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    «Morts par la France», pour une pleine reconnaissance des victimes de Thiaroye

    media L'entrée du cimetière militaire de Thiaroye en périphérie de Dakar. GEORGES GOBET / AFP

    Le 1er décembre 1944, des tirailleurs sont massacrés par l’armée française dans le camp de Thiaroye au Sénégal. Leur seul tort est d’avoir pacifiquement protesté, dès avant leur départ de Morlaix, en Bretagne, contre le non-versement de leur solde, après plusieurs années de captivité. Les survivants sont jugés, condamnés pour mutinerie puis graciés. Leur innocence n’est toujours pas reconnue. Depuis 2000, l’historienne Armelle Mabon cherche à combler les vides d’une histoire dont le souvenir est demeuré très vif en Afrique de l’Ouest. Le roman graphique de Pat Perna et Nicolas Otéro raconte ce combat pour la vérité. Il est sorti le 2 mai 2018 aux éditions des Arènes, sous le titre Morts par la France.

    « Je cherchais quelque chose sur les tirailleurs sénégalais. Notamment sur ce qu’ils étaient devenus en 1940. On parle toujours de la Grande Guerre, mais après ? » Pat Perna, ancien journaliste automobile, a commencé sa carrière en couvrant le Paris-Dakar. Puis il a tout lâché pour la BD d’humour, avant de se consacrer à des sujets historiques. La Seconde Guerre mondiale est devenue pour lui un terrain familier.

    Les tirailleurs dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale

    Il a raconté le destin de Joseph Darnand, soldat héroïque changé en collaborateur fanatique et sanguinaire, ou celui de Felix Kersten, le médecin de Himmler qui usait de ses talents pour sauver quelques victimes du nazisme. « De l’Afrique, je ne connaissais rien, poursuit-il, et puis j’ai vu ce livre d’Armelle Mabon, "Les Prisonniers de guerre indigènes". Il était épuisé et je lui ai écrit. »

    Ils se rencontrent au festival « Quai des bulles », à Saint-Malo. L’historienne lorientaise lui parle aussitôt du sujet qui l’occupe depuis près de 20 ans : Thiaroye, un camp près de Dakar où, le 1er décembre 1944, des tirailleurs sénégalais ont été massacrés par l’armée française. « Ici, on ne sait rien de ces histoires, s’étonne Pat Perna. Peu de gens se souviennent ,par exemple, que Jean Moulin a tenté de se suicider par refus d’accuser des soldats africains de crimes commis par l’aviation nazie. »

    L’ancien reporter propose le sujet à la revue XXI et il part enquêter sur les lieux. « À Dakar, tout le monde connaît cette histoire. C’est une blessure à vif qui continue d’empoisonner les rapports avec la France ». Au départ, des soldats libérés des camps de prisonniers sont rassemblés en Bretagne en vue de leur rapatriement. Ils n’ont pas reçu leurs soldes et certains refusent d’embarquer. Les autres se retrouvent dans ce camp près de Dakar où on les accuse de rébellion.

    De la recherche historique à la bande dessinée

    Armelle Mabon a montré que, contrairement à la version officielle, les tirailleurs n’étaient pas armés et n’ont donc guère pu se montrer menaçants. Elle récuse aussi le bilan de 35 morts affiché à l’entrée du cimetière, sur la base du nombre de soldats manquants entre le départ et l’arrivée au Sénégal. Elle souligne enfin des absences surprenantes dans les documents et nombre d’incohérences dans les témoignages. L’un d’eux accrédite l’hypothèse que l’armée a agi avec préméditation.

    Pat Perna se souvient de la réaction d’un haut gradé de l’armée sénégalaise : « Il n’y a que les Français qui soient assez enfants pour croire ce qui est écrit dans vos livres ». Et il est vrai qu’archives ou non, la visite des lieux est éloquente. « Comment expliquer qu’à la différence d’autres nécropoles militaires aucune des 210 tombes du cimetière de Thiaroye ne porte un nom ? Que dire encore de ce terrain vide près de la caserne où se dressait le camp d’autrefois ? Les gens l’entretiennent et si un promeneur comme moi s’arrête ici, dans les 10 minutes un militaire vient lui demander des comptes ».

    L'écrivain et journaliste Pat Perna au Café Léa à Paris le 1er mai 2018. Olivier Favier/RFI

    L’hypothèse d’Armelle Mabon est qu’il s’agit du charnier du massacre. C’est d’ailleurs ce qu’on dit à Dakar. « L’Etat sénégalais attend le feu vert de la France pour fouiller les lieux », explique l’historienne. Bouleversé par les injustices qu’il découvre, Pat Perna décide de s’associer à Nicolas Otéro pour faire un roman graphique centré sur cette chercheuse peu commune. « J’ai fait d’Armelle un personnage de roman, j’ai inventé son quotidien, ses amours. Je voulais associer à la tragédie de l’histoire une fiction plus légère, qui emporte le lecteur. J’ai aussi créé le personnage de l’historien accroché à la version officielle qui s’efforce de la décourager. Il est la synthèse de plusieurs personnes réelles ».

    Vers un procès en révision ?

    La visite de François Hollande en 2014 a marqué le début d’une reconnaissance de la France pour le crime de Thiaroye. L’estimation de 35 morts a été doublée par le président français qui a évoqué des soldats morts des suites de leurs blessures. Pour l’historienne, ils sont probablement plusieurs centaines, un nombre plus conforme à ce qu’on sait des moyens utilisés : deux automitrailleuses et un char d’assaut prêté par l’armée américaine. À ces soldats qui avaient vu la puissance coloniale défaite par l’occupant nazi, il fallait, explique Pat Perna, « rappeler qui était le patron ». Beaucoup de survivants ont été condamnés à des peines lourdes, avant d’être graciés en 1947. Leur innocence n’a jamais été reconnue.

    Armelle Mabon publiera la synthèse de ses recherches au début de l’année prochaine. D’ici là, Pat Perna espère que le roman graphique parviendra à sensibiliser un plus large public et à ouvrir la voie à un procès en révision. « Ce serait la première fois depuis l’affaire Dreyfus et ce serait pleinement justifié ! » Il rappelle combien il lui a été difficile de trouver un éditeur. « Sans les Arènes, ce travail n’aurait pas vu le jour. Jamais je n’aurais cru possible que certaines maisons me répondent : vous savez, un noir en couverture, ça n’est pas vendeur ».

    Il y a quelques semaines, le petit-fils d’un des condamnés, mineur non accompagné en France, a été expulsé en Italie malgré une demande d’asile en cours. Il a pu depuis regagner la France. L’historienne a fait de son cas un combat personnel : « J’aurais aimé qu’Issa apparaisse dans ce livre, il est arrivé juste un peu trop tard. L’histoire de son grand-père le hante. Ils partagent le même courage, la même combativité ».

    La couverture de la BD «Morts par la France» coécrite par Pat Perna et Nicolas Otéro. Les Arènes BD

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