plus virulent de Jacob Zuma. Il n'hésite pas à interpeller le chef de l'Etat en pleine séance parlementaire, l'appelant à démissionner.

    Jacob Zuma (G) et Julius Malema se sont retrouvés le 30 octobre 2010 lors du 66e anniversaire de l'ANC. Montage RFI

    16 août 2012 : Marikana, le tournant. Quarante-quatre personnes sont tuées à la mine de platine Lonmin de Marikana (nord) lorsque la police ouvre le feu sur une foule de grévistes brandissant des armes traditionnelles. La fusillade déclenche une violente vague de grèves dans les mines sud-africaines dont les propriétaires n’hésitent pas à licencier des grévistes. Ces licenciements massifs que le gouvernement ne fait rien pour interdire contribuent à détériorer les relations entre le pouvoir politique et les syndicats des mineurs, particulièrement puissants. Ce bras de fer entre l’ANC au pouvoir et les syndicats marque la fin de la paix sociale qui avait caractérisé les années Mandela et Mbeki.

    Décembre 2012 : réélection. Malgré la montée du mécontentement, Jacob Zuma est réélu à la tête de l’ANC.

    Décembre 2013 : funérailles de Mandela. L'ancien président Nelson Mandela disparaît le 5 décembre. Lorsque Zuma prend la parole pendant la cérémonie des funérailles, retransmise en direct, il est conspué par le public. L’incident se déroule sous les yeux de chefs d’Etat étrangers venus du monde entier.

    Mars 2014 : « Nkandlagate ». Un rapport sur les travaux de rénovation engagés aux frais de l’Etat par le président Zuma dans sa résidence privée située à Nkandla, son village natal, est publié par la médiatrice de la République Thuli Madonsela. Estimant qu’il y a eu détournement de fonds, la juriste exige qu’une partie des dépenses, réglée avec l’argent des contribuables, soit remboursée. Le coût total des travaux s’élève à quelque 20 millions d’euros. L’affaire connue sous le nom de « Nkandlagate » est un coup de griffe de plus à l’image de « l’homme du peuple » qu’aime cultiver le chef de l’Etat.

    ► 2014 – 2018 : le second mandat abrégé

    21 mai 2014 : confiance renouvelée. Jacob Zuma est reconduit par les députés à la présidence sud-africaine, à la suite de la victoire de l’ANC aux législatives.

    Juin 2015 : affaire Omar el-Béchir. Pretoria accueille sur son sol le président soudanais Omar el-Béchir, visé par un mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale de La Haye, qui le recherche pour génocide et crimes de guerre au Darfour. Or, contrairement aux dispositions du statut de Rome créant la CPI dont l’Afrique du Sud est signataire, le gouvernement de Jacob Zuma décide de ne pas arrêter le président soudanais et de ne pas le remettre à la CPI. Condamnée par la communauté internationale, l'Afrique du Sud lance une procédure pour se retirer de la CPI, mais doit faire marche arrière lorsque la Haute Cour du pays se prononce contre la décision qui, selon les juges, viole la Constitution. C’est un revers humiliant pour le gouvernement de Jacob Zuma.

    Décembre 2015 : remaniement brutal. Le limogeage inattendu du ministre des Finances, Nhlanhla Nene, sans aucun motif apparent, puis son remplacement par un député inexpérimenté effraie les investisseurs et fait chuter le rand sud-africain à son plus bas niveau historique face au dollar. Ces turbulences politiques, sur fond d’une croissance économique atone entraînant la dégradation de la note de l’Afrique du Sud par l’agence de la notation Fitch Ratings, obligent le président à nommer au ministère des Finances Pravin Gordhan, ancien ministre réputé, mais qui ne partage pas la vision politique ni économique de Jacob Zuma. Toutes ces décisions donnent l’impression d’un amateurisme périlleux au sommet de l’Etat et alimentent la campagne pour la destitution du président, dont l’intégrité morale est mise en cause par la foultitude d’affaires dans lesquelles il est désormais impliqué.

    31 mars 2016 : « Nkandlagate », la suite. Le chef de l’Etat subit un revers personnel lorsqu’un arrêt de la Cour constitutionnelle, qui avait été saisie par les partis de l’opposition sud-africaine, abonde dans le sens du rapport de la médiatrice de la République concernant la rénovation de sa résidence privée de Nkandla. La Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays, confirme l’abus des fonds publics et ordonne au président de rembourser dans un délai de 45 jours la somme trop perçue, fixée à 480 000 euros. L’opposition profite du jugement de la Cour constitutionnelle pour appeler à la destitution du président, mais sa motion est rejetée au Parlement, dominé par l’ANC.

    La résidence secondaire du président Jacob Zuma à Nkandla au coeur du scandale en Afrique du Sud. AFP PHOTO / MARCO LONGARI

    Août 2016 : revers électoral historique. Une débâcle électorale inédite attend l’ANC aux municipales. Le parti historique de la lutte anti-apartheid enregistre sa plus forte baisse électorale et son plus faible score national. Il passe sous la barre des 50 % dans trois grandes métropoles : Nelson Mandela Bay où se trouve la ville portuaire de Port Elizabeth, Tshwane, dont relève la capitale Pretoria, et la municipalité qui englobe le hub économique de Johannesburg. Ce recul historique est attribué aux scandales de corruption visant la présidence, mais aussi aux mauvaises performances économiques de l’Afrique du Sud sous Zuma.

    2 novembre 2016 : capture de l’Etat. Au moment où se multiplient les appels à la démission de Jacob Zuma - cité directement ou indirectement dans une dizaine de scandales d’argent et de mœurs - la publication d’un rapport officiel rédigé par la médiatrice de la République fragilise un peu plus le chef de l’Etat. Ce rapport intitulé La prise de contrôle de l’Etat (« State of capture ») révèle l’ampleur de l’influence exercée sur le gouvernement par la richissime famille Gupta, à la tête d’un empire industriel et médiatique. Proches amis de Jacob Zuma dont ils emploient le fils, Duduzane Zuma, dans l’une de leurs nombreuses sociétés, les frères Gupta sont des hommes d’affaires indiens installés dans le pays de fraîche date. Ils sont soupçonnés d’avoir influencé les actions du chef de l’Etat sud-africain, jusqu’à lui avoir imposé la nomination de certains ministres pour favoriser leurs intérêts. Cette nouvelle affaire que les observateurs appellent désormais le « Guptagate » radicalise les positions au sein du parti au pouvoir où le camp du président Zuma est confronté à celui des frondeurs qui défient Jacob Zuma. Ce dernier, qui s’était opposé à la publication du rapport sur les scandales du « Guptagate », très embarrassant pour lui et les siens, répète à qui veut l’entendre qu’il n’a pas peur d’aller en prison puisqu’il a connu les rigueurs de l’emprisonnement sous le régime d’apartheid.

    31 mars 2017 : remaniement bis. Le ministre des Finances Pravin Gordhan, qui incarne la révolte qui gronde au sein de l’ANC, est limogé par Jacob Zuma. Réputé intègre et considéré par les investisseurs comme le garant de la stabilité financière d'une des premières économies d'Afrique, Gordhan est remplacé par Malusi Gigaba, un proche du président. Ce remaniement déclenche une guerre ouverte au sein du parti au pouvoir, avec des milliers de personnes dans les rues, réclamant la démission du président.

    Des membres de l’ANC devant le quartier général du parti, à Johannesburg, pour réclamer le départ du président Jacob Zuma, ce lundi 5 février 2018. MARCO LONGARI / AFP

    Août 2017 : motion de défiance. L’opposition dépose au Parlement une énième motion de défiance visant le président. La procédure exceptionnelle du vote à bulletin secret acceptée par le Parlement ne suffit pas pour rallier les voix des mécontents au sein du parti au pouvoir. La motion est repoussée avec un total de 198 voix contre 177 voix pour le départ du président. Seuls une trentaine de députés de la majorité osent franchir le pas.

    18 décembre 2017 : défaite. Au Congrès national annuel de l’ANC, Cyril Ramaphosa, vice-président de l’Afrique du Sud depuis quatre ans, est élu président du parti. Il remporte le scrutin d’une courte tête contre la candidate soutenue par Jacob Zuma, qui n’est autre que son ex-épouse Nkosazana Dlamini-Zuma. Considéré un temps comme « le fils spirituel de Mandela »,  Ramaphosa a fait un long passage par le milieu d’affaires avant de revenir à la vie politique. Il est soutenu par les hommes d’affaires et les instances décisionnaires de l’ANC. Il veut redorer le blason du parti en renouant avec ses idéaux de solidarité et d’efficacité économique incarnés par la génération de Nelson Mandela. Or, pour y parvenir, il doit pousser Zuma vers la sortie afin de prendre lui-même les rênes des affaires de l’Etat. Mais cela ne peut se faire sans creuser les divisions idéologiques à l'intérieur du parti. Dilemme.

    Janvier- février 2018 : fin de partie. Les négociations s’engagent entre le parti et l’entourage de Jacob Zuma. Le nouveau patron de l’ANC, Cyril Ramaphosa, contrôle désormais tous les rouages du parti, mais ne peut obliger le chef de l’Etat à démissionner, bien qu’il soit issu des rangs du mouvement. Jacob Zuma refuse de se retirer du pouvoir avant la fin de son mandat en 2019.

    14 février 2018 : démission. Au terme d'un long combat avec son parti afin de rester au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat, le président Zuma annonce sa démission. « J’ai décidé de démissionner du poste de président de la République avec effet immédiat, même si je suis en désaccord avec la décision de la direction de mon organisation », a déclaré Jacob Zuma lors d’une allocution télévisée.

    Le président Jacob Zuma quitte Tuynhuys, le bureau présidentiel au Parlement de Cape Town, le 7 février 2018. REUTERS/Sumaya Hisham

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