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    Hebdo

    «Kinshasa Makambo» ou le «casse-tête» sur grand écran, selon Dieudonné Hamadi

    media Dans "Kinshasa Makambo", Dieudo filme sans ciller, au cœur des grandes manifestations qui ont secoué la capitale de septembre 2016 à janvier 2017. @ DR

    Dieudonné Hamadi réalise la prouesse de filmer de l’intérieur et au péril de sa vie les mouvements politiques et citoyens d’opposition au régime de Joseph Kabila qui ont eu lieu de la fin 2016 au début 2017 en République démocratique du Congo (RDC). Présenté en première mondiale à la Berlinale 2018 puis au Cinéma du Réel à Paris, le documentaire sera projeté le 27 avril aux HotDocs de Toronto et le 4 mai dans la capitale française. Une diffusion télévisée est par ailleurs prévue cette année sur la chaîne franco-allemande Arte. Le réalisateur congolais a aussi été récompensé fin février pour l’ensemble de son œuvre au True/False Film Fest de Columbia, aux Etats-Unis.

    « Kinshasa Makambo ». Dans ce documentaire-choc, Dieudonné Hamadi, Grand Prix du Cinéma du Réel 2017 avec Maman Colonelle, s’invite en politique. Un domaine que le cinéaste congolais abordait déjà dans son premier long-métrage, Atalaku, prix Joris Ivens au Cinéma du Réel 2013, où il avait filmé une campagne pour les municipales dans un village reculé de la République démocratique du Congo (RDC).

    Cette fois, « Dieudo » plonge dans l’univers de ces « jeunes gens de Kinshasa », la capitale, qui réclament le départ du président Joseph Kabila, arrivé au terme de son second et dernier mandat selon la Constitution. « Mais le chef de l’Etat ne semble pas décidé à quitter le pouvoir », explique le cinéaste congolais d’entrée de jeu. Ils manifestent au risque de faire basculerson pays-continent dans la guerre civile. « Depuis quelque temps, nous assistons à des troubles qui sont dus à ce manque d’élections », renchérit une voix anonyme.

    Des tirs nourris dans les tympans

    Dès la première image, on prend la mesure de la brutalité de la confrontation des policiers et des manifestants. A la caméra, Dieudo filme sans ciller, au cœur des grandes manifestations qui ont secoué la capitale de septembre 2016 à janvier 2017. Un temps qui est aussi celui du tournage du film. Alors que la violenceva crescendolors des protestations qui se multiplient, ses images se révèlent dignes de celles des grands reporters de guerre. Notamment quand la caméra chavire alors que la bande-son envoie des tirs nourris dans les tympans. Ou quand elle reste ferme alors que tout le monde a pris la poudre d’escampette.

    « Kinshasa Makambo ». L’expression, courante en RDC, signifie « Kinshasa casse-tête ». C’est le titre du film. C’est aussi le nom d’un site internet qui a publié des vidéos amateurs de ces protestations, livrées sans filtre sur les réseaux sociaux. A l'opposé, Dieudo donne un cadre à cette réalité. Il la met en perspective, au passé et peut-être au futur.

    Teaser de « Kinshasa Makambo » :

    Il filme les familles endeuillées. Les femmes, paumes en l’air, foulard noué sur la tête, qui pleurent les morts devant des cercueils alignés recouverts de draps blancs. Il filme ces jeunes dans leur course échevelée. Pour avoir rêvé un avenir meilleur, ils sont de ce fait contraints de vivre dans l'extrême précarité, traqués, cachés dans des planques de fortune, exilés dans leur propre pays. Clandestins. Hantés pour certains par les mauvais souvenirs de leur détention.

    « J’étais bluffé par leur courage »

    Comme il l’a toujours fait, Dieudosuit des personnages de son choix. Ici, trois militants que rien n’arrête, ni les balles, ni la prison, ni l’exil. A la fois pour nous faire partager la dureté de la répression qu'ils subissent, ainsi que leurs proches, mais aussi pour nous faire entendre la nature des débats qui les animent. Des débats forcément essentiels dans ce contexte très périlleux. A l’issue de la projection à Beaubourg, à Paris, Dieudo dit sa fierté d’avoir réussi à les convaincre de l’importance pour le Congo d’immortaliser leur combat. Et il ne cache pas son admiration à leur égard : « J’étais bluffé par leur courage », dit-il, rappelant que « les manifestations sont interdites. Quand on sort, on n’est jamais sûr de rentrer... »

    Soit dit en passant, le cinéaste a aussi risqué sa vie pour faire ce film qui symbolise à lui seul l’implication patriotique de ces jeunes Congolais. Dieudo admet être touché par ce combat. Il fait donc partie du film dont il est un des personnages, celui du cinéaste en train de filmer cette histoire. Ce faisant, il vogue sur une ligne de crête, poussant à son extrême l’expérimentation du « réel » et posant du même coup la question des limites de l’engagement dans le cinéma documentaire. A quel moment passe-t-on de l’autre côté du gué ?

    Anyway. Les raisons de ces troubles sont tout entières inscrites dans le décor du film. Des rues au sol maculé de déchets grisâtres agglutinés. Les passants évoluent entre les mares d’eau stagnante. Des cloaques qui ont envahi la chaussée. Des masures insalubres qui tiennent lieu de logements…. Au quartier, Christian se lave les dents le long d’un mur moisi. « Où est la lotion ? Je suis pressé », lance-t-il àsa mère de l’autre côté de la rue. Derrière une bâche plastique transparente qui fait office de porte, elle hausse le ton : « Où vas-tu ? » « Vous, restez à la maison. Nous, on va libérer ce pays. » Sa maman : « Lumumba est mort sans réussir !  »

    Peut-on changer le cours des évènements par la voie pacifique ? @ Dieudo Hamadi

    Peur pour lui, peur pour les siens

    Autre scène : « Allo Ben (voix féminine). J’espère que tu ne vas pas à la marche… » Au bout du fil, sa petite amie le supplie de ne pas replonger dans ce « casse-tête ». L’homme est arrivé de nuit, en pirogue. Dans sa planque d’un jour, il est étendu sur une paillasse. Il a fui le Congo en 2015 après des trahisons internes qui l’ont fait s’exiler aux Etats-Unis. Quant à Jean-Marie, qui sort tout juste d’une peine de prison liée à son engagement, on voit à chaque instant combien sa vie est précaire. Peur pour lui, peur pour les siens.

    Christian, Ben et Jean-Marie ont rejoint les mouvements de résistance anti-Kabila. Ils sont soit portés par la société civile, soit restés dans le giron des partis d’opposition. Tous s’accordent à réclamer l’alternance et la tenue d’élections libres.Mais les stratégies et méthodes pour y parvenir diffèrent. Cette question du choix traverse d’ailleurs tout le film « sans chercher à y apporter de réponse », nous dit Dieudo qui se contente de restituer les débats entre pacifistes et partisans de la lutte armée.

    Dernier message

    Comment changer le cours des évènements ? « Pensez-vous que poster sur Facebook ou Twitter sera suffisant pour que Kabila dégage ? (…) Nous avons besoin d’actions directes », estime l’un d’eux. A l’opposé, faut-il s’allier à l’opposant historique, Etienne Tshisekedi, et à son parti ? « Il prêche la non-violence mais le régime pratique la violence », avance un détracteur. Le dialogue avec le pouvoir en place est-il d’ailleurs encore possible ? « On ne veut plus de ce monsieur [Kabila] », lance quelqu’un. Mais doit-on se résoudre au soulèvement populaire et risquer un bain de sang ?C'est tout l'enjeu du film.

    Que se cache-t-il derrière ces visages peints en blanc lors des manifestations pour se protéger des gaz lacrymogènes (un rituel chez ces hommes et ces femmes qui se disent « malades de Kabila ») ? Jusqu’où iront-ils ? La réponse est peut-être partiellement dans la scène finale de ce film où l’actualité sert à merveille la progression du récit. L'attente d'une consigne.

    Car « Kinshasa Makambo », c’est aussi et peut-être surtout l’histoirede la République démocratique du Congoen train de s’écrire sous nos yeux.Le film a été tourné dans les mois qui ont précédé la mort d’Etienne Tshisekedi, figure emblématique pour les uns, éternel opposant pour les autres. Il faut parler de cette séquence, unique, où on assiste aux derniers moments politiques d’Etienne Tshisekedi en RDC. A son dernier message. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit d’un appel au calme. Un message de paix. Au grand dam des militants !

    Mardi 27 mars 2018. Dieudi Hamadi présente "Kinshasa Makambo" au Cinéma du Réel. @ Antoinette Delafin

    Ne serait-ce « que » pour cela, ce film demeurera précieux pour toujours. Monstre sacré pour les militants de l’UDPS qui lui vouent un culte sans borne, éternel frein au changement pour ses détracteurs qui préconisent une action plus ou moins violente face à un pouvoir qualifié de dictatorial... Ses partisans expliquent, lors d'une des rencontres, que l’homme mythique a passé des lustres en prison et qu’il a subi plus qu’à son tour la torture…

    Il y a cette idée, avancée en toile de fond par l’auteur, que Lumumba n’est pas le seul à avoir été sacrifié. Pourquoi ne pas cultiver la mémoire de tant d’autres gens, dont on ne cite jamais les noms, mais qui ont posé des actes héroïques y compris bien sûr sous la dictature de Mobutu (1965-1997) ?

    Pour finir, Dieudo nous donne des nouvelles de ses acteurs : « Christian est retourné en prison après avoir été enlevé. Jean-Marie va et vient, soutenu par une frange de la diaspora congolaise aux Etats-Unis. Quant à Ben, il est reparti en exil… »

    Carton de fin : « Un jour, l’histoire du Congo ne s’écrira plus à l’ONU, à Washington, à Paris ou à Bruxelles, mais dans les rues de Mbandaka, de Kinshasa, de Kisangani… Ce sera une histoire de gloire et de dignité. »
    Signé Patrice Lumumba.

    Dernière actualité : lors d’un rassemblement autorisé (une première depuis septembre 2016), Félix Tshisekedi a annoncé ce 24 avril qu’un accord avait été signé trois jours plus tôt avec les autorités pour qu’enfin le corps de son père, toujours à Bruxelles depuis sa mort, puisse être enterré dans un mausolée à Nsélé. Accord qui ne prendra effet que le jour où sa dépouille arrivera à Kinshasa. Le fils du magnat de l'opposition a réclamé le retour des opposants en exil et annoncé sa candidature à la présidentielle de décembre prochain... De quoi laisser espérer (au cinéaste et aux acteurs de ce film) que cette échéance électorale tant attendue ne soit plus reportée....

    Kinshasa Makambo
    Dieudo Hamadi
    75
     minutes
    République démocratique du Congo-France-Suisse-Allemagne-Qatar, Norvège, 2018
    Distribution : Andana films
    Coproduction : Les Films de l’Oeil Sauvage, Kiripifilms, Alva films, Bärbel Mauch film, Flimmer Film.
    Coproduction TV : ARTE, RTS, Al Jazeera English

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