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    Lisbonne, nouveau siège spirituel des ismaéliens

    media Le palais Mendonça, à Lisbonne, siège de l'imamat ismaélien qui accueille aussi les bureaux de l'Aga Kahn, chef spirituel de cette communauté. RFI/Marie-Line Darcy

    Chef spirituel d'une communauté de 15 millions de membres dispersés dans 30 pays dans le monde, l'Aga Khan, à la tête du courant musulman chiite des ismaéliens, s'apprête à installer officiellement le siège de son imamat à Lisbonne, perpétuant ainsi la tradition d'échange qui l'unit au Portugal depuis les années 1960.

    De notre correspondante à Lisbonne

    Le palais Henrique Mendonça est méconnaissable. Dans un écrin de verdure récemment paysagé, la demeure de 1909 vient de subir de profondes transformations. L’extérieur a été repeint et l’escalier monumental redressé. A l’intérieur, les salons recouverts de boiseries finement sculptées, de tissus et de carreaux de faïence, ont été refaits à l’identique. Ce travail de restauration a été confié aux meilleurs artisans de la capitale portugaise. Le vaste parc dissimule un parking souterrain d’un genre nouveau, destiné à accueillir les automobiles de l’Aga Khan.

    En 2019, quand tout le travail de restauration sera terminé, le chef spirituel de la communauté ismaélienne, une mouvance de l'islam chiite, y installera les services de son imamat, son siège. Situé au coeur de Lisbonne, le palais Mendonça que s’est choisi le milliardaire, descendant supposé d’Ali, gendre du prophète Mahomet, le fondateur de l'islam, est à l’image de son propriétaire : fastueux et en même temps discret, luxueux sans clinquant, raffiné et stylé.

    L’imam Aga Khan a dépensé 12 millions d’euros pour s’offrir le bel édifice construit par un ancien colon qui avait fait fortune à São Tomé, île de l'Atlantique autrefois portugaise. Karim Al-Hussaini Aga Khan, 49e imam de la lignée musulmane chiite ismaélienne, dispose de la 11e fortune du monde, évaluée à 3 milliards d’euros. L’imam est venu passer une semaine dans la capitale portugaise du 6 au 12 juillet pour ouvrir officiellement l’imamat, inauguré le 10 juillet.

    Il a ainsi fait coïncider l’événement avec la fin de son année de jubilé pour les 60 ans de son intronisation comme chef suprême des ismaéliens, cette communauté forte de 15 millions de personnes réparties dans une trentaine de pays dans le monde dont il est moralement et matériellement responsable. Cet événement est le résultat d’un long cheminement aux côtés des différentes autorités qui ont régi le Portugal ces dernières années.

    Relations privilégiées

    Karim Al-Hussaini n’avait que 20 ans quand il a été intronisé, en 1957. Son grand-père, amateur comme lui d’équitation, l'avait préféré à son propre fils, jugé trop frivole pour endosser la responsabilité spirituelle des ismaéliens. Karim devient alors Aga Khan IV, littéralement « prince » des ismaéliens. Les relations privilégiées avec le Portugal datent de cette époque.

    Le Portugal devient alors l’un des tout premiers pays à reconnaître la charge et la fonction du jeune homme. D’innombrables échanges suivent, l’Aga Khan ayant à cœur d’entretenir de bonnes relations avec le pays. Elles lui seront utiles notamment à la fin des années 1970. Pressentant la guerre d’indépendance au Mozambique, qui durera de 1964 à 1974, il conseille aux ismaéliens qui y vivent de venir s’installer dans l’ancienne puissance coloniale.

    Originaires d’Inde, ces ismaéliens mozambicains obéissent à leur imam et sont les premiers réfugiés à s’installer sur les rives du Tage, ce fleuve qui se jette dans la mer au niveau de Lisbonne. Commerçants habiles, lettrés pour beaucoup, ils adoptent le mode de vie portugais, se fondent dans la population en toute discrétion, s’intègrent et…font fortune. Aujourd’hui, forte de quelque 7 000 à 8 000 membres, elle représente la 4e plus grosse communauté en Europe. La deuxième génération d'ismaéliens portugais raconte des histoires de succès, que ce soit dans le textile, l’hôtellerie ou l’immobilier. Sur l’avenue Almirante Reis, qui traverse une partie du centre-ville, certaines boutiques renommées affichent au mur le portrait du vénéré Aga Khan.

    L’entregent de Son Altesse Karim Aga Khan va permettre à la communauté ismaélienne de disposer d’un centre de culte dès 1998. Là encore, il s'agit d'un bel édifice de style arabisant moderne, lové dans un immense parc dans le quartier de Laranjeiras, dans le nord-ouest de la ville. La communauté portugaise s’y rassemble pour prier, mais le centre ismaélien sert aussi de centre de congrès ouvert à tous. Le tournant viendra en 2008. Cette année, l’Aga Khan signe avec l’État portugais un concordat, à l’instar de celui qui existe avec l’Eglise catholique, qui reconnaît la figure juridique de l’imamat. Lisbonne accepte donc l’installation du culte musulman en son cœur.

    En 2015, un nouvel accord fixe cette fois le cadre institutionnel et financier de l’imamat. Le texte lui accorde un statut équivalent à celui d’une ambassade, garantissant la sécurité et l’immunité des officiels. Et concède d’importants avantages fiscaux pour permettre au richissime leader charismatique de s’installer dans le pays. L’Aga Kahn est loin d’être avare envers le Portugal. Tout récemment, il a effectué un don de 10 millions d’euros pour la recherche scientifique. Il projette de créer un lycée et devrait installer sa résidence privée à Lisbonne. Dans un discours prononcé lors des fêtes de son jubilé dans la capitale portugaise, il a évoqué un « Portugal, pays d’opportunités », montrant ainsi le chemin à ses fidèles pour investir.

    Tapis rouge, honneurs de la garde républicaine et vivats de la foule : l’Aga Khan a eu droit au traitement d’un chef d’État, avec réception par le président de la République et le Premier ministre portugais. A l’Assemblée nationale, le chef spirituel des ismaéliens a prononcé un discours flatteur à l’égard du pays qui l’accueille si bien, mettant en avant le pluralisme et la liberté religieuse pratiqués dans le pays.

    Le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa, à droite, accueille le prince Karim Aga Khan IV dans le palais de Belem, résidence de la présidence portugaise, le 9 juillet 2018. AFP/Patricia de Melo Moreira

    Les honneurs d’un chef d’Etat

    C’est à partir de l’imamat que sera dorénavant géré l’AKDN, le Réseau Aga Khan pour le développement, constitué d’une dizaine d’agences réparties dans le monde qui permettent d’investir dans le développement économique, social et culturel. Le leader spirituel coordonnait jusqu’à présent depuis Paris, où il a ses bureaux, ce réseau qui emploie 80 000 personnes dans le monde et dégage 3 milliards d'euros de recettes par an.

    La fascination qu’exercent le patriarche musulman et le culte ismaélien s’explique en grande partie par les principes qui les gouvernent. Pour la communauté, le terrestre et le divin, le matériel et le spirituel sont liés. S’enrichir n’est pas un tabou, à condition de procéder à la redistribution, d’aider les défavorisés, d’encourager la méritocratie et l’élévation par l’éducation. Les ismaéliens donnent une dîme, un impôt sur leurs biens, sans que personne ne soit forcé à le faire. Ce courant se veut celui de l’islam modéré, tolérant, pacifique, au culte moins rigoureux que dans le sunnisme.

    En 2017, les festivités du jubilé placées sous le signe des arts et de la culture, mais aussi de la prière, ont attiré quelque 45 000 ismaéliens du monde entier à Lisbonne. Entre les hôtels, la restauration et les dépenses variées, cette présence représente quelque 250 millions d’euros de recettes. Venus principalement des États-Unis, du Canada et d’Espagne, les ismaéliens ont réservé un accueil chaleureux à leur imam et se sont rendus spontanément devant le palais Mendonça, sous haute protection.

    Ce pèlerinage bon enfant s'est déroulé devant ce qui est ni une mosquée, ni un temple et pourtant symbole du culte d’un peuple sans nation. « Nous sommes très fiers, nous avons pu visiter l’intérieur du palais, racontent Rozina et Rahim Kradiya, qui posaient pour la postérité devant le bâtiment, le 10 juillet dernier lors de la consécration de l'imamat. C’est magnifique et très émouvant. Un grand moment pour notre communauté ».

    Rozina et Rahim Kradiya, un couple d'ismaéliens américains, posent fièrement devant le nouveau siège du culte musulman ismaélien, à Lisbonne. RFI/Marie-Line Darcy

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