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    Violences politiques en Guinée: une grande enquête pour retracer l’histoire

    media Des militants de l'opposition face à la police anti-émeute à Conakry, le 25 mai 2013. Cellou Binani / AFP

    C’est un rendez-vous exceptionnel que vous fixe ce lundi 18 juin le site RFI Savoirs, un rendez-vous avec des pages jusqu’ici peu documentées de l’histoire de la Guinée. On y croise des espions français de la fin des années 1950, des rebelles guinéens, des militaires portugais nostalgiques. On y lit le besoin de mémoire. On y comprend comment les hommes en uniforme, espoirs de la jeune nation indépendante, ont fini par être craints. Après des mois d’enquête historique, la « bibliothèque numérique » de RFI publie une collection complète d’articles sur les violences politiques qui ont traversé l’histoire guinéenne depuis son indépendance. Les premiers résultats d’un projet plus vaste qui doit donner lieu à la publication d’un ouvrage en septembre.

    L’histoire est une matière cachée en Guinée. Dans des replis de la mémoire des anciens, qui sont nombreux à ne pas vouloir raconter ce qu’ils ont vu et vécu, par prudence. Dans des malles et des tiroirs détenus par des privés guinéens qui sortent, à l’occasion, tels ou tels documents jaunis par les ans, qui auraient parfois leur place dans les cartons des archives publiques guinéennes. Matière cachée ? Sans doute parce que c’est aussi une matière sensible. Les historiens guinéens eux même avouent qu’ils la prennent en main avec précaution. Car les mémoires guinéennes restent conflictuelles. La polémique rôde souvent, attendant son heure.

    En dépit de ces difficultés, certains universitaires en Guinée (et ailleurs) ont engagé un chantier ambitieux et nécessaire sur l’histoire contemporaine guinéenne. A l’approche du 60e anniversaire de l’indépendance du pays, RFI et la FIDH ont décidé d’apporter leur contribution à cette grande entreprise de construction du puzzle historique guinéen.

    En février 2017, les deux structures ont initié un groupe de recherche qui, au-delà des vieilles lignes de fractures du XXe siècle, a rassemblé journalistes, défenseurs des droits humains, universitaires guinéens, français, américain. Les regards des participants sont évidemment différents mais ils sont complémentaires. Ils vont conduire à la publication en septembre d’un livre, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée dans laquelle on entendra la parole des miliciens de la première République et celle des victimes, le témoignage des hommes en uniforme et celui des organisations qui réclament justice.

    D’ores et déjà, RFI Savoirs propose la publication avancée de certains résultats de cette enquête. Le dossier est ouvert par un reportage de Florence Morice, intitulé Itinéraires d’une mémoire meurtrie  qui revient sur la difficulté de la Guinée à écrire cette histoire, à se souvenir collectivement. Des Guinéens y disent leur incompréhension sur la disparition de lieux de mémoire. Le camp Boiro, épicentre de la violence politique pendant les années de pouvoir d’Ahmed Sékou Touré, a ainsi vu de nombreuses traces du passé disparaître lors d’une opération de rénovation. « Tout juste l’AVCB (Association des Victimes du Camp Boiro) a-t-elle pu obtenir que dans la partie carcérale située à l’extrémité sud-est du camp, soit reconstruite une réplique d’un bâtiment baptisé "tête de mort", explique Florence Morice. Quatre murs sans toit où étaient livrés à la pluie, au soleil et au vent les prisonniers considérés comme les plus "dangereux". Au passage, les traces laissées sur ces murs par des prisonniers qui gravaient ou apposaient des inscriptions au moyen de leur sang ou de leurs excréments ont disparu. »

    Complots et manœuvres politiques sous Sékou Touré

    On découvrira aussi dans cette collection d’articles les secrets de l’opération Persil, l’opération de déstabilisation menée par les services secrets français en 1959 et 1960 pour tenter de renverser Sékou Touré. La série d’articles que nous co-signons avec Coralie Pïerret a exploité des dizaines de documents des archives françaises, y compris plusieurs notes établies par le SDECE (Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage, ancien nom des services secrets français) aujourd’hui accessibles aux historiens. Elle présente le témoignage inédit de « Matraque », l’un des hommes du « 11e Choc » envoyé à Dakar puis à Abidjan pour mettre en place l’opération. Nous sommes également retournés là où l’affaire a éclaté, à Mali, une localité de l’extrême nord de la Guinée où la mémoire de cet épisode disparaît progressivement. Ce complot peut être considéré comme « fondateur » pour la gouvernance de Sékou Touré car, s’il y a bien eu manœuvre de déstabilisation de l’étranger, le leader guinéen a su s’en saisir pour se débarrasser de voix discordantes et rééquilibrer un système politique ébranlé par différentes menaces. Il le fera par la suite à plusieurs reprises, dans d’autres « complots ».

    L’un des épisodes les plus durs de cette réaction est la vague de répression qui a frappé la Guinée après une attaque menée par les Portugais sur Conakry le 22 novembre 1970. La traque de la 5e colonne a laissé un souvenir traumatisant dans de nombreuses familles. Dans une autre série d’articles que nous co-signons avec Coralie Pierret et Carol Valade, nous faisons le point sur les raisons de cette attaque portugaise, la façon dont elle a été préparée, le déroulement de la bataille de Conakry et ses conséquences politiques avec le lancement de cette grande purge. Nous revenons sur l’une des figures du régime de l’époque qui sera victime après avoir été bourreau, Emile Cissé. Nous retraçons les dernières années de son existence au travers d’archives et de témoignages inédits.

    «Corps habillés», la mécanique de la violence

    Les violences politiques en Guinée après la mort de Sékou Touré en 1984 ont été marquées par la place croissante d’un acteur qui avait été marginalisé jusqu’alors : l’armée. Une armée qui prend sa revanche sous Lansana Conté, mais qui est aussi un corps à deux vitesses, quelques cercles s’enrichissant alors que l’essentiel de la troupe, paupérisé, doit vivre aux crochets de la population. Plus généralement, les corps habillés (les hommes en uniforme), chargés de maintenir l’ordre, sont critiqués pour la violence avec laquelle ils contrôlent les mouvements de manifestation. Dans ce dossier, nous leur donnons la parole au travers d’une série de témoignages collectés par Olivier Rogez pour essayer de comprendre quels sont les rouages de cette mécanique de la violence et comment on peut l’expliquer.

    Rendez-vous lundi 18 juin au matin sur RFI Savoirs et sur les antennes de RFI (notamment dans Reportage Afrique et dans Grand Reportage).

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