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    [Reportage] Emigration clandestine vers l’Europe: «Chacun sa chance»

    media Départs de pick up pour le désert depuis Agadez au Niger. RFI/Bineta Diagne

    Au Niger, les autorités criminalisent le trafic illicite de migrants depuis 2015. Malgré un contexte hostile, les migrants sont toujours déterminés. Les contrôles rendent leur périple encore plus complexe et leur voyage vers l’Europe plus dangereux.

    Dans l’enceinte d’une concession en banco, des jeunes ont inscrit, à l’aide d’un morceau de charbon, les noms de villes d’Espagne et d’Italie qui les font rêver… Parmi eux, Mamadou, 23 ans, originaire de Sikasso, dans le sud du Mali. Voilà trois semaines que cet étudiant en comptabilité attend que sa famille finance la suite de son voyage. L’attente est longue. Pour tuer le temps, il alterne les parties de dames avec deux compatriotes également « en attente » et les longs moments de sieste sur une natte posée à même le sol.

    « On m’explique qu’arrivé au Sahara, les gens te vendent. On me raconte que dans le désert, je peux être confronté à un manque d’eau… et qu’en cas de panne de voiture, ça sera très difficile, peut-être même une perte humaine », dit-il d’une voix hésitante. Mais Mamadou ne veut pas croire ces avertissements. « Chacun sa chance », rétorque ce jeune à toutes ces personnes, sauvées in extremis dans le désert, et qui font le tour des foyers de migrants sur le départ pour les prévenir des nombreux dangers qui les attendent en chemin.

    Destin

    « Toutes ces histoires que l’on entend, qui se produisent dans le désert, tout cela ne me fait pas peur », affirme Abduladi Micko, un joueur de football professionnel. « Si je veux partir, insiste-t-il, je partirais. Si je dois mourir dans le désert, eh bien c’est mon destin, je m’éteindrais dans le désert ».

    Tous les après-midis, Abduladi Micko s’entraîne au stade d’Agadez. Depuis six mois, Abduladi joue sous les couleurs du Nasara AC, le club professionnel d’Agadez. Avec son salaire, chaque mois, ce joueur de 19 ans, originaire de Kaduna (Nord du Nigeria), économise pour financer la suite de son périple. Abduladi se verrait bien jouer à Hambourg, en Allemagne, ou à Naples, en Italie. « J’ai commencé à jouer au foot lorsque j’avais seulement 7 ans. J’ai toujours rêvé d’intégrer un club européen, raconte-t-il. A la fin de la saison dans ce club, je vais traverser le désert pour aller en Europe. »

    Pour cela, il lui faut encore économiser pour payer des passeurs qui l’emmèneront dans le désert, puis l’aideront à franchir la mer Méditerranée. Abduladi parvient à épargner 76 euros chaque mois, grâce à son salaire au club. « Je voudrais atteindre les 305 euros. Et puis j’irai en Libye. Une fois là-bas, je trouverai un petit travail pour financer le reste de mon voyage. Je pense que cela peut durer deux ou trois mois. Et puis ensuite, je continuerai ma route. Ou bien, l’autre option : je reçois une offre d’un club de foot européen, je l’accepte et je pars en Europe », dit-il enthousiaste.

    Contrôles renforcés

    Avec le durcissement des autorités vis-à-vis des passeurs et des rabatteurs, les contrôles se sont renforcés dans le désert. Ce contexte répressif rend le voyage des migrants beaucoup plus complexe. Pour échapper aux nombreux contrôles, ils logent désormais dans des « ghettos » – foyers – hors d’Agadez. Les jeunes se barricadent, de peur des contrôles de police.

    A ce jour, 72 personnes ont été condamnées par le tribunal d’Agadez à des peines variant entre un an et quatre ans de prison pour trafic illicite de migrants. Il s’agit de passeurs, de transporteurs et de « coxeurs » qui ont été arrêtés suite à l’application de la loi 2015-36. Ces prévenus ont également été condamnés à payer entre 305 et 1 500 euros d’amende. Cinquante véhicules tout terrain ont été confisqués suite à un jugement.

    Ces condamnations ont eu un effet dissuasif. Leur « activité » étant criminalisée, les passeurs évitent les postes de contrôle, esquissant de nouvelles routes. Pour être plus discret, Alassane, un passeur ayant requis l’anonymat, achemine moins de migrants sur ses véhicules. « Avant, je transportais trente migrants par véhicule. Maintenant, avec cette loi, j’ai dû réduire le nombre de passagers à 20 personnes. Et l’espace qui s’est libéré sert à mettre les bagages », explique-t-il. « Pour traverser le désert, poursuit-il, on a besoin de huit bidons de 25 litres d’eau par personne. Et puis le reste, on le complète en chemin : on se  ravitaille dans les puits ».

    Danger

    En empruntant des routes non surveillées, les risques pour les migrants sont décuplés. Les passeurs évitent désormais les convois sécurisés afin de ne pas attirer l’attention des autorités. Les départs se font tard dans la nuit. Les passeurs contournent les villages « étapes » (comme Dirkou ou Séguédine). Le périple est donc plus long. « Avant, on mettait seulement deux à trois jours pour aller en Libye, raconte Alassane. Et maintenant, ajoute-t-il, avec les nouvelles complications, il faut cinq jours. Il faut tromper des agents qui surveillent le territoire et cela prend du temps. »

    Assis à l’arrière des pick-up, les mains agrippées sur un bâton, il n’est pas rare que des migrants tombent du véhicule et s’égarent dans le désert. Dans la précipitation, « les chauffeurs abandonnent les gens dans le désert », regrette Bashir Hama, le président de l’association des anciens passeurs, qui regroupe une centaine de personnes.

    Inflation

    Enfin, ces nombreuses précautions enflent le prix du voyage pour les migrants. « Le prix du voyage a triplé », constate Giuseppe Loprete, le chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Avant, entre 5 000 et 7 000 migrants transitaient par Agadez chaque semaine », indique ce responsable. Depuis fin 2016, il y aurait « moins de 5 000 migrants » par mois, estime M. Loprete. « Le message est arrivé au réseau criminel, dans les pays d’origine, commente le diplomate italien. Il n’est pas facile organiser un convoi avec 100 à 200 véhicules ou de passer les checkpoints. Les passeurs font attention », constate ce responsable onusien.

    « Les chiffres ne veulent rien dire, parce que les routes changent et les gens prennent plus de risque, c’est très difficile de mesurer l’ampleur de ces flux de personnes », nuance un travailleur humanitaire, qui déplore l’ignorance générale autour « des nombreux migrants qui meurent dans le désert ».

    L’année dernière, près de 6 000 migrants ont pu être secourus dans le désert, selon Mohamed Bazoum, le ministre nigérien de l’Intérieur. Souvent, ces personnes apparaissent dans des conditions physiques dégradées. « On a des migrants qui arrivent après avoir marché six jours dans le désert. Ils présentent des signes de malnutrition. 99 % des migrants arrivent au centre de l’OIM avec une forme de traumatisme léger ou plus fort », indique Giuseppe Loprete, chef de mission de l’OIM, qui gère six centres de transit au Niger. « Au-delà des séquelles physiques, explique ce diplomate onusien, ces personnes arrivent avec la perception d’un échec de ne pas être arrivé en Europe. »

    (Re) lire : [Reportage] Niger: la difficile reconversion d’Agadez

    ► (Ré) écouter : Mohamed Bazoum, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique : «A Agadez, on est passé de 350 migrants par jour à 100 par semaine»

    ► (Ré) écouter notre série de reportages :
    - Niger : La difficile reconversion des passeurs (1/5)
    - Niger : Les routes de la migration se réorganisent (2/5)
    - Niger : Les migrants toujours déterminés (3/5)
    - Niger : Agadez attire désormais des réfugiés soudanais (4/5)
    - Niger : Le stade d'Agadez pour aider les jeunes (5/5)

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