A PROPOS DE
compagnon
Belle étymologie, celle de
compagnon. Le mot en effet vient du latin populaire
companio onis, « qui mange son pain avec ». Ce sens est plus évident avec la forme dénasalisée
copain, apparue au milieu du 19e siècle, dix ans avant la révolution de 1848 et son idéal de partage du pain.
Autrefois, avant la Révolution de 1789, le
compagnon était entre l’apprenti et le maître dans une corporation, c’est-à-dire l’organisation administrative d’une profession artisanale, le
compagnonnage. Certains de ces ouvriers très qualifiés entreprenaient un périple en France : les
compagnons du tour de France. Il en existe encore. Ce sens est resté dans certaines organisations (franc-maçonnerie, scoutisme, par exemple). Dans le langage courant, un
compagnon ou une
compagne est une personne qui partage la vie (c’est le cas d’un couple non marié. Pour les plus jeunes on dira plus volontiers
copain-copine) ou différentes activités :
compagnon de table,
de jeu,
de travail,
de cellule. L’expression
compagnon de route désigne le sympathisant d’un parti politique qui partage l’essentiel de ses idées et participe à certaines activités, sans pour autant y adhérer. L’expression a été employée en particulier pour les sympathisants du Parti communiste français dans les années d’après guerre.
Mais un
compagnon d’infortune désigne celui qui partage et subit les mêmes coups du sort, les mêmes épreuves. Le
compagnon ou la
compagne est donc la personne qui vous
accompagne, c’est-à-dire qui fait la route avec vous, ou qui passe sa vie avec vous.
L’
accompagnateur ou l’
accompagnatrice escorte ou guide un groupe ou une seule personne. Mais c’est aussi un musicien ou une musicienne qui
accompagne un chanteur ou une chanteuse avec un instrument de musique. Georges Brassens s’
accompagnait à la guitare.
Le terme
copain désigne aussi un
compagnon mais en général il concerne plus souvent des jeunes (sans être toujours le cas) et suppose un lien d’amitié ou une relation familière. C’est l’équivalent de camarade mais dans un registre plus familier (un
pote). Un
copain de classe,
de régiment,
de travail.
Il peut devenir péjoratif : les petits copains, ceux à qui on donne des avantages indus. On parle alors de copinage : « les copains et les coquins ».
DES MOTS ET DES FAUTES
TH/PH
Si l’on ne connaît pas l’étymologie (sans «
H » après le «
T ») des mots, on s’étonne souvent de la complexité de l’
orthographe (avec un «
H » après le «
T » et le «
P ») française. Les tenants d’une simplification de l’
orthographe voudraient écrire
téléphone (avec un «
H » après le «
P »)
téléfone, comme en espagnol
telefono. Les tenants de la belle
orthographe veulent à tout prix garder le mot
philosophie (avec un «
H » après les deux «
P ») dans sa jolie forme actuelle. Ils affirment qu’écrire
filosofie porterait atteinte à la
philosophie de Platon et d’Aristote, ces grands
auteurs (sans «
H » après le «
T ») qui font
autorité (sans «
H » après le «
T »).
Alors pourquoi ces «
TH » et ces «
PH » ?
Les mots en question viennent tous du grec qui avait deux lettres «
tau » et «
thêta » qui se prononçaient différemment : «
tau » comme notre «
T », et «
thêta » comme le «
th » anglais. La langue française les a réduits au son «
T ». Quant au «
PH » il vient d’une autre lettre grecque «
phi » qui correspond à notre «
F ».
Etymologie vient de deux mots grecs :
etumos (avec un
tau), vrai, et
logos, la langue. L’
étymologie est donc la « vérité du langage ». En fait, c’est l’origine des mots (ce que nous sommes en train de faire).
Orthographe vient de
ortho (avec un «
thêta »), droit, juste, et de
graphein (avec un «
phi »), écrire. L’
orthographe est donc la bonne écriture.
Téléphone vient de
tele (avec un «
tau »), au loin, à distance, et de
phôné (avec un «
phi »), la voix, le son. Le
téléphone est donc une « voix lointaine ».
Philosophie (avec deux «
phi ») vient de
philein, aimer, et de
sophia, la sagesse. Le
philosophe est « l’ami de la sagesse ». (Et
Sophie est une sage.)
Quant à
auteur et
autorité, ils viennent eux aussi du grec en passant par le latin. Mais n’en déplaise aux adversaires de la réforme de l’
orthographe, ils s’écrivaient avec un «
thêta » et sont donc un exemple d’
ortografe simplifiée. Les Anglais ont conservé le «
H » dans «
author » et «
authority ». Les
auteurs français privés de «
H » ont-ils moins d’
autorité ?
EPONYMES
villes
Si la déesse
Athéna a donné son nom à la ville d’
Athènes, on trouve aussi de nombreux exemples à l’époque moderne. Le tsar de Russie
Pierre le Grand a fondé la ville de
Saint-Pétersbourg qui a pris son nom (La ville de Pierre). Elle a été rebaptisée
Leningrad (ville de Lénine) en 1924. Puis elle a retrouvé son nom d’origine après 1989.
Il en va de même de l’ancienne ville
Tsaritsine qui devient
Stalingrad (ville de Staline) en 1925. Ou encore de
Nijni Novgorod devenue
Gorki, du nom de grand écrivain russe
Maxime Gorki.
On peut citer d’autres exemples dans le monde : l’ancienne
Rhodésie (aujourd’hui Zambie et Zimbabwe) en Afrique australe, du nom du colonisateur anglais
Cecil Rhodes.
Washington, capitale des Etats-Unis, nom du premier président à la fin du 18e siècle, après l’indépendance.
JEU DE MOTS
dissoudre, absoudre
Ces deux verbes posent une difficulté orthographique. Leur sens est bien connu. Le premier,
absoudre, vient du latin ecclésiastique «
absolvere ». C’est le pardon des péchés dans le christianisme et au-delà le pardon des fautes. Le second,
dissoudre, construit sur le modèle du premier, apparaît en français au 12e siècle. Il désigne la décomposition d’un ensemble, d’un corps physique ou d’un organisme :
dissoudre un morceau de sucre,
un mariage,
l’Assemblée nationale.
On écrit au présent :
Il absout Il dissout
Au participe passé, on écrit :
Elle est absoute Elle est dissoute
Mais au masculin comment écrit-on ?
Il est absout ? Il est dissout ? ou
Il est absous ? Il est dissous ?
C’est évidement la deuxième orthographe qui est la bonne, malgré le féminin qui en induit plus d’un en erreur.