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    Le poison, arme discrète des services spéciaux

    media Un policier britannique devant le restaurant où Sergueï Skripal et sa fille ont été empoisonnés dans le centre de Salisbury, au Royaume-Uni, le 8 mars 2018. REUTERS/Peter Nicholls

    La Première ministre Theresa May a jugé la Russie « coupable » de l'empoisonnement d’un ex-espion russe à Londres et a annoncé la « suspension des contacts bilatéraux » avec Moscou et l'expulsion de vingt-trois diplomates russes du Royaume-Uni. Sergueï Skripal a été retrouvé agonisant sur un banc avec sa fille le 4 mars. Si la Russie nie toute implication, cet événement relance le débat sur l’utilisation des poisons par les différents services spéciaux.

    Discrets et indétectables, ils sont censés simuler une mort naturelle. Bien que prohibés par la Convention sur l'interdiction des armes chimiques signée en 1993 et entrée en vigueur en 1997, les poisons ont souvent été utilisés par les services spéciaux, notamment russes, pour éliminer des opposants. Le cas le plus connu est celui d’Alexandre Litvinenko, décédé à Londres en 2006 après avoir ingéré une substance radioactive. Les services russes ont rejetté les accusations sur leur éventuelle implication dans ce meurtre.

    « Côté Russie, il y a une très longue tradition d’utilisation du poison, note Dominique Fonvielle, ancien officier de renseignement à la DGSE, et auteur de Mémoire d’un agent secret (Flammarion, 2002). On peut remonter à Ivan le Terrible, à tous les tsars qui ont utilisé le poison contre leurs opposants ou leurs ennemis personnels ». Le KGB, le service de renseignement russe, a développé « deux types de poisons », explique-t-il. Le premier « à effet immédiat, pensé pour assassiner », et le second, plus lent « qui peut agir sur trois, six mois, un an », note l’ancien agent.

    «Défigurer quelqu’un, plus efficace que le tuer»

    Par le poison lent, les services russes visent l’asservissement de leurs opposants et de leurs familles à travers des intoxications d’intensité moyenne qui nécessitent régulièrement des soins intensifs. L’un des cas les plus connus est celui de candidat Viktor Iouchtchenko, qui tombe malade au beau milieu de l’élection présidentielle ukrainienne de 2004. Lorsqu’il réapparaît, son visage est ravagé à la suite de l'ingestion d’une dose presque mortelle de dioxine. Bien qu’aucune responsabilité n’ait été formellement établie, les soupçons se portent immédiatement sur les services de sécurité russes et ukrainiens.

    « Défigurer quelqu’un peut s’avérer parfois beaucoup plus efficace que le tuer. En plus de déstabiliser la personne du point de vue de sa santé, à chaque apparition en public, le message est clair : "Voilà ce qui risque de vous arriver" », détaille Dominique Fonvielle. Dans le cas de Viktor Iouchtchenko, note cependant l’ancien agent, « il a utilisé cette tentative à son profit pour montrer à quel point l’adversaire russe était pervers ». Après son empoisonnement, l’homme politique reprend d’ailleurs sa campagne et finit par gagner l’élection.

    Dans la plupart des cas, les poisons lents permettent de faire peser une charge sur les proches de la victime, réduite au silence. « Quand quelqu’un meurt, on peut faire son deuil, ce qui n’est pas le cas quand vous avez dans une maison quelqu’un sous assistance respiratoire, qui n’arrive pas à mourir », précise l'ancien officier de renseignement.

    Le poison, une « signature »

    Dans l’affaire Sergueï Skripal, le Kremlin nie toute implication et aucune preuve formelle ne permet pour l'instant de lier les services de sécurité russes à cette tentative d’assassinat. L’ex-espion a été empoisonné au Novichok, une substance cinq à dix fois plus létale que les deux autres agents innervant les plus connus : le gaz sarin, utilisé par le régime de Bachar el-Assad contre ses adversaires en Syrie, et le VX. « Polonium, fipronil, Novichok… On sait très bien que quand quelqu’un est empoisonné avec quelque chose de sophistiqué, c’est signé Russie », explique Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE.

    Si les services secrets russes ont un certain passif en matière d’assassinats de dissidents et d’espions avec du poison, ils ne sont pas les seuls à en fabriquer. « Les poisons, on en fabrique partout », détaille Alain Chouet, ancien chef d’un service qui s’occupe du recueil du renseignement et de la mise en œuvre des mesures actives en matière de contre-espionnage et de contre-terrorisme.

    « Tout le monde ne les utilise pas, tempère-t-il, mais les services spéciaux ont pour mission de prévoir toutes les possibilités. La CIA possède donc des labos où on prévoit éventuellement d’empoisonner des gens, mais également de les fusiller ou les torturer ».

    «Il a pris le médicament»

    La Corée du Nord n’est pas en reste. Le 13 février 2017, Kim Jong-nam, demi-frère en disgrâce du dirigeant Kim Jong-un, est assassiné en plein jour à l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie. Des traces de VX, un agent neurotoxique classé comme arme de destruction massive, ont été découvertes sur son visage et dans ses yeux lors d’examens médico-légaux.

    Selon Alain Chouet, cette utilisation du poison n’est pas une surprise, car « les Coréens du Nord sont à l’école soviétique. D’ailleurs, ils ont très peu de défecteurs, tout comme les services chinois. Les agents ont la certitude absolue qu’où qu’ils soient on les retrouvera ».

    Sur le continent africain, très peu d’informations circulent sur la fabrication des poisons ; ils seraient utilisés contre les opposants, notamment en Afrique équatoriale. D’ailleurs, la peur de l’empoisonnement est répandue dans de nombreuses sociétés africaines. Dominique Fonvielle, qui est également un ancien chef de poste et officier traitant en Afrique de l'Ouest, raconte qu’une expression au Gabon consiste à dire : « Il a pris le médicament » pour signifier « il s’est fait empoisonner ».

    Au Moyen-Orient, les cas sont plus rares. En 1997, la tentative d’assassinat sur un ancien chef du mouvement islamiste palestinien Hamas, Khaled Mechaal, se solde par un échec et les services spéciaux israéliens se voient contraints de fournir l’antidote. « Au Moyen-Orient, on s’assassine de façon classique et traditionnelle, au fusil, au couteau, à la kalachnikov, moins au poison », explique Alain Chouet. « Le Mossad n’a pas une culture unique en matière d’assassinat », complète Dominique Fonvielle.

    Et en France ?

    En France, les cas d’empoisonnements sont également plutôt rares. On peut citer celui de Félix Moumié, leader de l’Union des populations du Cameroun (UPC) et figure du nationalisme camerounais, assassiné à Genève par un agent français en 1960. Un épisode raconté dans le livre Je n’ai pas tout dit (Pion et Perrin, 2001) de Paul Aussaresses, ancien membre du service action du SDECE, l'actuelle DGSE.

    « Lorsqu’ils veulent faire disparaître quelqu’un, les services spéciaux français ont plutôt tendance à le faire écraser par un autobus, tomber dans une rivière pendant une partie de pêche, tomber dans la cage d’ascenseur. Il n’y a pas de "signature" française, car l’Etat donneur d’ordre ne veut pas qu’on sache que c’est lui », souligne Alain Chouet.

    Dominique Fonvielle complète : « Les services français ont davantage travaillé sur des moyens de traçage, d’identification. Il y a un laboratoire de chimie qui fonctionne bien, mais le poison n’est pas vraiment dans la culture française, même s’il y a eu des recherches dans ce domaine ».

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