Façon de parler
Façon de parler du 18/03/2005
JEU DE MOTS
fakir
(MFI) Question : En Europe, un fakir marche ou dort sur un lit de clous ; en Inde, c’est un ascète qui se livre à des mortifications en public en échange d’aumônes. Cependant le mot vient de l’arabe : savez-vous si, dans cette langue, il signifie :
1. un homme versé dans la connaissance de la loi divine ?
2. un pauvre ?
3. un prestidigitateur ?
4. un yogi ?
Réponse : 2. faqîr signifie « pauvre » en arabe, mais le mot a pu, en français, se mêler au mot faqĭh « homme versé dans la connaissance de la loi divine ».
LES MOTS DU CORPS
dos
(MFI) « J’en ai plein le dos ! ». S’il est vrai que maladies et douleurs de dos sont le mal du siècle, alors cette expression est sans doute l’une des plus répandues dans la langue française aujourd’hui, tant il est vrai que la sensation de fatigue, morale ou physique, le ras-le-bol et le sentiment de n’en plus pouvoir se traduisent admirablement bien par l’idée que l’on porte un poids sur l’échine...
Echine a longtemps fait concurrence au dos, pour l’emporter dans les langues méridionales (schiena en italien), ce qui est étonnant dans la mesure ou ce mot vient du Nord, du francique skina « baguette de bois, longue aiguille », par analogie épine dorsale. En français, échine s’emploie surtout pour les animaux et en boucherie, où elle désigne une partie de la longe de porc, mais on la retrouve dans nombre d’expressions encore courantes, telles que courber l’échine « se soumettre » ou s’échiner au travail, « s’éreinter, se donner beaucoup de peine... »
Mais revenons à dos, que nous devons au latin dorsum ou dossum qui s’applique à toute forme horizontale possédant une forme légèrement convexe. Ainsi le dos d’âne est-il une portion de route bombée, avec deux courtes pentes en sens opposé. Parce que c’est un terme générique décrivant avant tout une forme, dos entre dans de nombreux termes comme le dossier, partie d’une chaise à laquelle on s’adosse, ou le dossard que les sportifs endossent pour porter un numéro ou le nom de leur équipe... Les expressions populaires abondent, des plus coquines comme la rabelaisienne et érotique métaphore bête à deux dos, aux plus sérieuses : être le dos au mur « être acculé, être dans une situation désespérée ».
LES MOTS DU CORPS (suite)
dos
... Le fait que l’on ne puisse voir ce qui se passe derrière soi, ajouté au tabou culturel de la sodomie, a créé nombre de locutions traduisant la tromperie, la trahison : lorsqu’on s’est « fait avoir », que l’on se sent « possédé », on dit qu’on l’a dans le dos ; celui qui trahit la confiance d’un proche, d’un collègue, lui fait un enfant dans le dos, quand il ne lui tire pas dans le dos, l’image du coup de feu par derrière illustrant l’agression lâche, la traîtrise finale.
Avoir le dos tourné ne signifie pas tourner le dos à quelqu’un : dans le premier cas, on est absent, dans l’incapacité de surveiller quelqu’un ou quelque chose (« Que font-ils pendant que j’ai le dos tourné ? » s’interroge l’amant jaloux), dans le second cas, on refuse de parler ou d’avoir affaire à quelqu’un (« Quand il m’a accusé de le tromper avec sa femme, je lui ai tourné le dos » s’offusque l’ami soupçonné). Ah, Cupidon, le petit dieu grec de l’amour, a bon dos, c’est sur lui qu’on rejette volontiers la faute... mais quant à nos deux amis, renvoyons-les dos à dos, sans donner raison à l’un ou à l’autre car, dans ces histoires-là, mieux vaut ne pas se faire d’ennemi et ne se mettre personne à dos...
LES MOTS VOYAGEURS
scalp
(MFI) Scalp apparaît pour la première fois en français en 1803, dans l’ouvrage du comte de Volney qui l’avait lui-même emprunté au Canadien William Mackenzie. Ce dernier décrivait le rituel de certains guerriers indiens qui découpaient la peau du crâne d’un ennemi abattu pour en arracher la chevelure, conservée comme un trophée.
Mackenzie utilisait le terme anglais scalp « calotte crânienne », vieux mot appartenant à une souche germanique, skala « coquille ». Cette pratique barbare n’ayant pas d’équivalent chez les Blancs (pourtant tout aussi guerriers et non moins barbares), le terme passa tel quel dans la plupart des langues d’Europe (scalpo en italien, Skalp en allemand). On en fit même un verbe, scalper, et la danse du scalp nourrit pour longtemps la terreur des colons américains ainsi que l’imaginaire frissonnant des enfants et des amateurs de westerns...
Article publié le
18/03/2005