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    Iran: trois semaines après sa découverte, où se trouve le corps de Reza Shah?

    media Reza Shah Pahlavi, roi de la Perse (Iran) de 1925 à 1941, est le fondateur de la dynastie Pahlavi. AFP PHOTO

    La découverte du cadavre momifié de Reza Shah, le fondateur de la dynastie Pahlavi, le 23 avril dernier pendant les travaux de terrassement d’un terrain près de Téhéran a suscité une grande ferveur chez les Iraniens aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Face à cet engouement, les autorités de la République islamique ont d'abord nié une telle découverte et, par la suite, ont tenté d'en minimiser l'importance.

    Cette découverte a pris une ampleur inattendue grâce aux réseaux sociaux. En raison de sa signification symbolique et de sa portée emblématique pour l’histoire contemporaine de l’Iran en général et pour celle de la République islamique en particulier, les Iraniens n’ont cessé depuis de commenter cet événement.

    Les historiens sont unanimes à reconnaître que l’Iran moderne est né sous le règne de Reza Shah qui n’a duré que seize ans. Il a accédé au trône le 12 décembre 1925 et a abdiqué en faveur de son fils le 16 septembre 1941. C’est pendant cette courte période de règne que l’Iran est sorti de son « Moyen-Âge » pour se transformer de fond en comble.

    Par ses réformes drastiques, Reza Shah avait attisé l’hostilité des tenants de la tradition, avec à leur tête le clergé chiite, raison pour laquelle Khomeini, le Guide de la Révolution de 1979, a ordonné, le lendemain de son accession au pouvoir, de détruire sa sépulture. Elle fut entièrement rasée par une foule de révolutionnaires agités et un bulldozer, sous la conduite de Sadeq Khalkhali, chef des tribunaux révolutionnaires. Mais ils n’ont pas pu mettre la main sur son corps embaumé. Tout le monde croyait que la famille royale l’avait transféré à l’étranger bien que Farah Pahlavi, l’impératrice, ait catégoriquement rejeté une telle hypothèse.

    Mort à Johannesburg en 1944

    Le corps de Reza Shah, après sa mort à Johannesburg le 26 juillet 1944, avait été transféré au Caire où, à la demande du gouvernement iranien, il avait été momifié. Car en raison de la présence des forces alliées en Iran, hostiles à Reza Shah, son héritier ne pouvait pas le ramener dans le pays. C’est en 1950 seulement que son corps embaumé y fut transféré et enterré.

    Aujourd’hui, après 40 ans passés sous la République islamique, un engouement sans précédent se manifeste en Iran pour Reza Shah et son œuvre, surtout parmi les jeunes générations qui, s’exprimant sur les réseaux sociaux, disent n’avoir aucun espoir en leur avenir. A les croire, « le bilan catastrophique » du régime islamique aussi bien sur le plan national que sur les plans régional et international les affecte non seulement dans leur vie quotidienne, mais aussi en leur for intérieur. Ils voient « fouler aux pieds leur dignité en tant qu’individus mais aussi en tant que nation ». C’est pourquoi ils n’hésitent pas à vénérer un homme qui a réussi à sortir leur pays de l’ombre et à en faire une nation respectée.

    Dans le mouvement de contestation marqué par la violence qui a secoué les villes iraniennes pendant plus d’une semaine à la fin de décembre et au début de janvier dernier, les jeunes criaient « Reza Shah, que ton âme repose en paix ! » ou, plus exactement, que ton âme soit heureuse (« Reza Shah, rouhat shad »). Depuis plusieurs années, dans chaque manifestation, qu’elle ait lieu dans les rues ou dans les stades, les jeunes glorifient Reza Shah en criant ce slogan sans peur du régime. C’est une ironie de l’histoire que son corps embaumé apparaisse en ce moment, mettant ainsi les autorités de la République islamique dans l’embarras.

    Sur les réseaux sociaux, les Iraniens ont exprimé en grand nombre leur inquiétude quant au sort que les autorités du régime pourraient réserver à ce corps embaumé. Lundi 30 avril, la justice a ordonné le blocage de Telegram, le réseau de messagerie le plus populaire d’Iran, sous prétexte qu’il héberge des groupes d’opposition armés.

    La découverte du corps embarrasse les autorités

    Depuis la découverte du corps momifié du fondateur de la dynastie Pahlavi et bâtisseur de l’Iran moderne, les autorités de la République islamique ont tenu des propos contradictoires. Certaines démentaient au départ la réalité d’une telle découverte. D’autres niaient qu’il s’agisse de Reza Shah. Mais lorsque les photos du corps embaumé ont parcouru les réseaux sociaux et que des voix se sont fait entendre, plusieurs autorités du régime ont admis la réalité de la découverte.

    Dans l’histoire iranienne, les dynasties se succédant les unes aux autres ont toujours essayé d’effacer les traces de la dynastie précédente, raison pour laquelle parmi tant de rois ayant régné sur ce pays, rares sont ceux qui ont une tombe. La République islamique a été fidèle à cette tradition. Seul Reza Shah avait évité de se débarrasser des œuvres et des traces de ses prédécesseurs. Il les avait préservées, du fait de la conscience historique qu’il avait acquise grâce surtout à l’élite moderne qui l’entourait et dont les membres avaient fait des études dans les pays occidentaux. L’histoire avait un sens pour eux. Cette fois, c’est la pression de l’opinion publique qui a mis les autorités de la République islamique dans l’embarras. Elles ne savaient pas ce qu’elles allaient faire du corps embaumé.

    Il semblerait que les autorités du pays aient donné leur accord à son réenterrement discret, mais on ne sait pas où. A travers les réseaux sociaux, la plupart des Iraniens demandent que le gouvernement leur révèle où se trouve en ce moment le corps du roi.

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