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Façon de parler

Façon de parler du 02/09/2005

 

LES MOTS VOYAGEURS

geyser

Avec 800 sources d’eau chaude jaillissant à près de 70 % en moyenne, il était normal que le geyser nous vienne d’Islande. L’une des plus vieilles de ces sources, Geysir, remonte au 13e siècle et c’est elle qui a donné son nom à cette curieuse manifestation géophysique, et cela dans le monde entier ou presque. Le mot nous est arrivé par le biais de l’anglais et s’est masculinisé en arrivant en France. Le vieux geysir « celui qui jaillit » (du verbe islandais geysa « jaillir »), avait de plus en plus de mal à mériter son nom. Heureusement, il s’est réveillé lorsqu’un tremblement de terre lui a redonné un peu de vigueur, le 17 juin 2000, date anniversaire de l’indépendance de l’Islande !

Les Etats-Unis comptent plus de 3 000 geysers dans le seul parc de Yellowstone, dans l’État du Wyoming.

JEU DE MOTS

hagionyme

Question : Le patronyme désigne les noms de famille (du latin pater « père »), le toponyme désigne le nom d’un lieu. Savez-vous ce que désigne un hagionyme ?

Réponse : Un hagionyme est le nom d’un saint. Le mot vient du grec hagios « sacré » qui a également donné hagiographie, rédaction de la vie d’un saint et, par extension de sens, biographie par trop élogieuse.

AUTOUR D’UN MOT

péage

De nos jours, on ne connaît plus guère des péages que ces haltes qui ponctuent les entrées et les sorties d’autoroutes et où l’on doit s’acquitter d’une somme proportionnelle (mais toujours disproportionnée, semble-t-il !) au nombre de kilomètres parcourus. Si le péage est donc fortement associé à l’automobile, il n’en fut pas toujours ainsi : le mot, très ancien, vient de pedaticum, dérivé de « pied », en latin pes, pedis (qui a donné pédicure). On retrouve d’ailleurs cette trace dans pedàggio, péage en italien.

C’est sans doute à l’époque de Charlemagne, roi des Francs (768–814) et grand administrateur de l’Empire carolingien, que fut mise en place une taxe pour le « droit de mettre le pied » dans un lieu donné (chemin, route, pont, entrée d’une ville). Homme, femme, enfant, animal ou marchandise : il fallait payer pour voyager et cela se faisait surtout à pied. Avec l’expansion des moyens de transport (chars, chariots, litières couvertes, carrosses, coches, chaises à bras, carrioles, fiacres, calèches, chaises roulantes, cabriolets, berlines, diligences, etc.), le péage évolue et, vers 1690, seules les voitures qui transportent des marchandises doivent le payer, les sommes perçues servant à entretenir les grands chemins.

Barrages (aux entrées des bourgs), pontanages (passages des ponts), travers (passages de frontière), billettes ou branchières... les péages suscitaient déjà au 17e siècle des polémiques et bien des contemporains les jugeaient abusifs et souvent injustifiés. De nos jours, les choses n’ont guère changé, et l’on paie une taxe pour passer sur les grands ouvrages publics tels les tunnels et les ponts et surtout sur les autoroutes à péage, appellation née en 1964. L’ancien péager, chargé de percevoir la taxe, est devenu péagiste en 1969 et l’on parle même de chaînes de télévision à péage lorsque certains programmes cryptés ne sont accessibles que sur abonnement.

LES MOTS DU CORPS

peau

« Je t’ai dans la peau, Léon ! », chantait Jeanne Moreau dans les années soixante, mais la chanson finissait mal et la déclaration d’amour se faisait menaçante : « J’aurai ta peau, Léon ! ». C’est qu’entre avoir quelqu’un dans la peau et avoir sa peau, se déroule tout le parcours amoureux, du désir le plus... épidermique à la haine la plus... dépouillée. Car la peau représente les extrêmes de la sensualité, la surface du corps qui permet de sentir, et de la vie : risquer sa peau, se faire trouer la peau ou y laisser sa peau, c’est mourir.

Pour les latins, la peau se disait cutis, qui a donné cutané, le mot pellis étant réservé à la fourrure animale, au cuir et au parchemin, mais le second a vite supplanté le premier dans le parler populaire. Cette origine perdure dans la peau d’âne, parchemin devenu ironiquement un diplôme ainsi que dans la très curieuse peau de chagrin, qui est un pléonasme, puisque chagrin (du turc çâgri « croupe ») est déjà une peau de mulet... Si Balzac ne l’avait pérennisé dans le roman éponyme, ce cuir médiocre aurait bel et bien disparu de notre vocabulaire.

Par analogie avec la mue du serpent qui change de peau, faire peau neuve évoque un changement de manière d’être, de mode de vie. La peau, qui recouvre la chair, est aussi perçue comme un vêtement, et selon que l’on s’accepte ou pas, on peut être bien ou mal dans sa peau. Le propre des bons acteurs est de savoir se mettre dans la peau du personnage qu’ils incarnent (ce verbe signifie d’ailleurs littéralement « entrer dans la chair »). A propos de chair, on dira d’une personne vraiment trop maigre, qu’elle n’a que la peau sur les os ; expression venue tout droit de la Bible.

Animale ou humaine, la peau est synonyme de vie, elle a donc une valeur : selon qu’un prix est jugé exorbitant ou non, on dira, de façon assez inconséquente, que cela coûte la peau des fesses si c’est cher, ou peau de balle (par allusion à l’intimité masculine) si cela ne vaut rien : ne tirons de cela aucune conclusion hâtive autant que misanthrope, et gardons à l’esprit l’impassibilité africaine qui dit que « la peau de l’hippopotame ne se tanne pas ! »

Article publié le 02/09/2005