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    Tâhereh: le double destin d’une hérétique sacralisée

    media Dessin d'Edouard Zier, qui imagine Tâhereh en public sans voile invitant le peuple à s'engager sur la voie des réformes, d'après les récits des diplomates et orientalistes, publié dans le Journal des Voyages, le 5 juin 1892. Edouard Zier

    Il y a plus d’un siècle et demi, une jeune femme lettrée et audacieuse brise dans son pays natal, la Perse, les barrières traditionnelles, religieuses, sociales et légales érigées autour des femmes. Ses transgressions l’amènent à la mort. Elle s’appelait Tâhereh.

    Au bruit des sabots ferrés des chevaux au galop qui s’approchent, la jeune femme « d’une beauté merveilleuse », se lève et se tient prête à partir. Enfermée, depuis trois ans, dans la résidence du lieutenant général de police de la capitale, Mahmoud khân Kalantar, elle est convaincue de son sort. Elle, qui s’était détournée de la croyance religieuse de son époque et avait soutenu et proclamé son abrogation et son renouvellement en brisant de nombreux tabous religieux et sociaux liés au statut de la femme dans la Perse du XIXe siècle, avait scellé son inévitable double destin: celui d’une hérétique bannie et sacrifiée, celui d’une émancipatrice magnifiée et sacralisée. En cette nuit torride du 17 août 1852, Tâhereh, la jeune savante et poétesse persane, parée de toute sa conviction, se dispose à accueillir dans la mort son immortalité.

    Il est « quatre heures après le coucher du soleil ». Lorsque les hommes de troupe frappent à la porte, une autre femme, l’épouse de Kalantar, qui durant cette longue période d’enfermement s’était nouée des liens d’amitié et de respect à l’égard de son éminente hôte et « introduisait auprès d’elle l’élite de la société féminine de Téhéran », est « frappée de terreur ». D’un « pas chancelant », elle se rend au seuil de la chambre de la prisonnière. « Dès qu’elle me vit, elle s’approcha de moi et m’embrassa. Elle me dit un dernier adieu et […] disparu de ma vue. Quelle angoisse s’empara de moi au moment où je vis sa belle stature disparaître peu à peu dans le lointain », confie-t-elle plus tard.

    Tâhereh, « vêtue d’une robe de soie de couleur blanc-neige », est conduite dans le jardin d’Ilkhâni à la lisière des portes de la capitale et confiée à Aziz Khân Sardâr, alors commandant de la garde royale, en charge de son exécution. Elle est étranglée par un « soudard ivre » à l’aide d’un foulard, peut-être, pour mieux laver l’affront de son offense d’avoir apparu publiquement sans voile et mieux étouffer l’audace d’une voix qui avait annoncé l’abrogation de l’ordre établi, l’ordre dans lequel les femmes vivaient assignées à résidence. Elle avait proclamé aussi l’avènement d’une ère nouvelle où se brisaient « les chaînes du passé », disait-elle.  Son corps est jeté au fond d’un puits et couvert immédiatement d’un amas de pierre et de terre afin que toute trace de son existence disparaisse à jamais et qu’elle ne puisse plus subjuguer, par la force de sa parole, les esprits aiguisés. Elle, qui selon le Dr. Jakob Eduard Polak, le médecin autrichien du roi, « affronta sa mort terrible avec une force surhumaine », venait d’avoir 36 ans.

    Mais le souffle de sa passion et de son ardeur, qui flottait discrètement dans la conscience blessée d’une histoire reniée, vivifie aujourd’hui la vague des revendications de liberté et d’égalité pour les femmes de son pays natal. Un siècle et demi après sa mort, elle est considérée par beaucoup comme « le premier personnage marquant de l’histoire des mouvements féministes en Iran ». Nombre de femmes, d’écoles, d’hôpitaux et d’organisations sur les cinq continents portent aujourd’hui son nom.

    Une intellectuelle précoce

    Tâhereh est née dans une famille de savants religieux, laquelle est le miroir des divisions, des déchirements et de la complexité de la société persane de cette époque. Son père, Mulla Mohamad Saleh Baraghani, et son grand-oncle, Mulla Mohamad Taqi Baraghani, d’illustres théologiens chiites de Qazvin, ville située à l’ouest de Téhéran, luttent avec véhémence contre un nouveau courant religieux chiite, le shaykhisme, auquel adhèrent sa mère, son oncle cadet et plus tard elle-même, sa sœur et son beau-frère.

    Comme c’est le cas de la majorité des unions contractées dans les familles traditionnelles et religieuses de son époque, Tâhereh n’a encore que 14 ans quand elle est donnée en mariage à son cousin, Mohamad Ali Baraghani, lui aussi un jeune docte conservateur. Mais Târereh est alors captivée par sa passion des connaissances qu’elle considère comme libératrices.

    Elle, qui avant l’adolescence est déjà « conservatrice du Coran », c’est-à-dire, celle qui connait et récite par cœur le Livre Saint et qui, avant le mariage, maîtrise la littérature et la poétique persanes, les sciences religieuses, la philosophie et la gnose a entrepris à présent une correspondance régulière avec quelques savants de son époque pour élargir et approfondir ses connaissances.

    L'engagement en faveur du shaykhisme

    L’installation de Tâhereh en compagnie de son mari et de quelques autres jeunes de la famille dans les villes saintes du chiisme en Mésopotamie, où sont implantés les plus prestigieux centres d’études théologiques, lui offre l’occasion de parfaire son érudition. Mais, contrairement à son mari qui suit les enseignements religieux ûsulis, Tâhereh noue des liens avec les savants et les cercles shaykhistes alors en ébullition. Elle y devient une figure importante.

    Après plus d’une décennie de séjour sur les lieux saints du chiisme, la famille retourne en Iran et Tâhereh s’éloigne de plus en plus de son mari en raison d’une « mésentente intellectuelle et spirituelle ». Il semble que son couple battait de l’aile dès l’aube de leur union.

    Tâhereh s’engage audacieusement dans la défense de ses convictions et demande, en vain, à être reconnue comme « mujtahid », celui qui par sa réflexion peut prononcer une interprétation personnelle sur un point de droit musulman. Les plus grands mujtahids, tout en reconnaissant sa compétence, lui signifient qu’une telle autorisation ne peut être accordée à une femme.

    Elle « répudie » son mari, acte inadmissible et impensable pour une femme, dans ce milieu et en ce temps, lui abandonne ses enfants et retourne, en compagnie de sa sœur Marzieh et de son beau-frère, à Karbala, en Mésopotamie, pour rejoindre le chef du shaykhisme d’alors, Seyyed Kazem Rashti. Elle y arrive en janvier 1844, dix jours après la mort du maître. On lui confie ses séminaires qu’elle anime avec autorité derrière un rideau. C’est une première pour une femme et constitue en soi une révolution.

    Les disciples de Seyyed Kazem Rashti sont à la recherche du « Promis » et le reconnaissent en la personne de Seyyed Ali Mohamad Shirazi dit désormais le Bâb (la Porte, porte par laquelle on parvient à la connaissance de la Vérité). Il prônait l’émancipation des femmes et préconisait de vastes réformes sociales et éthiques. Tâhereh déclare son adhésion et entreprend ouvertement et avec enthousiasme la propagation de la nouvelle voix devenant rapidement foi. Elle rejette désormais la Taqîya, une pratique chiite qui autorise à dissimuler ou renier sa foi pour éviter la persécution. Elle la revendique ; elle la proclame.

    Son ravissement est infini ; son ardeur est immense. Elle enchante et entraîne la foule ; fascine et effare les autorités religieuses. Le gouverneur ottoman de la Mésopotamie l’expulse vers son pays natal, l’Iran. Sur le chemin de retour, dans chaque ville, chaque village, Tâhereh engage les oulémas et la population à se rallier au mouvement. Elle entend aller à la Cour et inciter le Roi à soutenir la nouvelle cause. Mais, les émissaires de la famille la ramènent à Qazvin.

    Briser « les chaînes du passé »

    Le bâbisme « faisait d’incontestables progrès », selon le Journal des Voyages du 5 juin 1892, et « le nombre de ses adeptes allait croissant rapidement ». Ils étaient considérés comme des « révolutionnaires » qui « menaçaient la loi du prophète » et peut-être « le trône » du Souverain. Le Bâb est arrêté et enfermé dans une tour difficilement accessible dans les montagnes du nord-ouest du pays. Ses partisans les plus influents se réunirent en juin 1848 dans le village de Badasht pour, dit-on, préparer sa libération. C’est lors de ce rassemblement que sur l’insistance de Tâhereh et en dépit de quelques discordes et dissidences adeptes de la prudence, la séparation entière et absolue d’avec la Charia est proclamée. Pour célébrer et sceller « l'abrogation de la loi de l’islam », Tâhereh apparaît publiquement sans voile et déclare ce jour-là comme « un jour de réjouissance universelle, le jour où se brisent les chaînes du passé ».

    Cet acte inconcevable et audacieux marque, certes, l’histoire du mouvement religieux, mais initie aussi la formation du mouvement féminin en Iran. Beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur le sens de cette action : conviction religieuse pour illustrer une prophétie ou engagement social pour initier une évolution ? Mais, est-il possible, sans déformer sa pensée, d’établir une distinction ? Tâhereh était habitée par une âme émancipée, inconciliable avec le conservatisme, en quête de progrès. C’est cet esprit de liberté qui la conduit sur des chemins abrupts pour « briser les chaînes du passé ». Ce passé est à la fois religieux, social et culturel.

    Le Bâb est passé par les armes le 9 juillet 1850. Quatre de ses partisans attentent à la vie du roi, lequel y échappe avec quelques égratignures. « Le règne de la terreur », commence selon le témoignage de Madame Carla Serena*. Ce n’est « qu’exécutions et massacres ». Tâhereh est arrêtée et, en l’absence de prison pour les femmes, elle est enfermée dans les combles de la résidence du lieutenant général de police de Téhéran. Son arrêt de mort est décrété par deux grands oulémas de la capitale, Haji Molla Ali Kani et Haji Mirza Mohamad Andarmani qui, vu sa stature et son ascendance, avaient la mission de lui arracher un repentir, ne serait-ce que fallacieux. Elle ne s’y prête pas. Elle aurait dit « vous avez la liberté de m’exécutez, mais jamais vous n’arriverez à priver les femmes d’accéder à la liberté ».

    Pour en savoir plus :

    Jalal Alavinia et Thérèse Marini, Tâhereh lève le voile - Vie et œuvre de Tâhereh, la pure (1817-1852), poétesse, pionnière du mouvement féministe en Iran du XIXe siècle, Editions L’Harmattan, 2014.

    *Madame Carla Serena, Hommes et choses en Perse, éditions Charpentier, 1883.

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