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    Hebdo

    «Cher Aimé Césaire»: un héritage toujours vivace

    media Aimé Césaire en 2003 AFP

    Dix ans après la disparition d’Aimé Césaire, que reste-t-il aujourd’hui de sa pensée poétique et de son action politique ? Une partie de la réponse est à chercher dans le volume collectif composé de lettres adressées au leader défunt, qui paraît à l’occasion de la date anniversaire de sa mort.

    1913-2008. Il y a dix ans, le 17 avril 2008, disparaissait Aimé Césaire, poète et homme politique français, originaire de la Martinique. La France fit des funérailles nationales à cet homme de la stature d’un Victor Hugo ou d’un Chateaubriand, avant d’inscrire son nom trois ans plus tard dans la crypte du Panthéon où Césaire a rejoint les grands hommes auxquels la patrie demeure éternellement reconnaissante.

    Maire de Fort-de-France pendant 56 ans et député de la Martinique pendant 48 ans, Césaire a été un fin politique, car son action sur le banc des parlementaires a fondamentalement changé le rapport de la France avec ses vieilles colonies d’outre-mer, devenues depuis des départements français.

    Plus important encore sans doute, le rayonnement de son œuvre littéraire a profondément marqué l’imaginaire francophone. Il s'agit d'une œuvre militante et créatrice, composée de poésies, mais aussi de pièces de théâtre, d’essais d’analyse historique et politique, devenus des classiques qu’on étudie aujourd’hui dans les écoles et les universités. Cahier d’un retour au pays natal (1939) et Discours sur le colonialisme (1955) sont certainement les plus connues des œuvres césairiennes.

    « Ave Césaire… »

    Couverture de «Cher Aimé», un ouvrage dédié à Aimé Césaire. Bernaud Chauveau

    Pour garder vivace le souvenir de Césaire à qui notre modernité doit tant intellectuellement, les éditions parisiennes Bernard Chauveau ont consacré un nouveau titre de la collection « Cher » à ce grand Martiniquais, après l'avoir fait pour Le Corbusier, Nicéphore Nièpce, Matisse, Camile Claudel et Pierre Larousse.

    La directrice de la collection Sylvie Andreu a demandé à quinze personnalités de la vie littéraire et culturelle francophone d’écrire une lettre à Aimé Césaire pour lui dire ce qu’il représente pour eux. Mais peut-être aussi ce qu’ils n’avaient pas eu le temps de dire de visu à l’intéressé que certains d’entre eux avaient eu la chance de rencontrer. Cela donne un volume riche, touchant et surtout original par la diversité de sensibilités et de parcours qu’il rassemble.

    Les expéditeurs que cette belle initiative éditoriale a réunis ont pour nom l'ex-footballeur Lilian Thuram, le rappeur Abd Al Malik, le poète haïtien René Depestre, l'écrivain guadeloupéen Daniel Maximin, le poète tchadien Nimrod, l'ancienne journaliste Audrey Pulvar… pour n’en citer que les plus connus. Les auteurs se répartissent en deux catégories : poètes, écrivains, chanteurs qu’on pourrait réunir dans la catégorie des artistes-créateurs d'un côté et de l'autre, les opérateurs culturels, les personnalités politiques, médiatiques et sportives.

    Ils représentent deux univers qui n’ont pas été touchés de la même façon par la lumière d’Aimé Césaire, mais qui n’en restent pas moins complémentaires. La rencontre de ces deux univers s’avère féconde puisqu’elle permet de faire émerger dans ces pages un portrait très complet de l’homme que fut Césaire.

    « Un phare éclatant »

    Ce volume propose aussi un portrait de notre actualité turbulente revue et corrigée par la grille de lecture césairienne, comme le fait le rappeur Abd Al Malik dans une des contributions les plus fortes que compte le collectif.

    Débutant son texte par une citation tirée du Discours sur le colonialisme, le chanteur raconte le nouveau colonialisme à l’œuvre dans le monde contemporain : «  ces migrants humiliés et mis en esclavage », « ces jeunes abattus de sang-froid, et en toute impunité, dans les rues d’Occident », ou encore « ces peuples dont on déstabilise perpétuellement le continent ». L’expéditeur de la missive invite le lecteur à chercher dans les écrits du poète disparu les « armes miraculeuses » pour combattre les nouvelles inégalités et injustices.

    « Vous êtes un phare éclatant, cher Aimé, écrit Abd Al Malik, l’un de ceux qui brillent le plus dans cet océan tumultueux qui nous plongera tous dans les ténèbres si l’on cesse de vous voir, de vous entendre avec l’œil du cœur. »

    Pour Christian Schiaretti, metteur en scène, écrire cette lettre a été une opportunité pour dire son admiration pour le théâtre césairien, notamment pour Une saison au Congo (« Je la tiens pour l’une des grandes œuvres théâtrales politiques du XXe siècle »), mais aussi raconter les combats qu’il a dû livrer pour mener à bien ses projets de mise en scène en France des pièces de Césaire. Sa plus grande frustration fut sans doute de voir refuser sa proposition de présenter au Festival d’Avignon.

    « Je voudrais que vous me donniez votre point de vue, écrit le metteur en scène à l’auteur disparu, sur deux arguments qui me furent opposés : tout d’abord que dans un festival saluant l’Afrique et sa création, il était difficile de programmer la mise en scène d’un Blanc, enfin que vous étiez Antillais et donc incongru dans ce festival africain ». Certes, le ridicule ne tue plus, mais c’est peut-être surtout la preuve que la bataille de la négritude, lancée en pleine colonisation, est encore loin d’être gagnée, du moins dans les esprits.

    Un « abrazo » fraternel

    On s’attardera aussi sur la belle missive qu’adresse à Césaire le romancier et poète haïtien René Depestre. L’auteur de Hadriana de tous mes rêves est un habitué des correspondances avec le Martiniquais qui, déjà dans les années 1950, en pleine période de débats entre le social-réalisme à la soviétique et la modernité surréaliste, lui faisait la leçon par le biais de la « Lettre ouverte » publié dans la revue Présence africaine. La lettre de Césaire appelant Depestre à « s’en foutre » d’Aragon (« Fous-t'en Depestre, fous t’en, laisse dire Aragon »), est restée dans les annales de l’histoire littéraire française.

    Oubliant ces polémiques du passé, René Depestre écrit en 2018 dans sa Lettre à Aimé Césaire au bout du petit matin, son admiration pour l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal qui, dit-il, n’a «  jamais séparé [son] engagement politique de maire-député de [sa] création poétique et théâtrale ». « Quand ton action se tait, tes poèmes et tes pièces de théâtre prennent le merveilleux relais », poursuit Depestre, avant de conclure en adressant « un abrazo fraternel » vibrant à son maître en poésie.

    Les lettres au « Cher Aimé… » sont riches en anecdotes, comme en témoigne la contribution du poète guadeloupéen Daniel Maximin chargé d’organiser les obsèques de Césaire en 2008 à la Martinique. Celui-ci raconte dans sa contribution les trésors de persuasion qu’il dut déployer pour convaincre le marbrier de graver sur la pierre tombale la longue épitaphe exigée par le poète lui-même. Mais ces lettres sont surtout poétiques et politiques, comme le furent la vie et l’œuvre de leur destinataire.

    Cher Aimé
    collectif
    Edition Bernard Chauveau
    64
     pages
    19
     euros

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