Façon de parler
Façon de parler du 27/05/2005
AUTOUR D’UN MOT
partenaire
(MFI) Récemment, une publicité pour une voiture, de marque étrangère, précisait que la marque était « partenaire officiel » du Tour de France. Rien de très étonnant puisque de nos jours, le financement des grandes manifestations sportives ou culturelles est devenu si complexe – et si lucratif – que sponsors et partenaires se bousculent pour apporter leur contribution, en échange de leur nom bien en vue... Partenaire, emprunté à l’anglais partner au 18e siècle, vient pourtant bien du français « part » : celui qui prend part...
Dès cette époque, il s’oriente vers deux domaines bien distincts, l’affectif d’un côté et l’économique de l’autre.
Etait partenaire celui ou celle avec qui on faisait affaire, compagnon ou associé, ou bien celui ou celle avec qui on dansait, le cavalier ou la cavalière. Par extension, on parle de partenaire sexuel, alors qu’en anglais, le terme reste réservé à l’époux, à l’épouse, ou à tout le moins, au compagnon de vie... officiel en quelque sorte.
Il s’étend au sport au sens de « coéquipier », puis de plus en plus, il s’applique, dans le domaine du commerce et de l’économie politique, à une « collectivité avec laquelle une autre collectivité a des relations, des échanges » (Petit Robert), ce qui a donné le partenariat, mot emprunté à l’anglais partnership en 1984 pour désigner l’association d’entreprises ou d’institutions, dans le but de mener une action commune. Sport et affaires faisant bon ménage, c’est bien sûr autour des Jeux olympiques que l’on voit le plus souvent ces termes, toujours sanctifiés par l’adjectif « officiel », mot également, comme c’est étrange, pris à l’anglais, et venant du vieux français...
JEU DE MOTS
noms de panthères
(MFI) Question : Voici trois panthères venant de lieux différents. Saurez-vous leur rendre leur habitat d’origine ?
1. Once
2. Jaguar
3. Léopard
A. Afrique
B. Asie
C. Amérique
Réponse : 1-B ; 2-C ; 3-A. L’once, ou léopard des neiges, vit dans les montagnes de l’Himalaya, le jaguar en Amérique du Sud et le léopard, le plus grand des trois, en Afrique. Le mot panthère s’applique à tous les félidés à fourrure fauve tachée de noir.
LES MOTS DU CORPS
bile
(MFI) « Te fais pas de bile, Bill ! », c’est ainsi qu’on invitera un copain, un pote, un collègue, à ne point se faire de souci, à ne pas trop s’inquiéter.
La bile (du latin bilis) est le liquide que produit certains organes. La médecine ancienne s’appuyait sur la théorie des quatre humeurs (bile jaune, bile noire, sang et pituite) : la bile noire produite par la rate, siège des « humeurs noires », inclinait à la mélancolie celui qui en produisait trop. Le grec splên « rate » donna d’ailleurs l’anglais spleen, chanté par le poète Baudelaire dans le Spleen de Paris (1857) et synonyme au 19e siècle d’ennui, de mélancolie et de neurasthénie. Le foie produit, quant à lui, la bile jaune qui s’accumule dans la vésicule biliaire et s’écoule dans l’intestin au moment de la digestion. Cette bile jaune (appelée fiel chez les animaux) était selon les médecins classiques responsable de l’humeur colérique. Il ne fallait pas alors « échauffer la bile » à une personne de caractère bilieux (autrefois appelé un atrabilaire) qui se fâche et décharge sa bile à la moindre contrariété.
Ces expressions, qui ont vieilli depuis l’abandon au 18e siècle de la théorie des humeurs, restent cependant comprises, encore aujourd’hui, du plus grand nombre, même si l’emploi du mot bile a évolué, sans doute parce que bile jaune et bile noire se sont peu à peu confondues en une seule notion, le souci, à mi-chemin entre colère et tristesse, l’inquiétude étant peut-être un état psychologique plus courant, à une époque qui demande aux gens de « positiver » (traduction : n’exprimer ni tristesse ni colère)... Se faire de la bile est donc la chose la plus répandue du monde, au point que depuis les années quatre-vingt, est apparu le verbe se biler, souvent employé à la forme négative : « Te bile donc pas, ça va s’arranger ! ».
Mais si on naît bileux, on le reste, et seul le Zadig de Voltaire peut nous en consoler : « La bile rend colère et malade ; mais sans la bile l’homme ne saurait vivre. Tout est dangereux et tout est nécessaire. »
LES MOTS VOYAGEURS
griot
(MFI) Vers 1630, on appelait les musiciens ambulants du Sénégal des guiriots. Le mot viendrait du portugais criado « domestique » car les griots étaient au service d’un souverain, d’un roi ou d’un chef. Jusqu’au 20e siècle, le terme reste rare, il se répand parmi les Français d’Afrique pendant la colonisation, mais ce n’est qu’assez récemment qu’il a retrouvé son véritable sens de poète musicien professionnel, membre d’une caste dépositaire de la tradition orale.
Avec l’avènement de la world music, de nouveaux griots ont touché un public international, comme Youssou N’dour dont la mère, Ndèye Sokhna Mboup, est elle-même griotte, l’Iggawin (équivalent du griot en Mauritanie), Dimi Mint Abba ou, au Mali, le bluesman Ali Farka Touré.
Article publié le
27/05/2005