L'actu du FLE
La revue des revues

© Nouvel Observateur
Autour de Jules Verne (1828-1905)
mars 2005
En ce début de l’année Jules Verne, fêtant le centenaire de la mort de l’auteur, entre autres, de Vingt mille lieues sous les mers, Cinq semaines en ballon ou De la Terre à la Lune, quatre revues ouvrent la danse : l’hebdomadaire L’Express (n° 2796 du 30 janvier 2005), le mensuel Lire de février 2005, la revue littéraire mensuelle Europe de janvier-février 2005 et le hors-série Télérama de février 2005.
" Une vie, des oeuvres, une postérité multiple"
Pour L’Express, Jules Verne a su rapprocher sciences, techniques et littérature. Dès la trentaine, il se consacre à son œuvre : après avoir été secrétaire du Théâtre lyrique et auteur de quelques pièces, une fois marié le voilà placier en Bourse (il faut bien vivre…). Mais il adresse le manuscrit de Cinq semaines en ballon à l’éditeur Hetzel qui l’oriente de façon décisive vers les romans scientifiques auxquels il le fait travailler de façon assidue (64 romans au total, plus des nouvelles, des contes). Mais Jules Verne n’est pas spécialement un auteur pour enfants, malgré ce qui a été souvent dit.
L’Express s’intéresse pourtant aux « enfants de Jules Verne », les aventuriers comme les créateurs : en effet, si « tout roman est un voyage » (Berbard Werber), tout voyage est aussi un roman ; la force d’évocation dramatique des images illustrant les romans (une innovation d’Hetzel) les a tous marqués.
Jules Verne apparaît également en précurseur de la science-fiction : au XXe siècle, dès Le Voyage dans la lune du cinéaste Georges Méliès, puis au XXIe siècle avec Hayao Miyazaki, créateur d’engins volants dans Le Château ambulant (2005) – sans compter les jeux vidéos inspirés de l’œuvre.
Lire traite d’abord de «l’homme et la légende » puis évoque les qualités de narrateur de Jules Verne, la fluidité de son style et l’influence d’Edgar Poe, sur lequel il rédigea sa seule étude littéraire. Mais il cède à la tentation de comparer le capitaine Nemo (Vingt mille lieux sous les mers), qui coule des navires sans raison apparente, avec Ben Laden ! D’autant que L’île mystérieuse nous apprend que Nemo (en latin : « personne ») serait un ancien maharadjah désireux de se venger des Anglais…
Lire s’intéresse ensuite aux aspects éditoriaux, commerciaux et sociaux de l’oeuvre de Verne à son époque, puis aux rééditions actuelles et aux adaptations filmées. Comme les autres revues de cette page, il propose une recension d’ouvrages traitant de Jules Verne. Enfin, Lire nous invite au voyage en Patagonie « sur les traces de Jules Verne » autour de quelques auteurs et, pourquoi pas, sur les lieux même, du côté d’Usuhaia où l’on peut « bivouaquer au milieu de nulle part ».
Jules Verne était un passionné de mer qui passait plusieurs mois par an sur son bateau mais aussi un travailleur acharné. C’est pourquoi « les enfants du capitaine Verne », fascinés par lui, sont si nombreux, Rimbaud, Alfred Jarry, Raymond Roussel ou Jean Cocteau, puis Hergé, Philippe Sollers, Georges Perec, Roland Barthes, Umberto Eco, Hugo Pratt, etc.
J. V., Questions et complexités
La revue littéraire Europe nous invite à un voyage « au centre de Jules Verne » : après avoir déploré que les textes de Verne aient été souvent dénaturés, par les diverses éditions comme par sa famille, elle rappelle les complexités de la relation Verne-Hetzel. L’éditeur était fort contraignant, après sa mort Jules Verne s’en libère dans l’étonnant et très moderne Sans dessus dessous. Dans ce roman, il redresse l’axe de la terre pour éviter une catastrophe planétaire !
Ce numéro s’intéresse à d’autres textes peu connus, comme Voyage en Angleterre et en Ecosse, influencé par Walter Scott ou Les Cinq cents millions de la Begum, dont l’original est, comme d’autres, perdu. Pas pour tout le monde ? Les romans de Jules Verne sont la proie d’aventures, familiales et sociales, analogues à celles de leurs héros.
Les aspects moins célèbres de Jules Verne sont évoqués, telles l’utopie, l’innovation littéraire : fin psychologue, grand meneur de récit, inspirateur de Queneau, Perec…, Jules Verne fut aussi romancier anthropologique, focalisant sur les Indiens et les colonisations dans des nouvelles comme Martin Paz ou Les premiers navires de la marine mexicaine.
Certes, on débat encore sur son pessimisme, sa position politique réelle (crypto-révolutionnaire ou bourgeois moyen ?). Mais ses qualités de visionnaire restent incontestable s, par exemple lorsqu’il imagine dans Paris au XXe siècle un « Grand Entrepôt dramatique » chargé de produire des spectacles conformes au goût du public !
Le hors-série de Télérama, riche d’informations et d’illustrations variées, dont un carte du monde retraçant les voyages des héros de Jules Verne, présente celui-ci, avec ses yeux bleus enfantins, comme « l’homme du défi » : il « crée le monde à chaque phrase », un monde de progrès en rupture avec le passé, mais, loin de larguer les grands mythes, il les renouvelle avec force.
Jules Verne a été fasciné par les machines et son esprit inventif s’est montré rigoureux et intuitif : ainsi, ses calculs d’immersion et de résistance du Nautilus, le sous-marin du capitaine Nemo, décrits minutieusement, sont exacts ; de même pour les autres, dont les aéronefs, qu’il fait décoller de Floride… à l’emplacement futur de Cap Canaveral !
« Enchanteur des temps modernes », et parfois désenchanteur car lucide, Jules Verne sait nous donner un horizon et des repères : mobilis in mobili, « la vie est mouvement » (devise inscrite sur le Nautilus), déplacez-vous, regardez, osez ! Il s’est aventuré dans tous les éléments, eau, air, terre, feu, en des lieux les plus extrêmes pour nous en rapporter la beauté du monde et le vertige de l’homme face à lui. L’écologie aussi ? Attention à ne pas faire tout dire à Jules Verne !
Son œuvre, la plus traduite au monde, reste un modèle : oser la prise de pouvoir de l’imagination alliée à un travail acharné car « l’imagination… il n’y a pas de locomotive Crampton, d’étincelle électrique qui puisse lutter de vitesse avec elle » (Jules Verne à 20 ans).
L’Express n° 2796 du 30 janvier 2005
Lire de février 2005
Europe de janvier-février 2005
Télérama Hors-série de février 2005
Marie-Josèphe
Berchoud
Article publié le
25/03/2005