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    Norvège: dans le Grand Nord, les Russes ne font peur à personne

    media Une vue de la ville de Tromsø. rfi/Agnès Rougier

    L’Otan, dont le secrétaire général est un Norvégien, ne cesse de s’inquiéter des ambitions militaires et stratégiques de Moscou. Pourtant, dans le Nord de la Norvège, seul pays de l’Alliance à avoir une frontière commune avec la Russie, les préoccupations sont tout autres.

    « Je hais les gens d’Oslo. Ils ont toujours peur des Russes. Ils ne font que suivre les Américains, qui sont des tarés ». Ce pêcheur de Hammerfest, dans l’extrême Nord de la Norvège, évoque spontanément le sujet. Une bière à la main, il ne cesse de dénoncer la relation qui unit son pays aux Etats-Unis : « Ils nous entraînent dans des guerres absurdes où nous bombardons des femmes et des enfants. Les Russes, eux, sont toujours venus pour nous sauver. »

    Pour lui, Moscou est le protecteur face aux invasions d'abord de Napoléon puis de l’Allemagne nazi. Il oublie qu’ici, à Tromsø, on avait résisté au XVIIIe siècle à celles venues de Carélie et de Russie. Peu importe, pour lui, Oslo, c’est loin. Par la route, il faut vingt-deux heures pour atteindre la capitale norvégienne. Il en faut moitié moins pour atteindre Mourmansk, capitale de la région russe la plus proche.

    L’Arctique, carrefour militaire et commercial

    La région de Tromsø est pourtant stratégique. La Norvège n’a cessé, ces dernières années, de réclamer de l’Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan) des efforts de « réassurance ». Inquiète de la remontée en puissance de l’armée russe, Oslo demande à ses alliés de prouver leur détermination à protéger le royaume et ses cinq millions d’habitants. Si Moscou fait peur, c’est parce que les mers glacées de l’Arctique sont un passage stratégique pour les sous-marins. En guise de réponse, les Etats-Unis ont doublé le nombre de leurs marines présents dans le Grand Nord : ils sont désormais 700 à se préparer à un affrontement polaire.

    Paradoxalement, à Tromsø, ces sujets ne sont pas des préoccupations. C’est d’ailleurs ici qu’a été installé le secrétariat du Conseil économique de l’Arctique. « Nos pêcheurs ont un regard pragmatique, témoigne Bianca Maria Johansen, économiste dans cette organisation dédiée au développement commercial des régions polaires. Pour eux, les Russes sont juste à côté et ils peuvent faire du commerce ensemble. » Pour elle, les sous-marins ne sont pas un sujet. Cette native de la région préfère parler transport maritime, investissement dans les infrastructures ou protection de l’environnement. D’ailleurs, un Russe et un Américain font partie de ce Conseil, sans que cela cause la moindre tension : « Nous faisons des affaires, nous n’avons pas besoin de nous positionner. »

    Les tensions stratégiques ont malgré tout des conséquences bien concrètes, comme l’explique Nils Arne Johnsen, un consultant passé par plusieurs organismes liés à la vie économique : « Les relations entre le Nord de la Norvège et le Nord-Est de la Russie se réduisent à cause de la situation politique et de la crise financière. Aujourd’hui, l’attitude des Russes a changé et il est de plus en plus difficile d’être payés. » Jadis prospères, les projets transfrontaliers ne cessent de tomber à l’eau.

    Terre de migrations

    Dans la région, même si les Russes multiplient les manœuvres militaires, ce qui préoccupe les Norvégiens est très concret : on réclame d’avoir le même niveau de vie qu’à Oslo, dans des régions où les infrastructures, les routes, les hôpitaux restent modestes. « Beaucoup de villages et de petites villes sont très isolés, remarque Nils Arne Johnsen. Lorsqu’il y a des accidents, ils restent très dépendants des avions-ambulances. Les gens ici se demandent parfois encore comment ils vont pouvoir nourrir leurs familles. »

    Dans la Norvège en général mais dans le Nord en particulier, la démographie est un véritable défi. Pendant longtemps, les jeunes partaient vers le sud pour trouver des conditions de vie plus favorables. Les investissements dans l’Arctique permettent d’offrir de nouvelles opportunités.

    Dans le secteur, les migrations restent perçues comme une chance. Nils Arne Johnsen en dresse la liste : les Polonais viennent pour les tâches peu qualifiées tandis que les Islandais, les Américains et les Canadiens viennent faire des affaires. Il y a même des Roms qui arrivent de Roumanie par avion, s’amuse-t-il.

    Les Russes aussi viennent facilement dans le Nord de la Norvège. Certains pour le plaisir de la pêche, véritable passion nationale. D’autres pour s’installer et occuper des postes qualifiés pour lesquels ils sont largement mieux payés que chez eux. Cet économiste note même un type bien particulier de relation transfrontalière : « Il y a une importante migration de jeunes femmes russes qui viennent se marier avec les Norvégiens les plus fortunés. C’est totalement entré dans les mœurs. Elles sont d’ailleurs très éduquées. »

    Bianca Maria Johansen confirme que les Norvégiens du Nord sont bien plus occupés par les sujets du quotidien : « Nous nous sentons en sécurité. La guerre avec les Russes, ici, ce n’est pas un sujet. Il y a toujours eu des militaires américains qui s’entraînent et des sous-marins qui émergent ici et là. Mais cela ne nous concerne pas : on se contente de le lire dans le journal. »

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