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    Hebdo

    Les Alévis d'Europe en Arménie pour un «voyage du pardon»

    media Une délégation de la Confédération européenne des Alévis au mémorial du génocide arménien à Erevan, la capitale. Elena Gabriellan/RFI

    Pour la première fois, une délégation de la Confédération européenne des Alévis s'est rendue à Erevan, la capitale arménienne. Pour les membres de cette minorité religieuse elle-même discriminée en Turquie, il s'agissait de s'excuser pour n'avoir pu empêcher le génocide qui a fait environ 1,5 million de victimes arméniennes en 1915.

    Au moment d’embarquer dans l’avion, Erdal Kiliçkaya distribue à son groupe des brochures spécialement confectionnées à cette occasion. D'emblée, la dimension symbolique de ce voyage en Arménie est palpable. Pour le vice-président de la Confédération européenne des Alévis, un événement important attend ces hommes et femmes. Le choix du titre en atteste : « Alévis-Arméniens : une rencontre historique à Erevan ». Pour la première fois, une dizaine d'Alévis vivant en France, en Allemagne et en Autriche se rendent dans la capitale arménienne.

    Deux millions d’Alévis, une minorité qui compte entre 15 et 20 millions de membres en Turquie, vivent en Europe. Il y a trois ans, une poignée de militants lançait en France « un manifeste de pardon ». Dans ce texte, les Alévis exprimaient leur regret de n'avoir pu empêcher le génocide des Arméniens en 1915, que la Turquie refuse toujours de reconnaître. Une décision qui a suscité une division au sein de la diaspora arménienne.

    « Ouvrir ses portes fut une tâche difficile, se souvient Suleyman Akguc, représentant de la Fédération des Alévis de France. Il y avait une méfiance dans l’ensemble de la communauté ». A l’occasion du centenaire du génocide arménien en 2015, les Alévis lancent donc ce manifeste et prennent contact avec quelques associations dont le collectif du « Rêve commun » de Michel Marian, philosophe français d’origine arménienne. Ce dernier, ainsi que le producteur Gorune Aprikian, saisissent la main tendue et préparent alors ensemble cette visite historique en Arménie.

    « Le durcissement de la politique de l’Etat turc envers nous a favorisé le rapprochement entre les deux peuples », estime Suleyman. Par pur hasard, ce voyage coïncide avec l’annulation des protocoles visant à normaliser les relations entre Ankara et Erevan, signés par les deux parties en 2009.

    « Nous sommes plus que voisins »

    En Arménie, lors d'échanges entre parlementaires, étudiants et journalistes, une question est sans cesse soulevée : « Qui sont donc les Alévis ? ». Il y a un siècle de cela, Alévis et Arméniens vivaient ensemble sur les terres anatoliennes, dans l’Empire ottoman. « Nous avons beaucoup de choses en commun, nous sommes davantage que de simples voisins », lance Yilmaz, venu d’Allemagne, devant les étudiants francophones de l’Université linguistique d’Erevan.

    Si ces jeunes perpétuent la mémoire des 1,5 million de victimes du génocide, ils ignorent tout de même que quelques décennies plus tard, leurs voisins ont connu un destin tout aussi tragique. En 1937, des milliers d’Alévis ont été massacrés dans la région de Dersim, menacée par la politique d’assimilation de l’Etat turc. « C’était une leçon pour nous, car on s’était dit que c’était notre tour », raconte Erdal Kilickaya lors de la rencontre avec la société civile arménienne.

    Sur un grand écran installé dans une salle de conférence, il montre des photos du village de Zini Gedigi. Ces clichés récents, réalisés au nord-est de la Turquie, montrent des ossements dans un charnier, mélangés avec des pierres et laissés à ciel ouvert. Le 6 août 1938, une centaine d’Alévis y ont été massacrés. Erdal se rend chaque année sur place pour participer aux commémorations de cette tragédie. Selon lui, depuis plusieurs années les familles des victimes demandent sans relâche que des tests ADN soient réalisés, mais toutes les requêtes ont été vaines. Le mémorial, construit sur le lieu du drame, a même été détruit.

    Les persécutions subies tout au long du XXe siècle ont poussé des milliers d’Alévis à émigrer. Discriminés par les autorités turques, les 15 millions d’Alévis vivent aujourd’hui dans un climat de peur, décrit Erdal qui a quitté Istanbul en 1991 pour rejoindre la France. « Actuellement en Turquie il n' y a aucun préfet, ni député alévi, explique-t-il. Nous sommes stigmatisés. Ma mère de 80 ans habite à Istanbul. Quand elle sort de chez elle, elle se couvre la tête. Pendant le ramadan, on laisse la lumière allumée la nuit. Pour ne pas perdre leur travail, les commerçants alévis ferment leurs boutiques et vont à la mosquée. Pourtant, nous ne sommes pas musulmans ».

    Racines arméniennes

    Ces récits sur cette identité cachée trouvent une oreille particulièrement attentive auprès des Arméniens. Ironie du destin, afin d’échapper à la mort en Turquie, nombre d'entre eux se sont convertis à l’alévisme, jugé plus « acceptable » que le sunnisme. Car cette minorité religieuse demeure très éloignée de l'Islam classique.

    Les Alévis pratiquent en effet un culte hétérodoxe dans lequel on retrouve des éléments de l’islam chiite, mais aussi du christianisme et du zoroastrisme. L’alevisme n’interdit par exemple pas l’alcool, et hommes et femmes peuvent prier ensemble. Autre particularité notable, les croyants ne fréquentent pas les mosquées mais pratiquent leur culte dans des « cemevi ».

    Une célèbre ethnographe arménienne, Hranouch Kharatyan, étudie depuis des années la vie des Arméniens en Turquie après le génocide. Ces recherches l’ont emmené jusqu’à la région de Dersim, à l’est de Turquie, où elle a commencé à s’intéresser à l’alévisme. « Là-bas, j’ai rencontré de nombreux Alévis qui revendiquaient leurs racines arméniennes, mais ils n’étaient pas au courant des événements de 1915 car ils ont hérité de "la mémoire de l’empire", raconte l'ethnographe. Chacun connaissait l’histoire de sa famille, mais pas le destin collectif de son peuple ».

    Selon elle, beaucoup d'éléments liés à l’histoire des Alévis restent encore à étudier. Hranoush Kharatyan explique qu'il n'existe pas de bibliographie suffisamment dense de cette période cruelle de l’Empire ottoman. Les Alévis font quant à eux prévaloir une transmission orale. Mais en Arménie, il existe des sources écrites rares datant du XVe siècle. Dans la capitale, Erevan, se trouve l’un des plus importants dépôt de manuscrits au monde, Matenadaran. L’ethnographe invite ainsi les Alévis à revenir en Arménie afin d'approfondir ensemble l’Histoire.

    Pour la délégation, ce premier voyage chez leurs voisins historiques n’est qu’un début, même si Erdal reconnaît que « s’afficher aux côtés des Arméniens » peut représenter un risque. Début février, le secrétaire général de l’Union des Alévis d’Autriche a été arrêté à l’arrivée en Turquie. « Il a été relâché par la suite mais cela démontre que nous vivons une période sombre. Je ne sais pas ce qui peut m’arriver si je retourne en Turquie », s’inquiète Eldar après avoir visité le mémorial du génocide à Erevan avec toute la délégation.

    Cette inquiétude est également partagée par Suleyman. Toutefois, ce dernier aimerait rejoindre cette année la marche commémorative pour les victimes du génocide arménien, qui se déroule chaque année à Paris, le 24 avril. « Nous voulons être du bon côté de l’histoire », insiste-t-il.

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