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    La tanzanite, success story tanzanienne?

    media Une tanzanite évaluée entre 250 000 et 300 000 euros présentée lors d'une conférence de presse à Londres le 8 juillet 2015. NIKLAS HALLE'N / AFP

    La tanzanite, pierre semi-précieuse extraite d’un gisement unique situé en Tanzanie, est prisée en Inde, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud. Tanzanite One, la société qui l’exploite à 50% en joint-venture avec l’Etat, a changé trois fois de main en 14 ans et se trouve désormais détenue par des Tanzaniens. Les autorités, de leur côté, ont décidé de mettre fin aux trafics. Un mur a été érigé autour du site minier et des taxes imposées aux mineurs artisanaux.

    La tanzanite, cette pierre d’un bleu profond qui tire sur le violet, a une histoire digne d’un conte de fées ou d’une tragédie post-coloniale, selon l’angle sous lequel on choisit de la regarder. Ce trésor du sous-sol africain a été découvert en 1967 par un berger masaï, qui l’a repéré à fleur de terre après un feu de brousse près du mont Kilimandjaro.

    Mais c’est le joallier new-yorkais Tiffany qui s’est empressé de faire main basse sur la pierre, qu’il a dénommée « tanzanite » à partir de 1968, en négociant des droits de vente exclusifs, détenus jusqu’à la fin des années 1970. Quant au berger Jumanne Ngoma, décoré en 1980 par le président Julius Nyerere, il est resté pauvre toute sa vie. Jusqu’à ce que le président John Mafuguli ne décide en avril dernier de récompenser en « héros national » ce vieil homme devenu hémiplégique, avec un don de 100 millions de shillings (44 000 dollars).

    Prisée en Inde et aux Etats-Unis, la tanzanite représente depuis 2005 une alternative aux diamants pour la bourgeoisie sud-africaine, qui en raffole. Son avantage : elle est extraite d’un gisement unique à Mererani, près de la ville d’Arusha. Elle ne peut donc pas être soupçonnée d’avoir trempé dans le financement de conflits comme les « diamants du sang », même si elle perpétue un cycle d’exploitation sans vergogne de quelque 30 000 creuseurs – parmi lesquels 4 000 enfants, selon Irin News. Elle est aussi moins chère, puisqu’un carat se vend entre 600 et 800 dollars, contre 1 000 à 1 400 dollars pour un diamant.

    Un gisement unique qui sera un jour épuisé

    Les prix de la tanzanite pourraient décupler quand les pierres cesseront d’être produites, affirment les dépliants des bijoutiers sud-africains. Ces brochures annonçaient au milieu des années 2 000 le tarissement du gisement pour 2020 – une date dont il n’est plus question aujourd’hui, les producteurs mentionnant plutôt 2030…

    La tanzanite est souvent présentée comme un investissement de choix, puisque la pierre serait un millier de fois plus rare que le diamant. L’argument de vente a cependant été douché par la chute des prix en 2009, tombés à 200 dollars le carat, pour cause de crise financière internationale. Une brusque baisse de la demande s’est jouée sur fond de trafic intensif.

    Le gisement de Mererani, exploité à 35% par le groupe Tanzanite One et à 65% par des mineurs locaux, fournit un million de carats par an. Entre 2001 et 2004, une société sud-africaine, Agfem, spécialisée dans les diamants, n’a pas pu redresser les cours de la tanzanite, déjà en chute à la fin des années 1990. En cause : la sous-évaluation de la pierre par les petits producteurs tanzaniens qui l’exportent massivement en Inde, via le Kenya. Là, elle est taillée et polie, avant d’être revendue à travers le monde où elle réalise hors du sol tanzanien l’essentiel de sa plus-value.

    Afgem a vendu en 2004 pour 23,5 millions de dollars ses intérêts à l’un de ses actionnaires, la société Tanzanite One, enregistrée aux Bermudes. Son patron sud-africain s’est inspiré des pratiques de marketing du groupe De Beers. Comme le producteur de diamants, il a lancé en 2005 le même système de vente, avec six sightholders, des grossistes triés sur le volet, à qui la société écoule le meilleur de sa production.

    Rachetée en 2010 par Richland, un groupe britannique qui a instauré la vente de ces pierres en ligne, la tanzanite brute génèrerait un chiffre d’affaires de 20 millions de dollars par an. Or, selon le Wall Street Journal, les Etats-Unis vendent plus de 350 millions de dollars de tanzanite par an, sous forme de pierres taillées serties dans des bijoux. Les exportations officielles de la Tanzanie, elles, ne dépassent pas les 12 à 16 millions de dollars annuels.

    Une affiche du président tanzanien John Joseph Magufuli sur le mur de 24 kilomètres construit autour de la mine de tanzanite de Merelani, près du mont Kilimandjaro, le 11 avril 2018. Joseph Lyimo / AFP

    Un mur pour mettre fin aux trafics

    Quelque chose, manifestement, ne tourne pas rond dans le modèle économique de la tanzanite. La firme Tanzanite One a de nouveau changé de main en 2014 au rabais, pour un montant estimé à 18 millions de dollars. Elle se trouve à 50% aux mains de Sky Associated Group, une entreprise formée par deux magnats miniers locaux, Hussein Gonga et Faisal Shahbhat, basés à Arusha.

    Malgré toutes ces péripéties, la tanzanite a encore des chances de devenir une success story africaine, puisque que les autorités de Dar-es-Salaam ont décidé de mieux en tirer parti. Un rapport parlementaire a montré en 2016 que l’Inde et le Kenya étaient les principaux exportateurs de la tanzanite, le pays n’en tirant que 5,2% des bénéfices. « Pas moins de 40% de la production écoulée illégalement a servi à créer des emplois dans d’autres pays », s’est lamenté lui-même le président John Mafuguli.

    De l’ordre a donc été mis dans ces affaires, manu militari, mais sans vision construite sur le long terme. L’armée a construit en 2017 un mur de 24 kilomètres de long autour du site de Mererani, équipé de caméras et de postes de contrôle. Résultat : en trois mois, entre janvier et mars 2018, l’Etat a collecté 313 000 dollars de taxes, autant qu’au cours des trois dernières années. Les artisans ont acquitté 270 000 dollars sur ce montant, signalant un effort de sortie du secteur informel qui n’est pas forcément rétribué par l’Etat, avec l’apport de services de base et de logements décents par exemple.

    Une route a enfin été construite en 2016 par des investisseurs chinois entre Arusha et Mererani, tandis que de longues files se forment tous les jours jusqu’à midi à l’entrée du site. Les mineurs artisanaux se montrent mécontents du contrôle exercé par les autorités. Certains, en Tanzanie, rêvent de voir le gouvernement contraindre le bijoutier Tiffany d’investir sur place, comme le Botswana l’a fait avec De Beers, pour enfin tailler les pierres en Tanzanie. Tant que le gisement n’est pas épuisé, le conte de fée n’est pas tout à fait terminé.

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