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    Hebdo

    L’Otan teste des drones sous-marins dans l’Arctique

    media Mise à l'eau d'un drone «Slocum G3» de Teledyne, à proximité du «NVR Alliance» de l'Otan. Ces engins peuvent récolter du renseignement dans les bas-fonds en autonomie pendant plusieurs mois. RFI/Romain Mielcarek

    De l’Atlantique aux Barents, des chercheurs de l’Otan expérimentent des drones sous-marins. Que ce soit pour faire du renseignement ou pour chasser les submersibles russes, ces engins autonomes captent toute l’attention des militaires de l’Alliance.

    A mi-chemin entre l’Islande et le pôle Nord, dans une nuit éclairée par le jour sans fin de l’été arctique, croise le NRV Alliance. Au large de la ville norvégienne de Brensholmen, cet étonnant cargo blindé de radars, de capteurs et de tout un appareillage de haute technologie, suit ses petits protégés : des drones sous-marins qui opèrent dans les profondeurs.

    Ces engins autonomes peuvent parcourir les mers pendant plusieurs mois sans aide de l’homme. Ceux-là sont chargés de glaner des données sur les bas-fonds. Ils auscultent leurs reliefs et relèvent températures et évolutions des courants. Autant d’informations qui ne cessent de varier et qui s’avèrent cruciales sur le plan militaire : les sous-marins habités, parfois porteurs d’armes nucléaires, utilisent ces éléments pour se camoufler lorsqu’ils patrouillent.

    Navire laboratoire

    « Nous amenons la science en mer. » C’est ainsi que le Dr. Catherine Warner résume la mission du Centre pour la recherche et l’expérimentation maritimes (CMRE), dont dépend le NRV Alliance. Cette agence de l’Otan, dont elle a pris le commandement en 2017, doit développer des technologies qui pourraient profiter aux membres de l’organisation. Un héritage de travaux initiés à l’époque de la guerre froide, comme le remarque cette chercheuse américaine : « A l’origine, [le centre] a été créé pour chercher les sous-marins soviétiques ». Un sujet qui redevient d’actualité alors que plusieurs pays européens ne cessent de dénoncer les passages de submersibles russes dans leurs eaux territoriales.

    Le CMRE et ses deux navires scientifiques (le CRV Leonardo et le NRV Alliance, capables d’aller dans les eaux glacées) poursuivent des recherches dans des domaines intéressant les militaires de l’Alliance : lutte anti-mines, lutte anti-sous-marins ou encore renseignement. Les drones leur offrent une multitude de possibilités tout en apportant des avantages présentés comme considérables. Peu coûteux, ils sont particulièrement endurants et, surtout, permettent de ne pas exposer d’hommes aux conditions parfois extrêmes des mers les plus exigeantes.

    Pour les 25 chercheurs et ingénieurs originaires des pays de l’Otan qui se relaient à bord, c’est une occasion rare de travailler sur des sujets particulièrement ambitieux. « Ce n’est pas comme si on avait des milliers d’années d’expérience sous-marine », s’exclame par exemple l’un des membres de l’équipe scientifique à bord du NRV Alliance, lorsque l’on évoque le potentiel de ces drones. « Nous ne faisons qu’explorer la surface. » Il note que le CMRE a créé un réseau de scientifiques de très haut niveau, dans des disciplines où l’Otan se retrouve en pointe : « En océanographie par exemple, beaucoup de chercheurs passent par ici ».

    Des engins prometteurs

    Ces derniers mois, les chercheurs du NRV Alliance ont testé plusieurs solutions offertes par les drones. Ils pourraient par exemple remplacer les coûteux et vieillissants chasseurs de mines, des bateaux indispensables pour sécuriser les ports et les axes empruntés par les navires militaires comme civils. Un drone a ainsi démontré sa capacité à repérer les objets suspects et à les signaler à l’homme, qui gagne ainsi beaucoup de temps.

    Ces robots sont aussi de performants capteurs de renseignements. Un officier, spécialiste de cette discipline, confirme toute la peine que ses hommes ont à repérer ces petits engins qui ne sortent que rarement de l’eau : « Et même dans l’hypothèse où l’on arriverait à en repérer un, le temps qu’on l’approche, il sera déjà loin ». Le tout avec d’énormes avantages sur les marins qu’il a l’habitude de commander : « Un équipage humain a besoin de retourner au port pour dormir, pour manger ou pour voir sa famille. Ces robots peuvent rester des mois en mer ».

    Les engins actuellement testés sur le NRV Alliance sont en partie pilotés. Les scientifiques leur donnent des directions et surveillent leurs trajectoires. Mais, à terme, des appareils de ce type pourraient opérer en totale autonomie. Installés en batteries sur les fonds marins les plus stratégiques, ils pourraient surveiller certains axes clefs pour les sous-marinades et ainsi signaler tout passage suspect.

    Remplacer l’homme sous la mer

    Aujourd’hui, les sous-marins d’attaque sont le meilleur moyen de chasser les sous-marins nucléaires chargés de porter le feu ultime, mais aussi les bâtiments de surface. Lors d’un raid en Syrie en avril 2018, des submersibles russes avaient ainsi repoussé des navires occidentaux. Ces robots pourraient jouer le même rôle dans quelques années : suivre, voire menacer leurs adversaires.

    « Les sous-mariniers sont pour l’instant sceptiques », explique le Dr. Catherine Warner. « Comme pour les pilotes de l’US Air Force lorsque les Predator sont arrivés à l’époque. Mais aujourd’hui, ils ont pleinement intégré l’intérêt de ces drones et ils ont accepté de travailler dessus ». La patronne du CMRE en sait quelque chose : avant de commander ce centre de l’Otan, elle a suivi au Pentagone plusieurs programmes d’avions sans pilotes embarqués, comme le Global Hawk, le Shadow 200, le RQ-5 Hunter et le fameux Predator, appareil emblématique du développement des drones armés américains.

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