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Façon de parler

Façon de parler du 07/01/2005

 

AUTOUR D’UN MOT

hiver

« C’est l’hiver qui sonne à notre porte/ Mes amis, allumons un bon feu », chantait Rika Zaraï dans les années soixante-dix. La plus froide des quatre saisons de l’année, l’hiver commence, dans l’hémisphère Nord, au solstice de décembre (le 21 ou le 22) et se termine à l’équinoxe de mars (le 20 ou le 21).

Comme le gros du vocabulaire français, hiver vient du latin, mais sous une forme un peu déformée, car hiver en latin se disait hiems ; cependant les Romains parlaient volontiers de la saison hivernale : hibernum tempus, et c’est donc l’adjectif hibernum qui est parvenu jusqu’à nous. Le « b » s’est peu à peu prononcé « v » et le mot s’est raccourci très vite en hyver, puis sous sa forme actuelle, hiver, dès le 17e siècle.

Dans l’agriculture, l’hivernage désigne le labour qu’on donne à la terre avant le début de ce qu’on nomme parfois la « mauvaise saison », c’est aussi le temps de relâche des navires qui ne peuvent aller en mer. Sous les Tropiques, l’hivernage correspond à la saison des pluies. Par extension, hiverner a pris le sens de passer l’hiver quelque part, de préférence où il fait chaud, comme les hivernants de la Côte d’Azur ou des Baléares. Est hivernal ce qui est relatif à l’hiver : des ouragans hivernaux, un froid hivernal...

Certains scientifiques, dont le zoologiste Georges Cuvier (1769-1832) ont voulu utiliser ces termes dans un sens bien spécifique et ont recréé à cet effet une série de mots semblables, mais écrits avec le « b » d’origine : cela a donné hiberner, hibernant, hibernation, etc. L’hibernation recouvre l’ensemble des transformations que subissent les êtres vivants sous l’action du froid, mais plus particulièrement l’état de somnolence, appelée aussi dormance, dans lequel tombent certains mammifères dont la température corporelle tombe en dessous de la normale. On dit alors qu’ils hibernent. Parmi les animaux hibernants, on compte les chauves-souris, les ours, les marmottes, les loirs et les hérissons...

Enfin, l’adjectif didactique hiémal, synonyme d’hibernal, est un emprunt savant au latin hiems, et s’emploie, en sciences naturelles, à propos d’animaux ou de plantes.

JEU DE MOTS

désopilant

Question : est désopilant

1. quelque chose de comique, qui fait rire de bon cœur ;
2. un produit qui supprime ou fait tomber les poils ;
3. un événement affligeant, consternant, qui nous contrarie.

Réponse : 1. Une histoire est désopilante, si elle est drôle, hilarante et nous fait beaucoup rire. L’adjectif vient de désopiler « désobstruer un organe», surtout la rate, qui régulait les humeurs noires. Déjà au 16e siècle, Rabelais parle de « se désopiler la rate » pour chasser la bile et donc la mélancolie.
Ce terme a comme origine le poil (pilus) tout comme dépilatoire qui qualifie les crèmes vendues dans le commerce pour ôter les poils poussant malencontreusement sur les jambes, les aisselles ou la lèvre supérieure de certaines dames qui trouvent cela tout à fait désolant.

LES MOTS DU CORPS

fesses

Le mot fesse vient du latin fissum, du verbe findere « fendre ». Il serait donc logique d’utiliser le singulier car une seule « fente » sépare les deux globes charnus (musculo-adipeux, disent les anatomistes) qui ornent nos postérieurs, mais l’usage n’en a pas voulu ainsi et fesse s’emploie le plus souvent au pluriel, le singulier étant réservé à des sens plus élargis (« aimer la fesse » par exemple renvoie à l’amour physique) ou plus étroits (« elle a mal à la fesse gauche »). Le fessier désigne familièrement le postérieur, mais les anatomistes (toujours eux !) utilisent l’adjectif fessier, fessière, pour tout ce qui est relatif à la région postérieure du bassin et parlent des muscles fessiers.

Le mot fesse entre en concurrence serrée avec « cul » et « derrière » dans nombre de locutions populaires. Une personne qui a échappé de peu à un danger et qui a eu très peur « a eu chaud aux fesses ». « Gare à tes fesses ! », criera le chauffeur pressé à un piéton imprudent pour lui signifier de se pousser vivement. Pincer les fesses des dames fessues, c’est-à-dire bien dotées par la nature semble être un passe-temps pratiqué par beaucoup d’hommes, au point qu’un pince-fesses est le nom que l’on donne à un bal ou une surprise-partie.

Sans doute parce que cette partie de notre anatomie est particulièrement sensible, on dira d’une chose exagérément chère qu’elle coûte la peau des fesses. A ce propos, on ne peut s’empêcher de penser à la fessée, cette correction que l’on donne aux enfants sur les fesses... Eh bien, il semblerait que la fessée et le verbe fesser qui va avec, n’ont rien à voir avec les fesses ! Ces mots viendraient de l’ancien français faisse ou fece, des faisceaux de verges ou baguettes que l’on utilisait pour battre quelqu’un... Foin de fessée ici donc, rien ne vaut, paraît-il, un bon coup de pied aux...

LES MOTS VOYAGEURS

bretzel

En Alsace, on aime les bonnes choses : choucroutes et vin de Gewurztraminer, kouglofs et autres gourmandises ; on y aime aussi la bière que l’on boit volontiers accompagnée de bretzels, ces petites pâtisseries, le plus souvent salées, en forme de huit. Les Alsaciens sont restés très attachés à leur langue qui leur vient de l’alémanique, lorsque les Alémans envahirent cette région frontalière en 406.

Mais le bretzel est sans doute arrivé jusque là-haut par le biais des Italiens du Nord qui, dans leur dialecte, avaient déjà un biscuit en forme de bras entrelacés qu’ils appelaient brachiatella, du latin brachium « bras ». On trouve au cours des siècles, de la Suisse à la Moselle, les formes brètsèle, brestel, pretzel, etc., mais c’est finalement par un emprunt à l’allemand Brezel que ce délicieux gâteau apéritif est arrivé en France avec l’essor des brasseries à la fin du 19e siècle.

Article publié le 07/01/2005