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Façon de parler

Façon de parler du 29/04/2005

 

AUTOUR D’UN MOT

aïeul

(MFI) « Mon aïeul prétendait que, de son temps, les jeunes étaient plus respectueux ».

L’aïeul, c’est le grand-père, maternel ou paternel. Il vient d’un mot très ancien, indo-européen, avus, utilisé pour appeler affectueusement les plus anciens du groupe, avia en latin était la grand-mère et le diminutif avunculus a donné l’oncle ainsi que l’adjectif savant avunculaire « qui a rapport avec l’oncle ou la tante ». Aïeul a la particularité d’avoir deux pluriels différents : le premier, aïeuls, est utilisé pour les grands-parents, grands-pères et/ou grands-mères, et aïeules pour les grands-mères, les bisaïeuls étant les arrière-grands-parents et les trisaïeuls les parents de ces derniers... Le second, aïeux, passa dans l’usage vers le 17e siècle, pour désigner tous ceux qui ont vécu avant nous dans les siècles passés, ceux dont nous descendons : « Il tient son nom et sa fortune de ses aïeux », dira-t-on du descendant d’une grande famille, pour indiquer que ces avantages remontent fort loin dans le temps.

« Ah, mes aïeux ! », cette exclamation d’étonnement , si elle semble un peu passer de mode, est une façon de prendre ses ancêtres à témoin, de les invoquer lorsqu’il nous arrive une aventure hors du commun, une manière de dire que, de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu ça...

JEU DE MOTS

Félix

(MFI) Question : Félix, ce prénom assez courant vient du latin. Que signifie-t-il :

1. heureux ?
2. lion ?
3. chat ?

Réponse : 1. Felix qui signifie « heureux » en latin a également donné le mot félicité « joie, bonheur ». En 1919, un Australien, Pat Sullivan, créa un personnage de bande dessinée destiné à devenir célèbre : le chat Félix, jouant sur le mot « heureux », mais aussi sur felis, nom du chat en latin.

LES MOTS DU CORPS

sein

(MFI) « Couvrez ce sein que je ne saurais voir », c’est ainsi que, dans cette pièce classique de Molière, un hypocrite qui louche tant et plus sur le décolleté d’une jeune fille, prétend ne pas s’intéresser à la chose... Le sein, dans son sens le plus courant aujourd’hui, désigne donc « chacune des mamelles de la femme », comme le dit si bien le Petit Robert... Cette partie du corps féminin possédant une très nette charge érotique, les synonymes familiers ne manquent pas : lolos, nénés, doudounes, nichons, rotoplots et roberts entre autres, ce dernier mot, assez saugrenu, venant tout simplement d’une marque de biberons très vendue au début du siècle dernier.

Le sein, sinus chez les Romains, désignait un pli que formait la toge relevée sur l’épaule. C’est dans ce pli que les femmes portaient leur enfant, d’où le glissement de sens vers « poitrine », mais aussi vers l’idée d’asile, de refuge, d’intérieur ou de profondeur : le sein de la terre, le sein de l’Océan ou encore le sein de Dieu, le Paradis, à ne pas confondre avec le Saint des Saints, partie secrète du sanctuaire qui doit demeurer cachée au profane...

Pendant longtemps, on appela sein la partie inférieure du thorax, le mot poitrine étant alors d’un emploi rare, et ce n’est qu’au 19e siècle qu’il remplaça définitivement les mamelles et les tétons devenus péjoratifs. On se mit alors à distinguer le pluriel du singulier : une femme peut avoir de beaux seins ou pas de seins du tout (auquel cas on dit qu’elle est plate comme une limande), elle peut au contraire avoir les seins qui tombent, mais elle donne le sein à son bébé, elle peut prendre un bain de soleil seins nus, mais elle risque d’avoir un cancer du sein.

Quant aux hommes, ils en ont aussi, même s’ils sont nettement moins proéminents. Ils préfèrent sans doute bomber le torse, car on emploie peu ce mot pour eux : ça leur ferait mal aux seins !

LES MOTS VOYAGEURS

croissant

(MFI) Devenu l’emblème de l’Empire turc en 1674, le croissant représente un symbole du monde musulman, que l’on retrouve dans les drapeaux de l’Algérie, de la Tunisie, des Comores, ainsi que dans l’organisation internationale du Croissant rouge, équivalent de la Croix-Rouge. A l’origine, ce participe présent du verbe croître « grandir » faisait référence à la période entre la nouvelle lune et la pleine lune, période pendant laquelle notre satellite semble « grandir » ; cet emploi n’a pas duré, mais l’on a gardé le mot pour décrire l’aspect de la Lune au début et à la fin de son parcours.

En France, pays de gourmands, le croissant évoque surtout une pâtisserie au beurre vendue dans toutes les boulangeries, souvent mangée pour le goûter ou bien au petit-déjeuner du dimanche matin. Bizarrement, nous devons aussi ce croissant-là aux Turcs, mais en passant par les Autrichiens, plus exactement par les Viennois ! En effet, ces derniers encore une fois assiégés par les premiers voulurent célébrer la disparition en 1689 du croissant turc aux portes de capitale en créant un gâteau en forme de... croissant, comme quoi, cela devait leur manquer... Ils l’appelèrent Hörnchen « petite corne » et les Français adoptèrent cette viennoiserie, vers 1863, sous le nom de croissant. Son succès ne s’est jamais démenti et il y a maintenant un peu partout en France des croissanteries, officines de restauration rapide, où l’on vend sandwiches, petits pains et, parfois, des croissants... oui, mais sont-ils bien au beurre ?

Article publié le 29/04/2005