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Façon de parler

Façon de parler du 04/03/2005

 

A PROPOS DE

cadet

(MFI) Cadet Rousselle a trois garçons ; (bis)
L’un est voleur, l’autre est fripon, (bis)
Le troisième est un peu ficelle,
Il ressemble à Cadet Rousselle.
Ah ! Oui ! Ah ! Oui vraiment,
Cadet Rousselle est bon enfant.


Pour avoir abusé de son pouvoir, le révolutionnaire Guillaume Joseph Roussel (1743-1807) inspira au chevalier Chenu du Souchet cette chanson satirique devenue si populaire. Le fait d’être né second fils d’un cavalier de la Maréchaussée, lui valut sans doute son surnom. En effet, on appelle cadet, depuis le 16e siècle, le deuxième enfant d’un couple.

Le premier enfant, celui qui est né « avant » (ains en ancien français) est l’aîné ; en tant que premier-né, il bénéficiait d’avantages considérables en matière de succession, grâce au droit d’aînesse ou droit de primogéniture. Au sens large, l’aîné peut désigner une personne plus âgée et possédant plus d’expérience qu’une autre.

Puis vient le deuxième enfant qui devient le puîné (puis + né), comme pour aîné, l’accent circonflexe sur le « i » est une réminiscence purement graphique du « s » latin. Le terme peut s’employer pour chacun des enfants nés ensuite, mais il reste avant tout juridique depuis qu’il a été supplanté par cadet, mot qui nous vient du gascon capdet « chef, capitaine ». Au 15e siècle, les grandes familles de Gascogne prirent l’habitude de mettre leurs puînés au service du roi de France, créant ainsi la compagnie des cadets ou cadets de Gascogne qu’Alexandre Dumas immortalisa dans son roman de cape et d’épée Les Trois Mousquetaires.

Par extension, le cadet signifie « moins âgé », tandis que le benjamin désigne le plus jeune de la famille et, souvent, le plus choyé : Benjamin était, dans la Bible, le nom (c’est encore un prénom aujourd’hui) du plus jeune fils de Jacob et son préféré. Il s’applique de préférence au plus jeune dans le groupe d’âge des dix, onze ans.

Entre les droits réservés à l’aîné et les faveurs accordées au benjamin, le cadet n’est pas toujours le mieux loti, ce que reflète fort bien l’expression populaire « C’est le cadet de mes soucis ! ».

DES MOTS ET DES FAUTES

l'apposition

(MFI) Un mot mis en apposition est placé, près d’un autre nom qu’il éclaire ou précise. Comme l’adjectif, il sert à qualifier quelque chose : le lion, terreur des forêts, est un animal redouté. L’apposition s’emploie très couramment et ne pose pas de problème particulier si ce n’est, parfois, un risque d’ambiguïté. Ainsi dans la phrase « En discutant avec le jardinier, mon père, le général déclara que les roses étaient belles », le père est-il général ou jardinier ? L’absence de virgule après général nous indique que le jardinier est mon père (apposition), mais si la phrase est ainsi rédigée : « En discutant avec le jardinier, mon père, le général, déclara... », alors mon père est le général (apposition). On voit que ce n’est pas si simple !

Une erreur fréquente se retrouve dans les courriers : « Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur, etc. ». Cette formule est erronée car la règle veut que l’apposition porte toujours sur le même sujet, le même nom ou la même idée qui régit la proposition principale. Dans cet exemple, la personne qui attend et celle qui agrée ne sont pas la même, d’où la faute. La formule correcte devrait être : « Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, etc. ». Un autre exemple, plus drôle et peut-être plus évident de cette erreur courante : « Trop cuits, nos invités n’ont pas apprécié les tournedos. » Trop cuits, les invités ? Allons donc, c’est encore un coup de l’apposition !

EPONYMES

bourdaloue

(MFI) Les bourdalous ont quasiment disparu des dictionnaires, mais nous en parlons ici pour montrer combien les éponymes suivent la mode. Un Jésuite, Louis Bourdaloue, s’étant dès 1666 mis à prêcher, rencontra un succès si fulgurant que l’on donna son nom à nombre d’objets liés à sa personne. Ainsi un bourdalou désigna d’abord la tresse ou le ruban qui ornait un chapeau, comme celui que portait le fameux prédicateur, puis, avec un peu moins de révérence mais plus de longévité, un bourdalou fut un pot de chambre dont le fond était orné d’un oeil entouré de légendes grivoises. Sans doute le prêtre devait-il en entendre de belles en confessions, à moins que ses sermons fussent si longs qu’il fallait venir l’écouter prémuni d’un ustensile adéquat...

Le Bourdaloue est encore de nos jours, le nom d’un entremets composé de demi poires Williams pochées, noyées dans une crème frangipane vanillée, recouvertes de macarons écrasés et glacées au four. Sans doute pensez-vous que le bon Monsieur Bourdaloue, malgré ses prêches, succombait volontiers au pêché de gourmandise... Non point ! Le pâtissier de la Belle Époque qui inventa ce beau dessert, ainsi que la tarte du même nom, était tout bonnement situé rue Bourdaloue à Paris, car, bien entendu, cet homme célèbre que tout le monde ignore aujourd’hui avait donné aussi son nom à une rue qui devint à son tour éponyme...

JEU DE MOTS

le bon mot

(MFI) Question : Le Tribunal d’Athènes portait autrefois ce nom, qui désigne aujourd’hui une assemblée d’individus particulièrement compétents, juges, savants ou hommes de lettres. Quel est ce nom ?

1. Aéropage
ou
2. Aréopage

Réponse : C’est 2 qui donne la bonne réponse... Comme les membres du tribunal grec siégeaient sur la colline d’Arès, Areios pagos en grec, on leur donna tout naturellement le nom d’Aréopage, que le français littéraire reprit au 18e siècle sans majuscule pour désigner toute réunion de hauts et éminents personnages. Si l’on trouve nombre de mots composés avec le préfixe aéro « air » (aérogare, aéroport, aéroplane, etc.), aéropage n’existe pas !

Article publié le 04/03/2005