A PROPOS DE
de l'échéance à la déchéance
De l’
échéance à la déchéance, il suffit parfois de peu, de ne pas payer son dû. Le dictionnaire Robert des
Synonymes et contraires nous donne pour
déchéance : cassation, forclusion, prescription, puis : bannissement, déclassement, dégradation, déposition, destitution, disgrâce, exclusion, interdiction, privation de droits, radiation, renvoi, rétrogradation, révocation, suspension... et, enfin,
abaissement, bassesse, avilissement, chute, décadence, déclin, dégénération, déshonneur, discrédit, faute, flétrissure, forfaiture, honte, ignominie, indignité, infamie, ruine... ouf, et encore, ils n’y sont pas tous ! Si donc vous ne payez pas vos
échéances, même sans être roi ni autocrate, vous risquez de
déchoir et, une fois
déchu, de devenir un...
déchet (on le voit hélas chaque jour en ces durs temps de crise).
Ces mots viennent du verbe
déchoir, résultat d’une évolution phonétique du latin
decadere « tomber » (on retrouve la
décadence de notre liste). Le sens propre a peu à peu disparu au profit du seul sens figuré de « tomber dans un état inférieur à celui où on était ». L’expression « tomber en déchéance » est donc redondante. Morale ou physique, il s’agit bien d’une
chute, du verbe
choir qui a donné un autre verbe de sens figuré :
échoir, verbe qui ne se conjugue qu’à la troisième personne (on appelle cela un verbe défectif). Ce qui nous
échoit est ce qui nous « tombe dessus », ce qui nous arrive ou nous advient : «
Le rôle qui m’échoit (m’est échu), dira le nouvel élu,
me comble d’honneur. ». De là nous vient l’
échéance qui désigne la date à laquelle on peut exiger un paiement (ne dit-on pas que la paie
tombe à la fin du mois, ou que le 16 novembre 2004
tombe un mardi ?). Par extension, l’
échéance est la date à laquelle expire un délai, d’où les formules :
à longue, à courte, à brève échéance, le cas échéant.
Les financiers ont employé le mot dans le sens plus large de « ce qui est à payer à date fixe». Le débiteur sait qu’il aura à faire face à de
lourdes échéances (en d’autres termes qu’il a «
des dettes jusqu’au cou ») et que, dans son
échéancier, son créancier tient le registre des sommes dues avec les dates de versement. Par extension, ce mot est devenu dans beaucoup d’entreprises synonyme de
calendrier ou mieux, de
planning, non pas de l’argent à payer, mais des tâches à accomplir... dans le respect des délais !
Autrefois, l’
échéance était un héritage et l’
échéancier l’héritier chanceux... De là à conclure comme l’écrivain J.-K. Huysmans (1848-1907) que «
la société n’a fait que déchoir depuis les quatre siècles qui nous sépare du Moyen Âge »...
DES MOTS ET DES FAUTES
email
On appelle couramment le courrier électronique «
email » de l’anglais
Electronic mail. Quelques tentatives de francisation, comme
adrel ou
adèle, sont restées sans suite, et ce sont les Québécois, toujours soucieux de freiner l’invasion anglophone, qui ont créé le mot
courriel. Cette contraction de
Courrier
Electronique a même été adoptée par la Délégation générale de la langue française (Journal officiel du 20 juin 2003) et les dictionnaires de langue, comme Larousse ou Robert, qui avaient inclu
email il y a quelques années, ont introduit
courriel dans leurs dernières éditions.
Mél est un équivalent de l'abréviation « Tél. » avec le même usage (papier à en-tête, prospectus, carte de visite), mais n’est guère employé : vous ne dites pas «
Je vais te passer un tél » ; pas plus que vous ne direz «
Je t'envoie un mél ». On peut d'ailleurs se passer de cette mention, puisque la présence de l’arrobe, ou arobase
(@) rend une adresse électronique aisément reconnaissable. Les mots «
mail, émail, é-mail » relèvent du franglais et ne sont pas recommandés. Quant au
mail, faites attention si vous devez correspondre avec des Anglo-Saxons, ce mot renvoie chez eux au courrier postal... Rappelons à ce propos que ce
mail qui hérisse le poil des puristes vient tout bonnement du français
malle « sacoche, valise », du temps où le courrier arrivait par la
malle-poste, voiture tirée par des chevaux, qui transportait le courrier. Pour distinguer clairement le courrier électronique (
email) du courrier postal (
mail), les Nord-américains nomment ce dernier, non sans ironie, le
snail mail, le courrier... escargot !
EPONYMES
bottin
Pour trouver une adresse ou un numéro de téléphone, on consulte l’annuaire que l’on appelle également le
Bottin. Sébastien Bottin (1754-1853), ancien moine devenu secrétaire général de préfecture après la Révolution, s’intéressait à l’économie et à la statistique. Il reprit un travail commencé en 1797 avec
L’Almanach du commerce de Paris et dressa la première liste des commerçants de Paris.
L’Almanach Bottin, divisé en trois parties : Paris, Départements français, Etranger, connut un franc succès dès sa parution en 1819. Bottin mit sur pied un système de fiches avec une mise à jour régulière et plus de cinquante mille noms.
A sa mort, l’Almanach Bottin fusionna avec l’
Annuaire général du commerce, édité par Firmin-Didot et, dès 1900, on consultait tout aussi bien
l’annuaire que le
Bottin. Le nom propre devint nom commun dans le langage populaire, mais comme
Bottin est une marque déposée (et donc invariable comme Frigidaire ou Scotch), on ne devrait l’employer qu’avec une majuscule, et sans « s » au pluriel (des
Bottin). On peut donc consulter le Bottin mondain, mais l’emploi de
Bottin pour désigner l’annuaire des abonnés au téléphone est incorrect.
JEU DE MOTS
tenrec
Question : De quel animal le
tenrec est–il proche ?
1. du fennec ou renard des sables ?
2. du hérisson ?
3. du caméléon ?
Réponse :
2. Du malgache
tandraka, le
tenrec, typique de Madagascar, ressemble à un hérisson dont la fourrure serait composée de poils et de piquants.