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    Hebdo

    Kenyatta vs Odinga: début et fin d'une guerre dynastique au Kenya

    media A gauche le président kenyan Uhuru Kenyatta et Raila Odinga, leader du parti d'opposition (NASA), le 9 mars 2018 à Nairobi, au Kenya. ©SIMON MAINA/AFP

    Le rapprochement inattendu entre l’homme fort du pouvoir Uhuru Kenyatta et le chef de l’opposition Raila Odinga, a créé la surprise et le soulagement au Kenya où la population a assisté avec inquiétude ces derniers mois à la montée inexorable des tensions politico-ethniques. Les rapports conflictuels entre les Kenyatta et les Odinga ont en effet forgé la vie politique kényane depuis l’indépendance en 1963. Les analystes croient que la fin des rivalités entre ces deux dynasties dominantes sera propice à l’accélération du développement économique dans ce pays qui fait figure de modèle en Afrique orientale.

    C’est avec un profond sentiment d’étonnement mêlé d’incrédulité que les Kényans ont assisté, le 9 mars dernier, à la scène de réconciliation en direct, à la télévision nationale, de leur président Uhuru Kenyatta avec son opposant de toujours, Raila Odinga.

    Plus habitués à voir les deux leaders s’invectiver, surtout depuis la réélection contestée du premier l’année dernière, ils pouvaient difficilement en croire leurs yeux. L’opposant n’a-t-il pas été accusé, récemment encore, de « haute trahison », par le régime Kenyatta et ses soutiens ?

    Voilà désormais les deux hommes, main dans la main au perron de la Harambee House, le palais de la présidence kényane, promettant d’enterrer la hache de guerre pour œuvrer désormais ensemble à la construction d’« une nation unie, harmonieuse et stable ».

    Un équilibre fragile

    Pour nombre d’observateurs, cet accord de réconciliation entre les deux principaux protagonistes de la vie politique kényane constitue un véritable tournant historique. « Un rapprochement aussi inattendu que significatif », commentent les experts de l’International Crisis Group (ICG).

    En effet, le Kenya revient de loin. Après le déchaînement de violences suite au scrutin présidentiel de 2007 qui avait fait plus de mille morts et de centaines de milliers de déplacés, faisant planer la menace de la guerre civile, ce pays avait commencé à remonter la pente au cours des dernières années.

    Mais c’était sans compter sur la classe politique du Kenya qui surfe depuis l’indépendance sur les antagonismes ethniques pour remporter les élections. Au risque de bouleverser l’équilibre fragile qui sous-tend le développement de ce pays, longtemps considéré comme un modèle d’avancée économique et démocratique dans une Afrique de l’Est déchirée par la guerre.

    Le scrutin présidentiel de 2017 qui a opposé l’actuel chef de l’Etat, appartenant à l’ethnie majoritaire kikuyu, à Raila Odinga de l’ethnie minoritaire luo, a vu de nouveau les rivalités communautaires s’exacerber. Les tensions se sont aggravéeslorsque la Cour suprême a annulé la réélection entachée d’irrégularités de Uhuru Kenyatta, le 1er septembre 2017.

    Une nouvelle élection a été organisée le 26 octobre. Cette fois, Uhuru Kenyatta, en poste depuis 2013 et candidat à sa propre succession, a remporté le scrutin avec 98% des voix. Des résultats que Raila Odinga et ses partisans qui avaient boycotté ce scrutin « illégitime », n’ont toujours pas reconnus.

    Depuis cette présidentielle marquée par des accrochages graves entre les partisans des deux candidats qui ont fait, selon les observateurs de l’ICG, de nombreuses victimes, une centaine d'après la presse kényane, tuées pour la plupart par la police, la tension politique est montée de plusieurs crans dans le pays. En janvier dernier, Raila Odinga a même défié le pouvoir en se faisant sacrer « président du peuple » lors d’une cérémonie symbolique organisée par son parti au centre de la capitale, Nairobi.

    La réponse du gouvernement n’a pas tardé : coupure de signal pour quatre chaînes de télévision pendant plusieurs jours et non-respect d’une série de décisions de justice, arrestations de plusieurs membres de l’entourage de l’opposant, laissant craindre l’imminence d’une nouvelle explosion de violences entre les partisans des deux camps.

    Consciente du risque, la communauté internationale avait appelé le gouvernement et l’opposition à prendre langue pour sortir le pays de la crise. La rencontre-surprise entre les deux principaux protagonistes de la vie politique kényane a eu lieu en fait quelques heures avant l’arrivée à Nairobi de Rex Tillerson, ancien secrétaire d’Etat américain.

    Dynasties politiques

    En réalité, l’antagonisme entre les deux leaders dépasse leurs personnes pour s’inscrire dans l’histoire récente du Kenya. Héritiers de dynasties puissantes et riches, ils font partie de l’élite politique qui gouverne le pays depuis l’indépendance.

    Le chef de l’Etat Uhuru Kenyatta est le fils de Jomo Kenyatta, considéré comme le père fondateur de la nation kényane et président du pays de 1963 à 1987, alors que le père de Raila Odinga n’est autre que Jaramogi Oginga Odinga, qui fut brièvement vice-président au temps de Kenyatta père, avant d’entrer dans l’opposition. La rivalité entre les deux hommes a forgé l’histoire du Kenya post-colonial.

    De gauche à droite : Oginga Odinga, le président Jomo Kenyatta et le ministre de la Défense, Njoroge Mungai lors des célébrations du deuxième anniversaire de l'indépendance du Kenya, le 16 septembre 1965. AFP

    Les deux hommes se sont connus dans les années 1950 en pleine période coloniale. Le père Odinga était un homme d’affaires prospère entré dans la politique sous l’influence de Jomo Kenyatta. Devenu la bête noire des Anglais, ce dernier est pour son peuple une figure de légende, dont le nom est associé à la montée du nationalisme kényan.

    Accusé d’être le leader du mouvement de guérilla Mau Mau dont les attaques terroristes contre les intérêts britanniques avaient ébranlé les régimes coloniaux, il a passé les dix dernières années de la colonisation dans les prisons de haute sécurité, alors que Londres négociait avec Odinga père les modalités de la décolonisation du Kenya.

    Les Britanniques auraient aimé voir Oginga Odinga, plus connu sous le sobriquet de «  double O », diriger le pays après leur départ, mais conscient de la popularité de Kenyatta parmi le petit peuple, ce dernier a décliné l’offre. Il a au contraire milité pour la libération de Kenyatta et pour l’indépendance du Kenya, survenue en décembre 1963.

    « Sans le soutien d’Odinga, explique un spécialiste de la politique kényane dans les colonnes du New York Times, Kenyatta n’aurait jamais pu recouvrer la liberté, ni n'aurait pu devenir Premier ministre puis président ». Kenyatta remerciera son fidèle ami en faisant de lui le numéro 2 de son régime, mais leurs chemins se séparent en 1966, lorsque « double O » quitte avec pertes et fracas le gouvernement, accusant son mentor d’être devenu un « laquais » des impérialistes occidentaux. Il fonde alors son propre parti.

    Paradoxalement, après avoir combattu les Britanniques avec force, Jomo Kenyatta devenu président s’était rapproché des puissances occidentales et pratiquait une politique plus tribaliste que nationaliste, accaparant pour sa famille et ses amis, tous issus de la communauté kikuyu, de vastes fermes agricoles qui avaient appartenu aux colons britanniques.

    Les Kenyatta sont aujourd’hui l’une des familles les plus riches du Kenya, à la tête d’un empire financier doublé d’un empire agricole qui compte des plantations de thé et de café et surtout plus de 200 000 hectares de terre achetées par Jomo Kenyatta au gouvernement britannique lors de l’indépendance, via un programme public de transfert foncier à bas prix.

    Odinga père militait pour sa part pour une redistribution plus équitable des terres parmi les différentes ethnies et la décentralisation du pouvoir. Soutenu par les Chinois et les Russes, Jaramogi Oginga Odinga était considéré comme un dangereux « communiste », un crime qui ne se pardonne pas dans le Kenya devenu satellite des Etats-Unis pendant la guerre froide. Tout a été donc fait pour le tenir à l’écart du pouvoir, son parti politique interdit et lui-même jeté en prison pendant plusieurs mois.

    La situation s’est dégradée pour l’opposition kényane à partir de 1969 lorsque Jomo Kenyatta a imposé le parti unique et rendu quasi-impériale sa présidence, se dotant de pouvoirs dictatoriaux. Il faudra attendre les années 2000 pour que le Kenya renoue avec le multipartisme et adopte en 2010 une nouvelle Constitution,  plus respectueuse des droits de l’homme et des libertés. Mais entretemps, la première génération des Kenyatta et Odinga ayant disparu, le leadership du pays a changé de mains, passant des pères fondateurs à la génération suivante.

    Tel père, tel fils

    L’aîné des deux rivaux, Raila Odinga, n’a pas attendu la disparition de son père en 1994 pour prendre ses marques dans la vie politique kényane. A 73 ans, l’homme est un vétéran de la politique, chef de file de l’opposition, Premier ministre, sans toutefois avoir jamais gagné l’élection présidentielle à laquelle il s’est présenté à quatre reprises, en 1997, 2007, 2013 et 2017.

    Tout comme son père, éternel second, l’homme a une revanche à prendre sur l’Histoire et cette ambition a été le véritable moteur de l’action politique du fils Odinga, le conduisant à changer régulièrement de partis et d’alliances au gré des avantages qu’il pouvait en récolter. C’est ainsi qu’après avoir été le principal opposant de Daniel Arap Moi, le successeur de Jomo Kenyatta, qui le fera embastiller, l’accusant d’avoir fomenté un coup d’Etat contre lui en 1982, il s’alliera avec lui jusqu’à faire partie de son gouvernement.

    A la présidentielle de 2002, il soutient la candidature de l’opposant Mwai Kibaki et l’aide à l’emporter le scrutin, avant de s’en séparer lorsqu’il comprend que le nouveau président n’a aucune intention de partager le pouvoir avec lui, comme le voulait leur contrat tacite.

    En 2007, candidat lui-même à la présidence, Raila Odinga croisera le chemin pour la première fois d’Uhuru Kenyatta, allié du président sortant Kibaki qui est candidat à sa propre succession. A cause d’une campagne menée sur des bases purement ethniques, la contestation qui suit l’annonce de la réélection du chef de l’Etat dégénère en tueries politico-ethniques qu’Uhuru Kenyatta est soupçonné d’avoir alimentées.

    Accusé d’avoir mobilisé des gangs criminels pour s’en prendre aux partisans de Raïla Odinga, Kenyatta sera inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. Faute de preuves, l’accusation sera abandonnée, mais il n’en reste pas moins que les violences post-électorales de 2007 ont profondément marqué les imaginaires.

    C’est dans ce contexte que la perspective de réconciliation ouverte par les propos tenus le 9 mars dernier devant la presse à Nairobi par Raila Odinga et Uhuru Kenyatta, frères ennemis de la vie politique kényane, prend tout son sens. « Mon frère et moi sommes ici aujourd’hui pour dire que les dissensions doivent stopper, a déclaré l'opposant. Nous pouvons diverger sur des questions d’idéologies politiques, mais en tant que Kényans, nous devons nous unir sur des questions qui affectent notre pays. Nous refusons d’être des leaders accusés d’avoir laissé le Kenya devenir un Etat failli. »

    Si, selon la communauté internationale, ce rapprochement augure bien pour l’avenir du Kenya, il est aussi, comme l’écrivent les commentateurs de l’ICG, « un pas important vers la résolution de la crise prolongée ouverte par l’élection présidentielle de l’année dernière ». Il garantit la stabilité du second mandat d’Uhuru Kenyatta et permet au septuagénaire Raila Odinga qui vient peut-être de mener sa dernière campagne électorale, de se réinventer en peaufinant son héritage et son image politiques. L’Histoire s’en souviendra.

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