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Façon de parler

Façon de parler du 24/12/2004

 

A PROPOS DE

compagnon

Belle étymologie, celle de compagnon. Le mot en effet vient du latin populaire companio onis, « qui mange son pain avec ». Ce sens est plus évident avec la forme dénasalisée copain, apparue au milieu du 19e siècle, dix ans avant la révolution de 1848 et son idéal de partage du pain.

Autrefois, avant la Révolution de 1789, le compagnon était entre l’apprenti et le maître dans une corporation, c’est-à-dire l’organisation administrative d’une profession artisanale, le compagnonnage. Certains de ces ouvriers très qualifiés entreprenaient un périple en France : les compagnons du tour de France. Il en existe encore. Ce sens est resté dans certaines organisations (franc-maçonnerie, scoutisme, par exemple). Dans le langage courant, un compagnon ou une compagne est une personne qui partage la vie (c’est le cas d’un couple non marié. Pour les plus jeunes on dira plus volontiers copain-copine) ou différentes activités : compagnon de table, de jeu, de travail, de cellule. L’expression compagnon de route désigne le sympathisant d’un parti politique qui partage l’essentiel de ses idées et participe à certaines activités, sans pour autant y adhérer. L’expression a été employée en particulier pour les sympathisants du Parti communiste français dans les années d’après guerre.

Mais un compagnon d’infortune désigne celui qui partage et subit les mêmes coups du sort, les mêmes épreuves. Le compagnon ou la compagne est donc la personne qui vous accompagne, c’est-à-dire qui fait la route avec vous, ou qui passe sa vie avec vous.

L’accompagnateur ou l’accompagnatrice escorte ou guide un groupe ou une seule personne. Mais c’est aussi un musicien ou une musicienne qui accompagne un chanteur ou une chanteuse avec un instrument de musique. Georges Brassens s’accompagnait à la guitare.

Le terme copain désigne aussi un compagnon mais en général il concerne plus souvent des jeunes (sans être toujours le cas) et suppose un lien d’amitié ou une relation familière. C’est l’équivalent de camarade mais dans un registre plus familier (un pote). Un copain de classe, de régiment, de travail.

Il peut devenir péjoratif : les petits copains, ceux à qui on donne des avantages indus. On parle alors de copinage : « les copains et les coquins ».


DES MOTS ET DES FAUTES

TH/PH

Si l’on ne connaît pas l’étymologie (sans « H » après le « T ») des mots, on s’étonne souvent de la complexité de l’orthographe (avec un « H » après le « T » et le « P ») française. Les tenants d’une simplification de l’orthographe voudraient écrire téléphone (avec un « H » après le « P ») téléfone, comme en espagnol telefono. Les tenants de la belle orthographe veulent à tout prix garder le mot philosophie (avec un « H » après les deux « P ») dans sa jolie forme actuelle. Ils affirment qu’écrire filosofie porterait atteinte à la philosophie de Platon et d’Aristote, ces grands auteurs (sans « H » après le « T ») qui font autorité (sans « H » après le « T »).

Alors pourquoi ces « TH » et ces « PH » ?

Les mots en question viennent tous du grec qui avait deux lettres « tau » et « thêta » qui se prononçaient différemment : « tau » comme notre « T », et « thêta » comme le « th » anglais. La langue française les a réduits au son « T ». Quant au « PH » il vient d’une autre lettre grecque « phi » qui correspond à notre « F ».

Etymologie vient de deux mots grecs : etumos (avec un tau), vrai, et logos, la langue. L’étymologie est donc la « vérité du langage ». En fait, c’est l’origine des mots (ce que nous sommes en train de faire).

Orthographe vient de ortho (avec un « thêta »), droit, juste, et de graphein (avec un « phi »), écrire. L’orthographe est donc la bonne écriture.

Téléphone vient de tele (avec un « tau »), au loin, à distance, et de phôné (avec un « phi »), la voix, le son. Le téléphone est donc une « voix lointaine ».

Philosophie (avec deux « phi ») vient de philein, aimer, et de sophia, la sagesse. Le philosophe est « l’ami de la sagesse ». (Et Sophie est une sage.)

Quant à auteur et autorité, ils viennent eux aussi du grec en passant par le latin. Mais n’en déplaise aux adversaires de la réforme de l’orthographe, ils s’écrivaient avec un « thêta » et sont donc un exemple d’ortografe simplifiée. Les Anglais ont conservé le « H » dans « author » et « authority ». Les auteurs français privés de « H » ont-ils moins d’autorité ?


EPONYMES

villes

Si la déesse Athéna a donné son nom à la ville d’Athènes, on trouve aussi de nombreux exemples à l’époque moderne. Le tsar de Russie Pierre le Grand a fondé la ville de Saint-Pétersbourg qui a pris son nom (La ville de Pierre). Elle a été rebaptisée Leningrad (ville de Lénine) en 1924. Puis elle a retrouvé son nom d’origine après 1989.

Il en va de même de l’ancienne ville Tsaritsine qui devient Stalingrad (ville de Staline) en 1925. Ou encore de Nijni Novgorod devenue Gorki, du nom de grand écrivain russe Maxime Gorki.

On peut citer d’autres exemples dans le monde : l’ancienne Rhodésie (aujourd’hui Zambie et Zimbabwe) en Afrique australe, du nom du colonisateur anglais Cecil Rhodes. Washington, capitale des Etats-Unis, nom du premier président à la fin du 18e siècle, après l’indépendance.


JEU DE MOTS

dissoudre, absoudre

Ces deux verbes posent une difficulté orthographique. Leur sens est bien connu. Le premier, absoudre, vient du latin ecclésiastique « absolvere ». C’est le pardon des péchés dans le christianisme et au-delà le pardon des fautes. Le second, dissoudre, construit sur le modèle du premier, apparaît en français au 12e siècle. Il désigne la décomposition d’un ensemble, d’un corps physique ou d’un organisme : dissoudre un morceau de sucre, un mariage, l’Assemblée nationale.

On écrit au présent :
    Il absout
    Il dissout

Au participe passé, on écrit :
    Elle est absoute
    Elle est dissoute

Mais au masculin comment écrit-on ?
    Il est absout ?
    Il est dissout ?
            ou
    Il est absous ?
    Il est dissous ?

C’est évidement la deuxième orthographe qui est la bonne, malgré le féminin qui en induit plus d’un en erreur.


Article publié le 24/12/2004