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    Bosnie-Herzégovine: la question du business des armes légères

    media Vue de Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzegovine. CC0 Pixabay/adestuparu

    Encore un record pour Sarajevo qui totalise près de 100 millions d’euros d’exportations d’armes légères en 2017. Année après année, la Bosnie-Herzégovine progresse sur ce marché. Mais ce qui interpelle dans ce commerce, ce sont les clients de Sarajevo.

    Si la santé économique de la Bosnie-Herzégovine n’est pas des plus solides, un commerce se porte particulièrement bien dans ce pays : les ventes d’armes. Sarajevo reste loin des grands leaders mondiaux que sont les Etats-Unis, la Russie ou encore la France. Pourtant, ses résultats à l’export dans ce domaine ne cessent de grandir. De 70 millions d’euros en 2015, ils sont passés à 87,4 millions en 2016 et à 99,2 millions en 2017. Soit une progression de plus de 15% par an.

    Selon la Chambre de commerce de Bosnie-Herzégovine, l’année dernière, les principaux clients étaient l’Arabie saoudite (23 millions d'euros), l’Afghanistan (15 millions), les Etats-Unis (13,6 millions), la Turquie (9 millions), et enfin l’Egypte et les Emirats arabes unis, à égalité avec 5,7 millions d'euros chacun.

    La plupart de ces commandes porte sur des munitions pour des armements de conception soviétique, héritage de la période yougoslave : obus d’artillerie, roquettes et munitions pour armes légères . La Bosnie-Herzégovine travaille actuellement à la production de ses propres armements légers, dont notamment un dérivé du célèbre lance-roquettes RPG.

    Le mystère des vrais clients

    Ce qui interpelle dans ce commerce, ce sont les clients de Sarajevo. A l’exception de l’Afghanistan, tous les autres pays cités n’utilisent pas ces armes, leurs armées étant largement équipées de matériel plus moderne, principalement acheté en Occident. Tous les observateurs en sont ainsi rapidement arrivés à se poser une question évidente : pourquoi se fournir en Bosnie en munitions que l’on n’utilisera pas soi-même ? Et tous les soupçons portent sur l’approvisionnement de milices soutenues par les pays importateurs, notamment en Syrie.

    « Il est pertinent de se poser la question, qu’il s’agisse du royaume d’Arabie saoudite ou des Emirats arabes unis, confirme Patrick Wilcken, de l'ONG Amnesty International. Leurs armées utilisent majoritairement des systèmes d’armement aux normes Otan, importés des Etats-Unis et d’Europe de l’Ouest. Pourquoi importeraient-ils ainsi d’importantes quantités d’équipement aux standards de l’ancien pacte de Varsovie ? Ces faits devraient agiter le drapeau rouge à propos de possibles violations sur les utilisateurs potentiels. »

    Plusieurs enquêtes ont également alerté ces derniers mois sur le rôle des Etats-Unis. Le commandement de leurs forces spéciales achète ainsi des quantités conséquentes d’armes dans plusieurs pays d’Europe de l’Est et des Balkans, afin d’équiper et de former les groupes soutenus par Washington en Syrie. La Bosnie-Herzégovine est ainsi en train de rattraper la Roumanie et la Bulgarie car ses usines tournent à plein régime.

    Dangereuse opacité

    Georges Berghezan, chercheur du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grip), n’hésite pas à l’affirmer : « Sur la période 2011-2016, la Bosnie-Herzégovine est le troisième pays des Balkans à exporter le plus vers le Moyen-Orient, derrière la Bulgarie et la Croatie. Le principal acheteur est l’Arabie saoudite, mais les destinataires de la plupart de ces armes sont des groupes armés basés en Syrie. »

    Dans une note d’octobre 2017, le même chercheur relevait ainsi que si ces différents pays enregistrent des ventes record année après année, il est difficile de savoir ce que deviennent ces armes. Lorsque les groupes soutenus par Washington ou Riyad perdent du terrain, les jjihadistes du groupe Etat islamique (EI) ou de mouvements liés à al-Qaïda récupèrent de véritables arsenaux.

    Un employé de l’Union européenne dans la région explique la difficulté de contrôler ce commerce : « Le secteur de l’industrie est particulièrement opaque en Bosnie car sous contrôle des différents partis politiques et leaders ethniques. Le suivi des contrats et de la production est faible car l’inspection de l’industrie de défense se fait au niveau étatique (ministère du commerce extérieur) mais les usines de défense sont contrôlées par les entités (Fédération de Bosnie-Herzégovine et Republika Srpska). »

    La Bosnie face à ses contradictions

    Comme le notent les auteurs de cette étude, Sarajevo affiche pourtant une volonté de régularité dans ces affaires. La Bosnie-Herzégovine est de plus signataire du Traité sur le commerce des armes (TCA) de l’ONU et, en tant que candidate à l’adhésion à l’Union européenne depuis 2016, soumise à une série de contraintes sur le commerce de l’armement. Lors de ses exportations, elle devrait ainsi s’assurer que ses clients sont bien les utilisateurs réels des armes vendues.

    Difficile pour autant de vérifier, plaide-t-on à Sarajevo. La Bosnie-Herzégovine, comme les autres pays pointés du doigt dans ce commerce, botte en touche en rejetant la responsabilité sur ses clients, dont certains, comme les Etats-Unis, sont censés être fiables.

    De plus, il reste complexe de suivre avec précision le cheminement de ces armes légères et de leurs munitions, qui passent de main en main. Comme le rappelle régulièrement l’ONU, elles causent pourtant le plus de morts dans le monde : plus de 500 000 par an.

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