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    Le matérialisme historique débarque en Afrique: Marx et les Africains (1/2)

    media Inauguration le 5 mai 2018 de la statue de Karl Marx dans la ville natale du philosophe allemand, à l'occasion du bicentenaire de sa naissance. Cette sculpture de 5,5 m du penseur a été offerte à la ville de Trèves par le gouvernement chinois. REUTERS/Wolfgang Rattay

    A l’occasion du bicentenaire de Karl Marx, le continent africain se souvient de l’héritage complexe du philosophe allemand. Tout comme le monde industrialisé occidental, l’Afrique, elle aussi, a été submergée par le tsunami marxiste, à la faveur de la révolution bolchevique d’octobre 1917. Or s’il n’y a pas eu de Cuba africain, la pratique politique dans les pays du continent n’en a pas été moins marquée par la pensée de Marx. Cette influence ne se réduit pas à l’avènement de régimes marxistes-léninistes dans une dizaine de pays du continent pendant les décennies de Guerre froide, elle est aussi à l’origine d’un véritable socialisme à l’Africaine, qui n’a peut-être pas encore dit son dernier mot.

    Karl Marx aurait eu 200 ans en mai cette année. Fils d’avocat, le penseur révolutionnaire allemand à la barbe emblématique est né le 5 mai 1818 à Trèves (Allemagne). Auteur d’ouvrages qui ont révolutionné la pensée politique et économique de notre temps, il décèdera à Londres en 1883, à l’âge de 65 ans.

    Des événements organisés dans sa ville natale à l’occasion du bicentenaire de la naissance du philosophe allemand permettent de passer en revue la très grande influence de sa pensée sur l’organisation sociale et politique à travers le monde. Le marxisme reste, écrivait Jean-Paul Sartre en 1960, « la philosophie de notre temps : il est indépassable parce que les circonstances qui l’ont engendré ne sont pas dépassées ».

    La réflexion de Marx sur les rouages de l’économie libérale considérée comme la meilleure analyse du capitalisme à ce jour, tout comme les grandes révolutions socialistes et populaires du XXe siècle inspirées par sa pensée, font de l’auteur du Capital (1867) à la fois un érudit visionnaire qui sut diagnostiquer les maux que porte en elle l’économie de marché et le père spirituel des dictatures communistes sanguinaires, entraînées par sa thèse sur la dictature du prolétariat.

    La vague marxiste n’a pas épargné l’Afrique. Pendant les années de lutte de libération coloniale, l’idéologie communiste issue de la pensée de Marx a fasciné les leaders politiques africains qui ont puisé dans ses fonds révolutionnaires slogans et espoirs pour les lendemains qui chantent. Le marxisme comme idéologie et pratique de gouvernance a perduré pendant la décolonisation avec des fortunes diverses, avant d’être marginalisé après la chute du communisme en Occident et la fin de la Guerre froide.

    Les précurseurs

    Homme de son époque, Marx avait en son temps soutenu la colonisation, comme en témoigne notamment son article sur la conqûete de l’Inde par les Britanniques paru en 1853 dans un journal new-yorkais. Tout comme son compère et co-auteur Friedrich Engels, qui, pour sa part, s’était félicité de la défaite de l’émir Abdelkader le 23 décembre 1847 et la soumission de l’Algérie par la France, le natif de Trèves considérait les pays colonisateurs occidentaux comme instruments de l’histoire universelle pour le développement du capitalisme. Paradoxalement, au XXe siècle, cela n’empêchera pas les colonisés africains de s’appuyer sur sa pensée révolutionnaire pour organiser leur lutte pour l’indépendance.

    Karl Marx en 1875. International Institute of Social History/John Jabez Edwin Mayal

    C’est suite à la révolution bolchevique d’octobre 1917, inspirée de la pensée marxiste, que les premiers Africains s’intéresseront aux idées communistes. La révolution d’octobre, tout comme la libération promise aux nations assujetties par le vieil empire russe, ouvrit de nouvelles perspectives pour les colonisés africains, vivant depuis trop longtemps sous le joug des grandes puissances occidentales. «  L'implication de cet événement hors du commun, sans doute l’événement politique le plus important du siècle dernier, n’était pas perdue pour l’élite africaine de l’époque, surtout celle qui avait reçu une éducation occidentale », a écrit l’historien britannique Hakim Adi, professeur d’histoire de l’Afrique en Grande-Bretagne.

    Le Sénégalais Lamine Senghor qui s’était battu pendant la Première guerre mondiale dans les rangs de la France ou encore le Nigérian Franck Macaulay, fils de Herbert Macaulay, considéré comme le « père du nationalisme nigérian », furent quelques-uns des premiers Africains à adhérer aux idées de l’Internationale communiste – le « Komintern » en russe – créée en 1919 dans la foulée de la révolution russe.

    La « question noire »

    Si l’obsession des premiers leaders de la révolution russe était d’exporter les valeurs de la révolution dans les pays de l’Europe occidentale où sévissait la contradiction de la bourgeoisie capitaliste et du prolétariat industriel, les bolcheviques ne négligeaient pas la nécessité stratégique de faire évoluer la situation coloniale dans le monde pour affaiblir leurs adversaires impérialistes. La prospérité de ces derniers, n’était-elle pas dépendante en grande partie de l’exploitation de leurs colonies ?

    Sous l’impulsion des Russes, les premiers partis communistes firent leur apparition en Afrique dès le début des années 1920, notamment en Egypte et en Afrique du Sud. Il se trouve que dans ces deux pays le mouvement anti-colonial et la classe ouvrière étaient les plus développés du continent. Par ailleurs, pour faire évoluer la situation dans les autres pays colonisés, le Komintern exigea des partis communistes européens désireux de le rejoindre qu'ils signent une charte de 21 engagements. L’engagement n° 8 leur faisait l’obligation de soutenir par des actions précises les mouvements d’émancipation dans les colonies sous la tutelle de leurs pays respectifs.

    Confronté à l’absence d’actions réelles dans ce sens par les partis communistes européens, le Komintern installa dès 1919 un Comité syndical international de travailleurs noirs (INTUCNW) chargés de pousser les partis communistes à se mettre au travail et à mieux organiser les ouvriers noirs dans des pays comme les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, mais aussi la Grande-Bretagne, la France et leurs colonies. C’est la preuve que Moscou se préoccupait réellement de la « question noire ».

    Apothéose

    L’intérêt personnel que portait Lénine à la « question noire » qui, dans l’esprit de l’auteur de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (1917) reliait ses préoccupations coloniales à la question du racisme contre les Noirs aux Etats-Unis, favorisa dès les premières années du processus révolutionnaire bolchevique l’établissement de ponts entre les communistes russes et les mouvements noirs radicaux aux Etats-Unis tels que l’« African Blood Brotherhood ».

    D’éminents Américains-Africains tels que W.E.B. Du Bois, Paul Robeson, Langston Hughes ou Georges Padmore qui, lui, était originaire de Trinidad et sera le compagnon de route du panafricaniste Kwame Nkrumah, se laissèrent séduire par les idées de la révolution prolétaire et la libération des opprimés. La légende veut qu’en se rendant à Moscou en 1926, Du Bois aurait déclaré : «  Si c’est cela le bolchevisme, alors je suis bolchevik. »

    Cette alliance féconde entre le communisme et les intellectuels africains-américains, connut son apothéose avec le congrès panafricain de Manchester en 1945, qui réunit tout le gotha de syndicalistes, d’intellectuels et de nationalistes africains, caribéens et américains, chargés de coordonner l’activité révolutionnaire autour de la « question noire ». « Membres pour la plupart de l’Internationale communiste, ils s’appuient sur la boîte à outils marxienne et panafricaine pour tracer le chemin vers la libération de l’Afrique encore colonisée et l’émancipation des Noirs à travers le monde », se souvient Amzat Boukhari-Yabara, l’auteur de Africa unite ! Une histoire du panafricanisme (La Découverte, 2014). « Le chemin se révélera plus tortueux que tout ce que ces militants pouvaient imaginer », ajoute l’historien.


    Lire le deuxième volet de l’article : « Socialisme à l’Africaine : Marx et les Africains (2) », dans la prochaine édition de L’Hebdo.

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