GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 19 Août
Mardi 20 Août
Mercredi 21 Août
Jeudi 22 Août
Aujourd'hui
Samedi 24 Août
Dimanche 25 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Hebdo

    La déforestation importée, un enjeu majeur pour l'environnement

    media La forêt amazonienne est souvent prise en exemple lorsqu'il s'agit de dénoncer la déforestation. AFP/Carl de Souza

    Comme de nombreuses autres régions du monde, l’Europe importe et consomme des produits contenant notamment de l’huile de palme, du bœuf, du soja, du cacao et du bois, ce qui contribue à la déforestation à l’autre bout du monde. Une déforestation aux effets dévastateurs qui touche tous les continents et qui se poursuit à un rythme alarmant malgré de multiples initiatives internationales. Dans cette perspective, l’Europe veut diminuer son impact, mais continue d’être sur le plan économique l’un des acteurs de cette destruction.

    Les forêts, qui abritent plus des deux tiers des espèces vivantes, dont un quart des espèces terrestres rien qu’en Amazonie, représentent non seulement les plus grandes réserves de biodiversité terrestre, mais elles contribuent à maintenir et à réguler de multiples équilibres naturels.

    Les pays européens ont longtemps considéré les forêts comme des espaces de nature sauvage à dominer, puis à valoriser. Ces pays ont tardivement pris conscience de l’importance des forêts et des nombreux services qu’elles peuvent rendre à l’homme, par exemple en capturant le carbone et en contribuant à la diminution du réchauffement climatique.

    La lutte contre la déforestation est aujourd’hui une priorité internationale qui doit encore trouver des réponses pour être efficace face à l’exploitation destructrice des grands bassins forestiers.

    Forêts primaires en danger

    Les forêts et autres types de terres boisées couvrent au total près de 4 milliards d’hectares dans le monde, d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), soit près de 31% de la superficie de la Terre.

    Un espace global dans lequel on distingue principalement trois grands types de forêt : les forêts tropicales et subtropicales, qui représentent 61 % de la superficie forestière mondiale avec près de 2 360 millions d’hectares. Il s’agit d'un ensemble composé de forêts humides, toujours vertes avec plusieurs étages de végétaux, qui concentre la plus grande diversité biologique de la planète, avec plus de 50 000 espèces d’arbres et dont les principaux bassins sont l’Amazonie en Amérique du Sud, le bassin du Congo en Afrique centrale et l’ensemble des forêts du Sud-Est asiatique.

    Deuxième type : la forêt boréale ou Taïga, qui se situe sur le pourtour du cercle polaire de l’hémisphère Nord, qui couvre 25% de la superficie forestière mondiale avec près de 1 000 millions d’hectares, plus pauvre en terme de biodiversité, presque essentiellement composée de conifères (sapins, épicéas, mélèzes et pins). Enfin la forêt tempérée qui représente 13% de la superficie forestière mondiale avec à peu près 520 millions d’hectares.

    Au-delà, il existe de multiples autres types de forêts avec des superficies moindres comme la toundra, la forêt méditerranéenne ou de montagne, qui ont des écosystèmes particuliers.

    Mais toutes ces forêts, quel que soit leur type, ne sont pas de même qualité en termes de richesse de leur biodiversité d’origine. Dans les forêts primaires, composées d’espèces indigènes, sans trace visible de l’activité humaine, on trouve de très nombreuses variétés d’espèces (flore, faune) vivant du même écosystème. Autre catégorie : les forêts secondaires avec les forêts naturelles modifiées, qui se régénèrent naturellement, mais où l’on trouve des traces de l’intervention humaine, et, enfin, des forêts semi-naturelles et de plantations qui sont le résultat de l’activité humaine, généralement à des fins de production.

    Or, ces forêts primaires, qui sont les dernières forêts d’origine, sont particulièrement vulnérables face à l’expansion humaine. Elles représentaient en 2005 près de 36% des forêts du monde, et sont aujourd’hui menacées de disparition dans les zones tropicales. Des forêts primaires, que définissait récemment le grand spécialiste des forêts tropicales Francis Hallé par ces mots dans le magazine Télérama : « C’est un lieu qui n'a jamais été abîmé par l'homme ou qui, s'il l'a été, s'est restauré dans son intégrité depuis au moins sept siècles. Cette forêt primaire est à la forêt secondaire ce qu'un grand champagne millésimé servi frappé dans une coupe en cristal est à un Coca tiède dans un gobelet en carton. La forêt secondaire, la seule qui nous reste, étant mitée, la lumière atteint le sous-bois, d'où une végétation qui empêche d'y progresser. On y trouve beaucoup moins d'espèces et des nuages de moustiques l'envahissent. Sur le plan économique, elle présente infiniment moins de richesses et d'essences. Cela explique pourquoi les forêts primaires ont quasiment disparu : les hommes les ont pillées ».

    La déforestation: de quoi parle-t-on ?

    Sur l’état de la déforestation mondiale, les estimations varient suivant les sources. Les chiffres de la FAO sont différents, par exemple, de ceux du World Ressource Institute ou du Global Forest Watch. La FAO qui coordonne des évaluations sur les ressources forestières mondiales tous les 5 à 10 ans depuis 1946, définit la forêt, dans son rapport FRA 2015, comme des « terres occupant une superficie de plus de 0,5 hectares avec des arbres atteignant une hauteur supérieure à 5 mètres et un couvert forestier de plus de 10%, ou avec des arbres capables d’atteindre ces seuils in situ. Sont exclues les terres à vocation agricole ou urbaine prédominante. »

    Cependant sont « inclues les plantations d’hévéas, de chênes lièges et de sapins de Noël », d’où de nombreux débats sur ce qu’on prend en compte quand on parle de « forêts ». La FAO a une interprétation de la déforestation que ne partagent pas les organisations écologistes, comme l’explique Clément Sénéchal de Greenpeace« Le problème des chiffres de la FAO, c’est que cette organisation considère que si on coupe une forêt et qu’à la place on met une plantation, il n’y a pas déforestation, tandis qu’à l’inverse, Global Forest Watch, par exemple, dit que si une forêt tropicale disparaît, peu importe ce qu’on met à la place, c’est considéré comme une déforestation. C'est en fait la différence entre une déforestation brute, c'est-à-dire la forêt naturelle qui est coupée, et une déforestation nette, où l’on parle de couvert forestier. Quand on regarde les services éco systémiques rendus, les impacts en terme de régulation climatique etc, on s’intéresse à Greenpeace aux forêts naturelles. Donc notre référence, c’est la déforestation brute et le chiffre qu’on trouve, qui est à peu près stable depuis plusieurs années, est autour de 13 à 14 millions d’hectares déboisées chaque année ».

    Cette tendance, qui reste forte, a connu cependant un ralentissement du rythme de la déforestation depuis 25 ans. D’après le dernier rapport quinquennal de la FAO sur « l’évaluation des ressources forestières mondiales 2015 » (FRA2015), depuis 1990 la planète perd chaque année 51 600 kilomètres carrés de forêt. Mais cette perte de la superficie des forêts naturelles et plantées est passée de 0,18% entre 1990 et 2000 à 0,08% dans la période 2000 à 2015. Un constat qui a fait dire à l’époque à José Graziano da Silva, le directeur général de la FAO: « Même si à l’échelle mondiale, l’étendue des forêts continue de diminuer alors que la croissance démographique et l’intensification de la demande en nourriture et en terres se poursuivent, le taux de perte nette de forêts a chuté de plus de 50% » . «Cependant, ajoute-t-il, cette tendance positive doit être consolidée, surtout dans les pays qui accusent un retard. »

    32% des importations de bois tropical de la France viennent du Gabon, 17% viennent du Brésil, 11% de la République du Congo et 6% du Cameroun. Martin Harvey/GettyImages

    Les causes de la déforestation

    Les causes de cette déforestation sont multiformes et sont fortement liées à nos modèles économiques mondialisés. Les spécialistes de l’Amazonie, à propos de l’impact traditionnel des peuples amérindiens sur leur environnement, donnent souvent l’exemple suivant : si vous superposez une carte des zones les plus riches de l’Amazonie en termes de biodiversité et une carte des zones de vie des peuples autochtones, vous vous apercevez qu’elles coïncident parfaitement. Ce qui tendrait à démontrer que le problème n’est pas forcément la présence de l’homme, mais plutôt son rapport à la nature.

    Toujours est-il qu'aujourd’hui le premier facteur de déforestation est bien souvent la création d’une piste en forêt, qui amène de plus en plus de peuplement, ce qui crée une érosion progressive de la forêt. Cette arrivée de nouveaux groupes de populations va permettre le développement d’exploitations plus ou moins importantes, qui seront toutes à terme totalement destructrices pour la forêt d’origine.

    Les grandes exploitations forestières sont souvent mise en cause par les écologistes, car elles créent des pistes dans des forêts primaires ou jusqu’alors préservées, parfois pour ne prélever que quelques arbres anciens, et ceci avec le consentement des Etats en quête de « développement économique ». Une déforestation qui est évidemment aggravée par de nombreux trafics d’espèces rares et protégées comme le bois de rose de Madagascar, l’Iboga du Gabon ou l’Ipé du Brésil qui vient de faire l’objet d’une enquête internationale de Greenpeace.

    Mais le vecteur le plus important, à 80% responsable de la déforestation, c’est le développement des terres agricoles en zone tropicale. En particulier dû à l’extension dans le monde, des productions essentiellement d’huile de palme et de soja, qui ont exercé une énorme pression foncière sur les pays producteurs comme l’Inde, la Malaisie, le Brésil ou l’Argentine, créant un phénomène de déforestation massif sans précédent au profit des plantations que l’on a appelé, l’effet CASI pour « Changement d’affectation des sols indirect ».

    L’Europe est, par exemple, le deuxième plus gros importateur d’huile de palme au monde, avec 45% utilisé dans les agrocarburants de première génération, c'est-à-dire à base de composés végétaux comme l’huile de palme, le colza ou le soja. La France, grosse consommatrice de viande et de produits laitiers, importe massivement du soja, de plus génétiquement modifié, pour son alimentation animale, comme l’illustre l’enquête de l’ONG Mighty Earth à laquelle RFI s’est associée. Des modes de consommation, aux impacts catastrophiques sur le reste du monde, de plus en plus documentés, qui mettent l’Europe face à ses responsabilités.

    Objectif : la fin de la déforestation en 2020

    Pour mettre un terme à la déforestation et à ses conséquences, de nombreux programmes internationaux ont été initiés : l'Accord de Paris (pour le rôle des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique);  la Convention sur la diversité biologique (programme « Zéro déforestation »); La Déclaration de New York sur les forêts (pour éliminer la déforestation des chaines d’approvisionnement); et les Objectifs du développement durable (ODD objectif 15).

    De son côté, l’Europe a adopté la déclaration d’Amsterdam intitulée « Towards Eliminating Deforestation from Agricultural Commodity Chains with European Countries » (vers l’élimination de la déforestation des chaînes des produits agricoles de base avec les pays européens), pour soutenir une chaîne de production entièrement durable pour l’huile de palme et la fin de la déforestation à l’horizon 2020. La France, présidant actuellement « le groupe d’Amsterdam » qui réunit les sept Etats membres signataires de cette déclaration, s’est aussi engagée au niveau national, dans le cadre de son plan climat, publié en juillet 2017, à se doter en 2018 d’une stratégie pour mettre un terme à la « déforestation importée », dont les grandes lignes seront dévoilées en juillet prochain.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.