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    Les grands groupes français à l’assaut des salles de cinéma africaines

    media Des gens font la queue pour acheter leur ticket au cinéma le Majestic d'Abidjan le 20 octobre 2017. SIA KAMBOU / AFP

    Les grands groupes de l’industrie cinématographique française misent depuis quelques années sur les salles de cinéma en Afrique. Vivendi à travers son réseau CanalOlympia a déjà ouvert depuis 2017 huit salles de cinéma dans sept capitales africaines dont Dakar au Sénégal et Ouagadougou au Burkina Faso. D’ici la fin du second semestre 2018, le groupe Pathé-Gaumont, leader dans l’exploitation des salles en France va inaugurer son premier multiplex en Tunisie. Plusieurs décennies après leur fermeture, les salles de cinéma retrouvent leur public. Est-ce là, le signe d’un renouveau de l’industrie du cinéma en Afrique ?

    Le groupe Vivendi peut se frotter les mains. Dix-huit mois après l’inauguration en janvier 2017 à Conakry en Guinée, de la première salle de cinéma du réseau CanalOlympia en Afrique subsaharienne, les résultats sont bien à la hauteur des attentes et des prévisions. « Et Ils sont même plus encourageants », se réjouit, chiffres à l’appui, un porte-parole du réseau qui contrôle maintenant huit salles de cinéma dans 7 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale dont le Sénégal, le Burkina Faso et le Cameroun.

    En 2017, les salles de cinéma du réseau CanalOlympia ont comptabilisé plus de 90 000 entrées. Boosté en début d’année par le blockbuster « Black Panther » des studios Marvel, ce chiffre devrait plus que tripler en 2018. « L’évolution de la fréquentation est exponentielle puisqu’au 1er trimestre 2018, nous battions déjà largement ce premier bilan », affirme le porte-parole qui précise que les territoires les plus porteurs sont le Sénégal, le Cameroun et le Bénin. Avec des prix low cost (1 500 FCFA, 1 000 FCFA pour les enfants et 5 000 FCFA pour les séances spéciales), l’entrée des salles reste à la portée d’un grand nombre.

    Vivendi n’est pas le seul géant du divertissement à avoir jeté son dévolu sur le continent. En Côte d’Ivoire par exemple, le réseau Majestic est déjà présent depuis 2015.

    Pathé-Gaumont, l’un des leaders dans l’exploitation des salles en France (750 salles) envisage aussi entamer une aventure africaine en commençant par le Maghreb notamment la Tunisie. Il ouvrira d’ici la fin du second semestre 2018, un multiplex de huit écrans à Tunis. « Alors qu’ils ont beaucoup de moyens, le groupe français va commencer tout doucement par l’Afrique du Nord et ensuite, ils vont faire Dakar, Abidjan. Ils vont tester des multiplex de taille moyenne pour voir ce que cela donne », explique Claude Forest, professeur de sociologie et économie du cinéma à l’université de Strasbourg.

    Motivés par l’émergence d’une classe moyenne toujours plus consommatrice de contenus, les groupes français mènent une grande offensive sur le marché cinématographique africain et une course pour le contrôle des salles de cinéma. « Ils ont tous fait la même analyse. Il y a plus de jeunes, le pouvoir d’achat s’élève. Les conditions semblent donc réunies économiquement et sociologiquement pour qu’on puisse avoir à nouveau des spectacles cinématographiques », explique Claude Forest aussi co-auteur du livre Regarder des films en Afrique, sorti en 2017, aux éditions Presses Universitaires du Septentrion.

    Conforté par ses bons chiffres, le réseau CanalOlympia prévoit même s’agrandir d’ici la fin de l’année avec la construction et la rénovation d’une vingtaine de salles. Pourtant, il y a encore cinq ans, on était bien loin d’imaginer un renouveau du cinéma dans les capitales africaines. Une grande partie des salles avaient fermé à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

    Un duopole franco-monégasque

    Les grandes heures des salles de cinéma en Afrique francophone se situent entre les années 1960 et 70. C’était le duopole franco-monégasque Secma-Comacico qui détenait un réseau de près de 250 salles de cinéma et se chargeait de la distribution. « Ce sont des films américains, italiens, indiens ou de Hong Kong qui y étaient projetés », rappelle Claude Forest.« Mais à l’époque, il y avait déjà une amorce de distributions des films de certains réalisateurs africains », complète Dragoss Ouedraogo, cinéaste et anthropologue burkinabè.

    Au début des années 1970, des régimes socialistes sont au pouvoir. Et les filières sont nationalisées dans chaque pays. Au Burkina Faso par exemple, c’était la Société nationale d’exploitation cinématographique du Burkina (Sonacib) qui gérait une cinquantaine de salles à travers le pays. « Mais malheureusement, les personnels n’étaient pas compétents, il y avait des fraudes. L’argent recueilli dans les salles ne remontait plus aux distributeurs, puis aux producteurs. Donc plus du films, plus de spectateurs », explique Claude Forest.

    C’était aussi sans compter sur les programmes d’ajustement structurels du FMI et de la Banque mondiale des années 1990. Ils ont finalement eu raison de la filière cinématographique déjà agonisante. Les Etats ayant décidé de ne plus prioriser les secteurs culturels dans leurs lignes budgétaires. Privatisées, mais mal gérées, les salles ont fini par disparaître. « Certaines salles ont été cédées à des commerçants pour en faire des entrepôts ou des lieux de prière », explique Dragoss Ouédraogo, réalisateur de « L’or du Faso », un film sur les désastres de l’exploitation minière par les multinationales au Burkina.

    Des contenus africains

    Deux décennies plus tard, c’est la renaissance. Les salles rouvrent. Une aubaine pour l’industrie cinématographique africaine ? Ce n’est pas aussi simple. Les grands groupes sont plus affriolés par la perspective d’un marché de consommation en forte croissance et moins par le développement d’une vraie industrie, déplore certains acteurs. « Une grande partie des œuvres qui sont diffusées dans ces salles par exemple sont étrangères. Cette question des films qui y sont programmés est essentielle. Aujourd’hui, les Africains sont demandeurs de contenus qui concernent leurs réalités », tance Farah Clémentine Dramani-Issoufou, co-fondatrice de Africadoc-Bénin, un opérateur culturel dont le but est de valoriser les réalisations de cinéastes africains. « Il faut des contenus qui parlent de nos problématiques dans nos salles. Ces grands groupes vont encore une fois contrôler notre image si les Etats ne font rien », abonde Sylvestre Amoussou, Etalon d’argent lors de la dernière édition du Fespaco en 2017 avec son film « L’Orage africain : un continent sous influence ».

    « Les films issus du continent ne sont pas ceux qui attirent le plus le public en salle, répond de son côté CanalOlympia. Néanmoins, nous tenons à maintenir cette composante dans notre programmation afin de soutenir la création et les talents locaux. Les blockbusters, notamment américains, fonctionnent comme des produits d’appel et permettent à nos publics de renouer avec la sortie culturelle et de progressivement aller vers ce type de programmation ».

    Mais pour Dragoss Ouédraogo, ce n’est pas l’offensive de ces grands groupes qui réglera les problèmes structurels de fond de l’industrie cinématographique en Afrique. « Ces groupes ne viennent pas par philanthropie. Ils ont des objectifs économiques, politiques et de rentabilité commerciale. Nous avons besoin d’une vrai volonté politique de nos gouvernants qui n’existe pas ».

    Il faut savoir raison garder veut tempérer Claude Forest pour qui l’arrivée de Vivendi sur le marché peut-être tout de même une chance pour le financement du cinéma africain. « Si les Etats de toute l’Afrique subsaharienne ne protègent pas leur filière au nom de quoi, on ferait le reproche à des groupes étrangers d’intervenir. Il y a une faillite politique, juridique de la part des Etats, mais il n’est pas trop tard. On peut imposer des quotas de films. Et on peut prélever des taxes sur les places de cinéma pour donner des moyens aux réalisateurs locaux », propose l’universitaire.

    Canal +, filiale de Vivendi, se targue d’ailleurs d’être un partenaire clé du cinéma et des cinéastes du continent depuis plus de 20 ans. Le groupe finance, co-produit et accompagne la création de fictions longues et de fictions courtes. Le réseau CanalOlympia est une suite logique des investissements stratégiques du groupe français sur le continent.

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