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    Hebdo

    Afrique du Sud: le long chemin pour traîner Jacob Zuma devant les tribunaux

    media L'ex-président sud-africain, Jacob Zuma, lors de l'ouverture de son procès aux côtés d'une représentante de Thales, Christine Guerrier, à Durban, le 6 avril 2018. Nic Bothma/Pool via Reuters

    Le procès de l'ancien président Jacob Zuma pour des faits de corruption relatifs à un contrat d’armement avec le Français Thales dans les années 1990 s’est ouvert début avril en Afrique du Sud avant d'être reporté. Alexandra Brangeon répond aux questions d'un auditeur de RFI dans l'émission « Appels sur l'actualité » sur cette affaire qui agite la nation arc-en-ciel depuis une décennie.

    Une première enquête sur l'ex-président Jacob Zuma avait été ouverte puis abandonnée en Afrique du Sud. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a permis sa réouverture ? Que risque le Français Thales à l’issue du procès ?

    L'ex-président sud-africain Jacob Zuma est accusé d’avoir touché des pots-de-vin du groupe français Thales, ex-Thomson-CSF, à la fin des années 1990, lorsqu'il était vice-président du pays.

    L’Afrique du Sud souhaitait alors moderniser son armée. Plusieurs groupes étaient en lice, dont le Francais Thomson-CSF. Jacob Zuma est soupçonné d’avoir perçu de l’argent en échange de son soutien. Il a été inculpé à plusieurs reprises, en 2005 et en 2007. Les chefs d’inculpation ont été annulés à chaque fois, non par manque de preuves mais pour vice de procédure.

    En 2007, son équipe a réussi à convaincre la cour que des motivations politiques se cachaient derrière son inculpation. Jacob Zuma était à l'époque en plein bras de fer avec le président Thabo Mbeki pour la présidence du Congrès national africain (ANC).

    Son équipe d’avocat avait produit des enregistrements de conversations téléphoniques qui semblaient indiquer des pressions politiques du camp Mbeki. L’affaire a été enterrée quelques semaines seulement avant que Jacob Zuma ne soit élu président de la République.

    Pendant des années, l’opposition a poussé pour la réouverture du dossier, en faisant appel auprès de la justice. Pour elle, un vice de procédure ne signifie pas que les charges auraient dû être abandonnées. La plus haute cour du pays lui a finalement donné raison il y a deux ans. Il a cependant fallu attendre cette année pour que le procureur de la République, considéré comme un allié de Jacob Zuma, soit contraint de rétablir les charges.

    Les preuves contre Jacob Zuma sont-elles assez solides ?

    Parmi les preuves à charge, on trouve un fax rédigé par Alain Thétard, alors directeur de la filiale locale de Thales en Afrique du Sud.

    Ce document évoque une rencontre privée avec Jacob Zuma en mars 2000 et un accord chiffré à 33 000 euros par an de la part de Thales en échange de la protection de l'ex-président et de son soutien permanent pour de projets futurs.

    En 2005, le conseiller financier de Jacob Zuma, Shabir Sheik, a été inculpé et condamné à quinze ans de prison pour les mêmes faits, à savoir avoir perçu 783 paiements de Thales en faveur de Jacob Zuma.

    Que risque Thales risque à l’issue de ce procès ?

    Jacob Zuma est celui qui risque le plus gros, jusqu’à quinze ans de prison. L'affaire est surtout politique car les enjeux financiers restent faibles. Thales, l'ex-Thomson CSF, n’avait obtenu qu’un petit marché de 180 millions d’euros. Les protagonistes de l’affaire sont par ailleurs à la retraite aujourd’hui.

    Thales comparait en effet au côté de Jacob Zuma. Une représentante du groupe était d'ailleurs présente à la première audience. La justice sud-africaine est surtout intéressée par l'ancien chef d'Etat. Quant a l’entreprise française, elle n’a fait aucun commentaire pour l’instant. Le procès reprendra le 8 juin.

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