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    Hebdo

    Vers des militaires élus dans les mairies françaises

    media Elèves de l'école militaire de Saint-Cyr descendant les Champs-Elysées le 14 juillet 2017. REUTERS/Charles Platiau

    L’évolution de la loi pourrait permettre d’ici quelques mois à des militaires de candidater à des postes de conseillers municipaux. A travers celle-ci, c’est toute la relation entre les armées et la politique qui est en train de se transformer.

    Dans quelques mois, les militaires français en activité pourraient être autorisés à candidater sur des listes aux élections municipales. Le projet de Loi de programmation militaire (LPM) 2018-2025, actuellement discuté par les parlementaires, prévoit dans son article 18 d’autoriser les hommes et femmes portant l’uniforme à assumer des fonctions de conseillers municipaux dans les communes de moins de 3 500 habitants, en dehors des positions de maire et d’adjoint.

    Un amendement adopté par les parlementaires fait passer la limite des villes concernées de 3000 à 9000 habitants, élargissant le champ des possibles pour les militaires intéressés.

    Actuellement, les militaires français n’ont pas le droit d’adhérer à un parti politique tant qu’ils sont en activité. Ils peuvent, lors de campagnes électorales, demander un « détachement » qui leur permettra en cas de victoire de mener à bien leur mandat. Cependant, tant qu’ils sont détachés, les concernés ne touchent plus leur solde : impossible pour eux de vivre avec la maigre enveloppe remise au conseiller municipal d’une petite ville. Le Conseil constitutionnel a donc tranché : il doit être possible pour un militaire, comme pour n’importe quel citoyen, de participer à la vie politique locale.

    Des forces vives pour le monde rural

    Ce projet de loi concerne 92% des communes, accueillant un tiers des Français. Des collectivités qui peinent à trouver des volontaires pour s’occuper des conseils municipaux. Le général Jean-François Delochre est conseiller municipal de Denée, 1 400 habitants, depuis qu’il est à la retraite. Il témoigne de l’ampleur de la tâche : « C’est très compliqué, beaucoup se démoralisent. Pour ces communes, il y a de gros besoins. Elles sont demandeuses de compétences. C’est un travail professionnel, avec une réglementation phénoménale. »

    L’officier remarque qu’une telle démarche, positive, permettrait de plus « d'irriguer la vie politique ». C’est ce que confirme l’adjudant Loïc Corrégé, ancien militaire depuis à peine vingt-quatre heures. Séduit par la campagne d’Emmanuel Macron, il se lance pour sa part dans la campagne des législatives en juin dernier pour La République en Marche (LREM). Pour lui, participer à la vie politique locale « est un moyen d’intégrer les militaires à la vie de la commune ».

    Ces ressources sont globalement bien accueillies, comme l’a découvert Loïc Corrégé : « Nous sommes perçus comme rigoureux. Nous avons appris à commander de manière humaine, en remerciant les gens, ce qui n’est pas toujours le cas en politique » Un savoir-faire et un « savoir-être », comme aiment le dire les militaires, qui suscitent curiosité et confiance.

    Le dilemme de la disponibilité

    La LPM est claire : le militaire doit donner la priorité au service et à ses missions. Cela peut rapidement être contraignant, dès lors qu’il doit partir en opération à l’étranger ou être muté à l’autre bout du pays. Pour le général Delochre, c’est le principal défi, notamment pour ces mandats d’une durée de six ans : « C’est difficilement compatible avec la vie opérationnelle. Quand on arrive dans un petit village, il faut du temps pour se faire admettre. »

    « Tout métier a des inconvénients, relativise l’adjudant Loïc Corrégé. Un boulanger aussi a tout un tas de contraintes ». La capitaine Laetitia Saint-Paul, officier en disponibilité et députée LREM, veut en tout cas y croire : « Dans les communes, tout le monde a un emploi, sauf les retraités. En plus, aujourd’hui, beaucoup de choses peuvent se traiter à distance. » N’ayant pu prétendre à un mandat local lorsqu’elle était en activité, elle avait fait le choix de s’investir dans la vie associative. Pour elle, les contraintes sont comparables et surmontables.

    Militaires et politiques

    Ces dernières années, un nombre croissant de militaires s’est lancé en politique. Traditionnellement, on en trouve dans les états-majors des grands partis, notamment pour travailler sur les questions de sécurité et de défense. En 2017, un général à la retraite a tenté sa chance à l’élection présidentielle. D’autres se sont lancés dans les législatives. Tout cela laisse augurer que la « Grande Muette» n’a plus de raisons de porter ce sobriquet qui faisait écho à l’interdiction de vote des officiers et des conscrits sous la IIIe République.

    Reste la question de la neutralité, toujours imposée aux militaires : ils ne doivent pas exprimer de préférences politiques, religieuses ou philosophiques. Un tabou qui pourrait s’effriter. Laetitia Saint-Paul s’en amuse : « Au café, à l’armée, comme n’importe où ailleurs, on parle politique et il n’est pas difficile de savoir qui vote pour qui ».

    La fibre politique, cette militaire députée a commencé à l’acquérir lors d’un déploiement en Allemagne : sa compagnie, jumelée avec plusieurs communes, est plongée dans la vie politique locale. Outre-Rhin, les militaires ont en effet le droit de se syndiquer ou de prétendre à des mandats politiques. Le général Delochre aussi a découvert cette logique là-bas : « Il y avait des militaires élus. Ça n’en faisait pas de mauvais officiers ». Ceux qui ont commencé cette aventure en France sont en tout cas unanimes sur leur agréable surprise : leur hiérarchie et leurs camarades les ont soutenus et encouragés dans leurs démarches.

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