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    Salon du livre 2018: les jeunes auteurs russes face à l'impossible mémoire

    media Sacha Filipenko, auteur biélorusse d'expression russe, auteur de «Croix rouges» (2018, Editions Syrtes) RFI/Librairie du Globe

    Cette année, la littérature russe est à l’honneur au Salon du livre de Paris. Parmi les jeunes auteurs russes, plusieurs s’interrogent sur le passé de leur pays pour mieux comprendre le présent. La mémoire devient le thème central de ces écrivains trentenaires qui n’ont même pas connu l’époque de l’Union soviétique.

    С’est à l’âge de 15 ans, en survolant la taïga, la forêt boréale, à bord d’un hélicoptère qui l’emmenait en expédition géologique avec ses parents, que Sergueï Lebedev aperçoit du ciel les vestiges des baraquements du goulag. « L’Atlantide des camps », comme il les appellera plus tard. Fils de géologues et lui-même géologue de formation, Sergueï Lebedev, qui a aujourd’hui 36 ans, se reconvertit en journaliste avant de devenir écrivain. Cette image de baraquements moisis disparaissant dans la forêt le hantera ainsi que l’histoire de sa propre famille.

    A la mort de sa grand-mère, le futur écrivain découvre dans le fouillis de ses affaires des médailles et décorations militaires de son deuxième mari. Sergueï Lebedev apprend alors que ce dernier était un colonel du NKVD, la police secrète soviétique, et travaillait comme adjoint du directeur dans un des camps staliniens. « Un squelette dans le placard de l’histoire familiale en a fait sortir d’autres ». C’est ainsi qu’il parle de ses trois romans, tous dédiés à l’impossible mémoire du passé, à l’héritage enfoui des répressions. Deux de ses livres, La Limite de l’oubli (2013) et L’Année de la comète (2016), sont traduits en français aux éditions Verdier.

    La géologie a non seulement permis au jeune auteur russe de découvrir les vestiges physiques du goulag mais lui a aussi appris à manier la langue : Sergueï Lebedev écrit comme s’il soulevait les couches du temps en essayant de s’approcher de la lithosphère de la mémoire.

    « J’étais encore enfant lorsque je le compris. A plusieurs reprises, je lui demandai s’il avait fait la guerre, et il me répondit que non, on n’avait pas voulu de lui dans l’armée. Or je savais par sa femme de ménage que chez lui, dans une boîte à bonbons, il gardait ses décorations. J’en conclus que pendant la guerre, il avait accompli quelque chose d’indiciblement effrayant, qui se trouvait en marge des films, des tableaux, des récits. Je pensais que les héros dont on avait connaissance infligeaient à l’ennemi une première mort, celle qui advient sur le papier, sur la toile ou sur la pellicule, mais qu’il devait bien y avoir quelqu’un qui restât en marge des pages, hors cadre, qui tuât les Allemands d’une vraie mort mortelle, et il me semblait que l’Autre Grand-Père pouvait être une de ces rares personnes ».

    Sergueï Lebedev
    La Limite de l’oubli
    Traduit du russe par Luba Jurgenson
    Editions Verdier

    Sacha Filipenko, sur les traces de la mémoire

    A 33 ans, Sacha Filipenko, auteur biélorusse de langue russe traîne déjà dans ses bagages quatre romans. Le dernier, Croix rouges (2018), est paru en français aux éditions des Syrtes. Un jour, un lecteur passionné d’histoire a parlé à Sacha d’une étonnante découverte. Il s’agissait des lettres envoyées par la Croix-Rouge aux autorités soviétiques à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Lettres auxquelles l’URSS n’a apparemment jamais daigné répondre.

    « N’en parlez à personne », a supplié Filipenko ce lecteur prénommé Konstantin Bogouslavski. Ensemble, Sacha et Konstantin ont enquêté pendant deux ans, notamment dans les archives de la Croix-Rouge à Genève, sans jamais être autorisés à pénétrer dans les archives russes. Peu importe, les documents trouvés à Genève ont suffi à Filipenko pour écrire Croix rouges.

    Tout commence par une rencontre dans la cage d’escalier d’un immeuble à Minsk, la capitale biélorusse, entre Sacha, le narrateur, et Tatiana Alexeïevna, une femme de 91 ans atteinte d’Alzheimer. A son jeune voisin, cette dernière raconte sa vie qu’elle s’accroche à ne pas oublier : naissance à Londres, installation en URSS, travail au ministère des Affaires étrangères des Soviets, premier amour et dix ans au goulag dans un camp pour les femmes de traîtres. Dans ce roman laconique, rythmé par les vraies dépêches de la Croix-Rouge, Sacha Filipenko pose, lui aussi, la question d’une mémoire qui s’efface, d’une société entière malade d’Alzheimer mais qui, contrairement à son héroïne, ne veut pas se souvenir de son troublant passé.

    « Parfois, après avoir bu, le chef du camp organisait une attraction, toujours la même. Il prenait une pelle, y jetait un morceau de viande avariée et sortait dans la cour. Chaque détenue pouvait quitter sa "plus-huit", se traîner à genoux jusqu’à la pelle et couper avec ses dents le plus gros morceau qu’elle pouvait. (…) Je pensais que le plus effrayant, ce n’était pas que des détenues épuisées essaient d’arracher un morceau de viande avec leurs dents, c’était que si nous ne changions rien, si le monde restait dans l’ignorance de ces horreurs, dans cinquante ans se cristalliserait un homme qui mangerait dans une pelle de par sa propre volonté. Et s’il n’y a ni douloureuse prise de conscience, ni repentir de la part de ce pouvoir, cet homme fera la queue devant une pelle pleine de blinis et sera heureux, il y mangera avec plaisir, car un tel homme n’est pas prisonnier dans un camp, mais en lui-même ».

    Sacha Filipenko
    Croix rouges
    Traduit du russe par Anne-Marie Tatsis-Botton
    Editions Syrtes

    L’Appartement, l’encyclopédie d’une vie russe au XXe siècle

    L’Appartement, un siècle d’histoire russe (Louison, 2018) est du genre inclassable dans le paysage éditorial russe. Plus qu’une bande dessinée, ce roman graphique magnifiquement illustré par la jeune dessinatrice Ania Desnitskaïa et écrit par Alexandra Litvina, raconte la vie d’une famille prise dans les tourments du siècle passé.

    On pénètre dans les entrailles de l’appartement chaleureux et cossu de la famille Mouromtsev en 1902, au moment de l'emménagement. Le maître de maison, Ilya Stepanovitch, range les livres, les domestiques s’affairent au fond d’une des chambres, la vie dans le nouveau foyer s’annonce paisible et bienveillante.

    Puis, la guerre éclate en 1914, suivie par la révolution en 1917. Les cuillères en argent de famille sont échangées au marché noir contre un morceau de viande de cheval. L’une des chambres est occupée par un commissaire rouge. La maison qui, jadis, promettait le bonheur se transforme en bruyant appartement communautaire. On ne le quittera qu’en 2002 après avoir vécu avec ses habitants les arrestations de 1937, la Grande guerre patriotique (1941-1945), le vol dans l’espace de Youri Gagarine et enfin la perestroïka.

    Pour reconstruire ces images du XXe siècle russe, les deux auteures se sont inspirées de leurs propres histoires familiales et se sont servies de documents trouvés dans les archives de leurs grands-parents.

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